Terre en danger dans "Le Jour d'après", le fautif s’explique

Par Olivier CORRIEZ, le 26 mai 2004 à 00h00 , mis à jour le 25 mai 2004 à 19h22

Dans "Le Jour d’après" de Roland Emmerich, la terre est en proie à de nombreux phénomènes météorologiques catastrophiques. Jeffrey Nachmanoff est à l’origine de la plupart de ces cataclysmes... en tant que scénariste. Il s’en explique.

Un vague déferle sur New York dans le film Le Jour d'après © INTERNE

tf1.fr : La première pensée qui vient, c'est que vous n'êtes pas un scénariste, vous êtes un voyant…

Jeffrey Nachmanoff : Ma femme serait d’accord avec vous, elle m'a d'ailleurs interdit d'écrire un film sur une guerre nucléaire de peur que cela arrive vraiment (Rires)…

tf1.fr : Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

 

J. N. : C'est une chance incroyable de pouvoir faire un film de cette envergure qui n'est pas seulement du pur divertissement. Nous avons eu l'opportunité de monter un film avec une cause à défendre. Heureusement, le film n'est pas une vision du futur, il s'agit simplement d’un avertissement. Nous montrons au public, le genre de conséquences que nos actions peuvent engendrer si nous ne changeons pas nos habitudes. Je dois reconnaître que j'ai commencé à travailler sur le scénario sans grandes connaissances des phénomènes météorologiques. Mais quand on aborde le sujet, on ne peut plus s'arrêter. C'est réellement passionnant. Et vous ne pouvez pas vous empêcher de partager avec les autres ce que vous apprenez. C'est devenu un devoir pour moi d'alerter les gens sur ce problème.

 

tf1.fr : Vous décrivez dans le film de terribles cataclysmes à travers la planète. Mais ce qui est troublant c'est que certains phénomènes se sont produits soit pendant l'écriture du scénario soit pendant le tournage du film. Il y a des coïncidences troublantes.

 

J. N. : C'est vrai, il faisait un froid exceptionnel à Montréal où nous tournions. En Europe, vous aviez des pluies diluviennes. Il y a eu de violentes chutes de grêle en Chine. De nombreuses tornades ont affecté les Etats-Unis… Mais il y a plus troublant. Lors de l'écriture, j'ai lu un article sur la possibilité que la banquise se fende dans plusieurs dizaines années… J'ai inclus une scène de ce genre, celle qui ouvre le film. Quelques semaines plus tard, alors que le tournage n'avait pas encore débuté la barrière de glace Larsen B s'effondre dans l'Antarctique. C'était en mars 2002, trois mois avant le début du tournage. C'est un élément très troublant quand on écrit une scène du même genre pour un film de fiction.

 

tf1.fr : Comment toutes ces choses viennent à votre esprit, comment un scénariste peut imaginer tout ce qui arrive dans le film ?

 

J. N. : J'ai eu la chance de pouvoir m'appuyer sur de nombreux scientifiques qui écrivent énormément sur le sujet. Tous les articles que j'ai lus m'ont énormément inspirés. Roland Emmerich et moi sommes partis à la rencontre de scientifique avant d'attaquer l'écriture du scénario. Les conditions météorologiques que nous décrivons dans le film sont des phénomènes qui peuvent réellement arriver. Nous avons réfléchi ensuite à ceux qui seraient les mieux adaptables pour le cinéma, les plus impressionnants pour ce genre de film. Roland Emmerich voulait absolument des tornades s'abattant sur Los Angeles, selon lui, c'est un peu comme Sodome et Gomorrhe de réaliser cela. Il voulait montrer des choses que l’on a jamais vu à l'écran : les eaux qui envahissent New York. Ce que l'on peut se permettre maintenant avec les effets spéciaux était tout simplement impossible il y a à peine dix ans. Nous avons réussi à conjuguer les idées du film et les désirs de Roland Emmerich d'utiliser les toutes dernières technologies.

 

tf1.fr : Qui a choisi de laisser la statue de la Liberté debout ? Dans les autres films catastrophes, elle ne tient pas bien longtemps.

 

J. N. : Je me souviens d'une scène de La Planète des singes : sur la plage, le sable recouvre tout et l'on ne voit que le flambeau de la statue. C'est une image qui est restée gravée dans ma mémoire. J'avais même dessiné une image similaire où l'on voit en tout petit deux humains à côté. C'est amusant car cette image est utilisée pour certaines affiches du film alors que nous n'en avions jamais parlé avec les créatifs. Ce film parle tout de même de la fin du monde tel que nous le connaissons actuellement. Ce n'est pas la fin de l'Humanité mais de la civilisation occidentale. C'était donc important pour nous de garder cette image de la statue de la Liberté enterrée dans le film sous d'épaisses couches de neiges avec uniquement le bras et la tête émergeants. Nous ne voulions surtout pas finir sur un retour en arrière, que tout rentre dans l'ordre, comme certains nous l'ont suggéré lors des projections tests. Ce n'est pas le genre de film que nous voulions faire.

 

tf1.fr : On a souvent l'impression qu'il y a plus de fiction que de science dans ce film… Certains scientifiques dénoncent le caractère irréel du film.

 

J. N. : Quand nous avons commencé à parler du film à des scientifiques, ils sont restés sceptiques. Beaucoup ont jugé que le résultat ne serait pas vraiment réaliste. Par exemple, l'arrêt du Gulf Stream, cela a été suggéré dans les années 80. Mais l'idée a été abandonnée depuis. En revanche, concernant les effets d’un arrêt du Gulf Stream, tout le monde s'accorde à dire qu'il faudrait environ une dizaine d'années pour un véritable changement climatique. Nous racontons en dix jours ce qui pourrait se passer en dix ans. Pour certains scientifiques, c'est ridicule. Mais d'autres m'ont quand même dit qu'au niveau de l'évolution de la planète depuis des millénaires, ce qui nous paraît dix ans est à cette échelle dix minutes. Ce n'est pas vraiment une grosse exagération de notre part. En revanche, une chose est sure, ce que nous décrivons dans le film n'est rien comparé à ce qu'il pourrait arriver à la Terre. Nous avons, c'est vrai, pris des libertés avec la science mais uniquement dans un but cinématographique. Je pense notamment au phénomène de "congélation express" qui n'est que pure invention mais un élément essentiel pour l’intensité dramatique du film.

 

tf1.fr : Il y a dans le film un autre message que la protection de l'environnement. On décèle un message plus politique qu'on ne retrouve jamais dans les grosses productions américaines comme la fuite des Américains vers le Mexique qui ferme ses frontières, le président américain qui déclare que la dette est effacée pour que les réfugiés puissent fuir vers des contrées plus clémentes…

 

J. N. : Il y a plusieurs raisons à cela. Roland Emmerich est d'origine allemande même s'il est connu pour faire de gros films américains. Pour ma part, j'ai grandi à Londres et je pense avoir une vision des choses plus européenne. Comme Roland a le contrôle total de son film, la Fox (NDLR : producteur du film) ne pouvait rien dire. Ce ne sont pas des critiques que nous formulons mais des questions. Nous disons juste qu'il est possible que nos gouvernants ne fassent pas toujours les bons choix. C'est très sain. Je pense que les Etats-Unis ont eu tort de ne pas signer les accords de Kyoto. Nous nous sommes permis quelques remarques sans pour autant en faire le message du film. Mais c'est le genre de chose que l'on remarque beaucoup plus en Europe. Au final, je pense que les gens seront plutôt surpris par le film car ce n'est pas seulement un film "pop corn".

Par Olivier CORRIEZ le 26 mai 2004 à 00:00
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