© AFP - THOMAS COEXL'écrivain américain Larry Collins, qui a formé avec Dominique Lapierre un des tandems les plus célèbres de l'édition, est décédé lundi à l'âge de 75 ans d'une hémorragie cérébrale, a annoncé son vieux complice. La mort de l'ancien journaliste de Newsweek, maître du thriller et de la politique-fiction, est survenue à l'hôpital de Fréjus, près de la maison de Ramatuelle où il habitait depuis longtemps. "C'est tout un pan de ma vie qui s'en va", a dit Dominique Lapierre dont la demeure était séparée de celle de Collins par un court de tennis construit en 1964 avec les droits d'auteur de "Paris brûle-t-il?" (1964, adapté au cinéma, deux millions d'exemplaires vendus). Ils ont également signé "Où tu porteras mon deuil" (1967), "O Jérusalem" (1971), "Cette nuit la liberté" et "Le cinquième cavalier" (1980). Fruits d'une très professionnelle collaboration et d'une parfaite entente, ces ouvrages se sont vendus dans le monde à plusieurs millions d'exemplaires.
Les deux hommes échangaient fiches et documents : Lapierre enquêtait sur les services secrets français et Collins sur la CIA. Puis le premier écrivait en français et le second en anglais et chacun traduisait l'autre. Le livre achevé, Lapierre, l'extraverti qui n'hésitait pas à introduire du lyrisme dans ses pages, partait faire la promotion dans le monde francophone et hispanophone. Plus discret, plus "british", collant davantage aux faits bruts, Collins allait en vanter les mérites chez les anglo-saxons. Ils avaient compris qu'en France les enquêtes débouchant sur des livres manquaient de solidité et que, pour contrer les Américains sur ce terrain, il fallait de l'argent, du temps, du travail.
Le tandem reformé pour "New York brûle-t-il ?"
Né dans le Connecticut en 1929, Larry Collins, diplômé de Yale, était venu en France pour faire son service militaire au Shape (qui préfigurait l'OTAN) en région parisienne où il devait rencontrer Dominique Lapierre à la cantine. Il devint journaliste pour l'agence UPI puis pour Newsweek tandis que Lapierre travaillait pour Paris-Match. Après leurs livres "à quatre mains", chacun eut envie d'aventures plus personnelles, leur amitié n'étant pas remise en cause. Collins écrivit "Fortitude", "Dédales" (un complot visant à infiltrer le cerveau du président des Etats-Unis), "Les aigles noirs" et "Demain est à nous". Il exprimait dans ses livres le conflit entre la raison d'Etat d'un côté et la morale et le droit de l'autre, avec de saisissantes plongées dans l'univers des espions. On a souvent dit que ses ambiances évoquaient celles du grand John Le Carré.
Quarante après "Paris brûle-t-il?", il devait en 2004 retrouver Lapierre (qui, de son côté, avait notamment écrit "La cité de la joie" et "Il était minuit cinq à Bhopal") pour un nouveau livre en commun : "New York brûle-t-il?". Les héros de ce thriller qui a nécessité deux ans d'enquête, s'appellent George Bush, Ariel Sharon, Oussama Ben Laden, Condoleezza Rice et Saddam Hussein. "Le 11 septembre nous a rapprochés. Cette tragédie a ouvert les yeux au monde. Un des buts du livre est d'alerter un peu plus les services secrets en Europe (sur les dangers islamistes) et de rappeller que la question israélo-palestinienne est au coeur de cette folie", ont-ils dit.
Larry Collins, qui avait deux fils, sera incinéré et une messe sera dite jeudi en l'église de Ramatuelle à 11 heures. Il est décédé alors que l'adaptation par Elie Chouraqui du livre "O Jérusalem" vient de se terminer à Rhodes. La première est prévue à une date non encore fixée au Mur des Lamentations, au profit des orphelins arabes et juifs.
Photo d'ouverture : Larry Collins (gauche) et Dominique Lapierre (droite) - AFP / THOMAS COEX
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