Inusable Jacques Brel

Par AFP - Didier SALTRON, le 09 octobre 2003 à 06h00 , mis à jour le 09 octobre 2003 à 15h26

Le 9 octobre 1978, Jef, Madeleine, Jojo, Mathilde, Jacky, les vieux, les bourgeois et les autres devinrent orphelins avec la mort de Jacques Brel, emporté par un cancer. 25 ans après, le Bruxellois n'a rien perdu de son aura et sa musique est toujours aussi appréciée.

25me anniversaire de la mort de Jacques Brel Madeleine une chanson mythique © Manreo

Né le 8 avril 1929 à Bruxelles, Jacques Romain Georges Brel n'a pas fait d'étincelles lors de sa scolarité puisqu'il redoublera successivement ses classes de 6e, 4e et 3e. C'est un fils de bonne famille. Son père, qui a passé 15 ans en Afrique, a monté à son retour au pays une cartonnerie prospère. Il y fera travailler son fils qui n'a guère de goût pour la chose. Mais, s'étant marié tôt, avec Thérèse Michielsen, dite "Miche", dont il a très vite trois enfants, il lui faut faire face à ses nouvelles responsabilités familiales. Brel a montré très jeune des dispositions pour la littérature et la poésie. D'abord au lycée, où, sous le cancre, un de ses professeurs, l'abbé Deschamps, a deviné l'enfant passionné par le verbe. Le prof lui fait découvrir Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire... Quelques années plus tard, au sein de la Franche Cordée, une association chrétienne, l'adolescent découvre le spectacle et le théâtre. Il sent que sa vocation se trouve là mais il est trop timide pour outrepasser l'autorité paternelle.

En 1952, il fréquente les cabarets du vieux Bruxelles et finit par montrer ses propres compositions au patron de l'un d'entre eux : Louis Laydu, qui dirige la Rose Noire, le convainc de passer chez lui. Une animatrice de la télévision belge le remarque et attire l'attention de son époux, qui travaille chez Philips Bruxelles. Rendez-vous est pris pour une séance d'enregistrement qui se déroule le 17 février 1953, un essai qui aboutit trois mois plus tard sur le bureau de Jacques Canetti à Paris. Producteur et patron du cabaret parisien Les trois Baudets, Canetti persuade Brel d'abandonner la cartonnerie paternelle et de venir tenter sa chance à Paris. Il lui faudra trois années de cabarets, d'auditions et de galères diverses (dont une place de 27e sur 27 au Festival de la chanson de variété de Knokke-Le-Zoute, en Belgique) avant de décrocher un premier succès d'estime, Quand on n'a que l'amour (Prix Charles Cros).

En septembre 1959, c'est la rencontre avec le public grâce à un album qui contient pas moins de trois futurs classiques : La valse à 1.000 temps, Ne me quitte pas, Les flamandes. Parallèlement, Brel n'arrête pas les tournées. C'est la scène qui impose cette personnalité entière, qui en ressort chaque fois ruisselant de sueur. Au plus fort de sa carrière, il donne 300 représentations par an. C'est sur scène qu'il crée Amsterdam, le 16 octobre 1964, une chanson à laquelle il ne croit pas beaucoup mais que le public accueille par un triomphe. C'est à l'Olympia que deux ans plus tard, il fait ses adieux. Le chanteur a en effet d'autres envies. Ce sera le cinéma, comme réalisateur et comme acteur, la comédie musicale avec L'homme de la Mancha, le pilotage d'avion, puis la mer.

C'est en mer à l'automne 1974, qu'une violente douleur le saisit à la poitrine. Il croit à un infarctus. En fait, c'est un cancer localisé dans le lobe supérieur du poumon gauche. Dès cette date, toute la vie de Brel sera régie par ce mal qui le ronge. Il pense l'avoir repoussé dans un premier temps. La maladie revient à l'assaut. Il est considérablement affaibli lorsqu'à l'automne 1977 il commence l'enregistrement de ce qui sera son dernier album, un disque sans nom qui, avec le temps, deviendra connu sous celui des Marquises, en référence à un de ses titres les plus célèbres. Le 17 novembre 1977, l'album est lancé dans des conditions jamais vues jusqu'alors : secret maintenu jusqu'au dernier moment, albums acheminés sous scellés sur les lieux de vente. Ce sont les premières manifestations visibles d'une technique de vente dont on connaissait à peine le nom alors, le marketing.

Par AFP - Didier SALTRON le 09 octobre 2003 à 06:00
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