
C’est l’Evénement rock de l’année. Trois ans après l’immense succès de "A rush of blood to the head" -plus de 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde-, "X&Y", le troisième opus de Coldplay, est donc disponible dans les bacs depuis ce lundi. Jamais un disque n’a été aussi attendu. Attendu, par les fans, bien sûr, qui se sont déjà rués sur le premier single, "Speed of sound" (cliquez ici pour voir le clip) notamment aux Etats-Unis. Mais attendu aussi, et surtout, par toute l’industrie musicale et par ricochet, les marchés financiers.
Pour beaucoup, EMI, la maison de disques du quatuor britannique, joue en effet son avenir avec cet album. Le simple report de sa sortie, le décalant dans une autre année fiscale, avait ainsi fait chuter le cours de l’action de 16% il y a quelques mois. Preuve du poids qui pèse sur les épaules de "X&Y", le très sérieux Financial Times a consacré un article à Chris Martin, le leader du groupe. Et pour éviter l’inévitable diffusion sur Internet avant sa mise en vente, des précautions dignes d’un film d'espionnage ont été mises en place lors de l’envoi à la presse et aux radios –ce qui n’a pas empêché son arrivée sur les réseaux de peer-to-peer la semaine dernière, un décalage qualifié somme toute de "raisonnable".
Arrangements sophistiqués
Evidemment, une question vient à l’esprit : tout ceci n’est-il qu’un génial coup marketing pour faire monter le "buzz" autour du disque ou EMI possède-t-elle réellement une pépite ? Ni l’un ni l’autre. L’attente autour de Coldplay s’est créée d’elle-même grâce au succès mérité des années 2002-2003. Quant à Chris Martin, qui a expliqué qu’il rêvait de faire un jour un meilleur disque que le "Sergent’s Pepper" des Beatles, et bien, Chris Martin devra encore attendre. Non pas que "X &Y" soit un disque moyen, bien au contraire. Mais il aura du mal à faire taire les critiques de la presse anglo-saxone, qui placent ironiquement Coldplay dans la catégorie "glum rock" ("rock pleurnichard"). Pris séparément, chaque titre est intéressant, mais l’ensemble peut en effet donner une impression de répétition plaintive.
D'ailleurs, plus que rock, "X&Y" sonne pop. Les arrangements, très nombreux et très sophistiqués grâce à un évident travail de qualité sur la production, font ainsi la part belle aux synthés ("White shadows", très "années 80"), au piano ("The hardest part") et même au violon ("X&Y", le morceau qui donne son nom à l’album). Evidemment, les guitares, électriques mais aussi acoustiques, et la batterie ne sont pas oubliées pour donner plus de tonus ("Square one", "Fix you"). Le tout est bien sûr agrémenté par la voix désormais si reconnaissable de Chris Martin, notamment sur les ballades ("What if", "A message").
Questions sans réponse
Sur le fond, tout d’abord une petite explication de texte sur le nom du disque. Pour le leader, "en maths, X&Y sont toujours les réponses, mais dans la vie, personne ne sait. Selon moi, cet album traite de questions auxquelles il est impossible de répondre, et ce qu’on peut faire par rapport au fait que certaines variables sont impossibles à expliquer". Pêle-mêle, ces variables concernent les relations hommes-femmes ("What if", visiblement écrit par Chris Martin pour sa femme, l’actrice Gwyneth Paltrow), l’amour ("A Message"), la mort ou encore le doute ("The hardest part" où Chris Martin clame "Everything I know is wrong").
En revanche, aucune véritable prise de position politique, malgré l'engagement militant du groupe, et notamment de Chris Martin, en faveur du commerce équitable et du tiers-monde. Comme quoi l'influence de U2, revendiquée, comme celle de Radiohead, sur le strict plan musical, n'est finalement pas si poussée. Quand on connaît la folie des grandeurs dont a été victime la bande à Bono, ce n'est pas forcément une mauvaise chose.
| Deux concerts en France |
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(photo : la pochette de "X&Y")
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