Elia Kazan est mort

Par Olivier CORRIEZ, le 29 septembre 2003 à 07h23 , mis à jour le 29 septembre 2003 à 21h45

Le cinéaste, marqué par la période du maccarthysme, est mort dimanche soir à son domicile de Manhattan. On lui doit quelques chefs-d'œuvre d'Hollywood comme ''Un tramway nommé désir'' ou ''A l'est d'Eden''.

elia kazan portrait © INTERNE

Un grand d'Hollywood s'est éteint. Au delà de la controverse autour du personnage, communiste repenti surnommé le "mouchard", force est de constater qu'il aura livré quelques uns des plus beaux films réalisés dans la Mecque du cinéma. Ce fils d'immigré grec de Turquie, où il est né à Istanbul en 1909, débute sa carrière au théâtre en tant qu'acteur. Rapidement, il devient metteur en scène à Broadway où il monte notamment Un Tramway nommé désir ou Mort d'un commis-voyageur. Peu à peu, il se tourne vers le cinéma. De comédien, il devient réalisateur n'hésitant pas à aborder des thèmes difficiles : l'antisémitisme (Le mur invisible), le problème noir (Pinky) ou les insuffisances de la justice (Boomerang). En 1951, il réalise l'un de ses plus gros succès, Un tramway nommé désir et l'année suivante Viva Zapata ! avec Marlon Brando, son acteur fétiche, en révolutionnaire mexicain.

Cette même année, celui qui était considéré comme une autorité morale et intellectuelle, sombre. Il est cité à comparaître devant la Commission des activités antiaméricaines dominée par Joseph McCarthy. Après deux auditions, cet ancien membre du Parti communiste (pendant dix-neuf mois) participe à "la chasse aux sorcières" en livrant des noms, dont ceux de ses amis du Group Theater auquel il participait activement dans les années 30. Considéré comme un traitre, le réalisateur soutient que les activités de ces personnes étaient déjà connues des membres de la commission. Il expliquera plus tard qu'il ne supportait plus les méthodes staliniennes des dirigeants du parti, ni ces "libéraux" restés longtemps muets devant les crimes de Staline. Mais il ne se repentira jamais de son attitude tout en reconnaissant ne pas en être sorti indemne : "Ai-je honte aujourd'hui de ce que j'ai fait ? La vérité est que, en l'espace d'un an, j'ai cessé d'avoir honte ou même d'être gêné par ce que j'ai fait" affirme-t-il dans sa biographie publiée en 1989.

Les années qui suivent cette période sombre à Hollywood, Elia Kazan signe Sur les quais qui raconte une histoire de retournements et de trahison dans le milieu syndical dans lequel certains voient une tentative d'autojustification. En 1955, A l'est d'Eden donnera sa notoriété à un jeune acteur rebelle, James Dean. On lui doit également Un Homme dans la foule, Le Fleuve sauvage, La Fièvre dans le sang ou America, America, œuvre autobiographique. Il adapte également au cinéma son roman L'Arrangement, réflexion autobiographique sur l'ambiguïté de la réussite et les compromissions. Sa dernière réalisation date de 1976, Le Dernier nabab avec Robert De Niro. Le réalisateur se consacre par la suite à la littérature. En 1995, il publie Au-delà de la mer Egée, nouvelle exploration de ses racines anatoliennes. Il a reçu, il y a cinq ans, un Oscar d'honneur controversé pour l'ensemble de sa carrière.

Par Olivier CORRIEZ le 29 septembre 2003 à 07:23
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