© INTERNEUne des plus grandes batailles de l’histoire, des centaines de milliers de participants, les forces du bien contre celles du mal, des drames personnels et une multitude de rebondissements : les caractéristiques hautement cinématographiques du débarquement ne pouvaient que susciter l’intérêt des producteurs et réalisateurs du 7e art. Du Mur de l’Atlantique (M. Camus) à Patton (F. J. Schaffner) et The Big red one (S. Fuller), en passant par La Vie de château (J.-P. Rappeneau), nombreux sont les films qui évoquent le Jour-J. Evocation plus souvent que descriptif détaillé.
"Général" Zanuck
Car pour rendre compte de cette "superproduction" militaire, il fallait une superproduction hollywoodienne. Ce fut chose faite avec Le Jour le plus long (1). Lequel ne fut possible que par la persévérance du producteur américain Darryl F. Zanuck. Tel Eisenhower préparant la bataille de Normandie, le "mogul" de la Twentieth Century Fox a réuni un casting international prestigieux (John Wayne, Henry Fonda, Robert Mitchum, Bourvil, Curd Jurgens…) et engagé des milliers de figurants. Résultat : une œuvre phare, très hollywoodienne dans sa façon d’alterner scènes intimistes et reconstitutions parfois audacieuses de combats, comme la prise du casino de Ouistreham par les troupes françaises filmée en un plan-séquence (soit d’une seule traite) depuis un hélicoptère ! A porter également au crédit du "nabab" de la Fox, la volonté de montrer l’événement à travers le regard des différents protagonistes. Pour une fois les Allemands ne tombent pas dans la caricature… à l’inverse des Français (résistants mal rasés au regard sombre ou civils cocardiers et fanfarons, voire ivrognes).
La touche "Spielberg"
Le Jour le plus long est resté longtemps LA référence pour évoquer le D-Day – et il le reste encore à bien des points de vue – jusqu’à la sortie d’Il faut sauver le soldat Ryan (2). En trente minutes d’un réalisme saisissant, Steven Spielberg a révolutionné la manière de représenter le débarquement et, plus généralement, la guerre. Caméra à l’épaule, le cinéaste américain a privilégié une approche quasi-documentaire, avec une photographie granuleuse, aux couleurs délavées, plongeant les spectateurs dans le chaos et la fureur des combats. Une séquence d’anthologie qui dessert paradoxalement la suite du film, que certains jugent trop américaine : les Allemands sont, cette fois-ci, caricaturaux ; quant aux autres soldats alliés et aux résistants, ils sont tout bonnement inexistants. Mais le cinéma, surtout lorsqu’il aborde l’Histoire, n’est jamais impartial (3).
Sur la lancée de leur grand succès, Steven Spielberg et Tom Hanks se sont associés pour produire Frères d’armes (4), une mini-série télévisée sur le "parcours européen" de la Easy Company, un régiment d’élite américain, pendant la deuxième guerre mondiale. Le débarquement est montré à travers sa phase aéroportée. La grande réussite du feuilleton tient à son réalisme et au soin avec lequel les personnages sont présentés. Car, les bons films de guerre sont, bien sûr, ceux qui parviennent à rendre compte de la férocité des combats et, au delà, à nous faire partager le vécu de ceux qui y ont participé.
(1) Un coffret DVD collector est édité à l'occasion du 60e anniversaire du débarquement chez FPE. Outre le film, un 2e DVD propose deux documentaires intéressants sur les coulisses du tournage et le retour de Darryl F. Zanuck sur les lieux des combats, en Normandie.
(2) Disponible en édition 2 DVD chez Paramount.
(3) A lire : Cinéma, une vision de l'histoire, de Marc Ferro (éditions du Chêne), un ouvrage très complet et illustré de superbes photos.
(4) Disponible en coffret 5 DVD chez Warner Home Vidéo.
photo : Il faut sauver le soldat Ryan (Paramount)
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