Anggun, une femme du monde

Par Karin DANJAUME, le 06 septembre 2005 à 14h56 , mis à jour le 16 novembre 2005 à 18h16

En promotion pour son single "Cesse la pluie", deuxième single extrait de l'album "Luminescence" et B.O. du film "Le transporteur 2", nous avons rencontré Anggun. L'occasion de faire connaissance avec une artiste précieuse.

Anggun, "Etre une femme"Heben Music

Anggun est cette chanteuse indonésienne de 31 ans, qui a connu un succès mondial en 1998 avec son tube La neige au Sahara. D'elle, on connaît ses longs cheveux noirs, sa voix chaude et sa gestuelle de danseuse balinaise. On sait aussi qu'elle est une star dans son pays d'origine depuis son enfance. Elle se joint à nous au bar d'un restaurant parisien où elle a visiblement ses habitudes. "Vous connaissez ici ? Il faut absolument que vous veniez manger, c'est délicieux. Ils font un potage au potiron avec..." Elle apprécie donc l'art culinaire et ne fait pas de manière pour se livrer avec aisance et humour.

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Star du rock en Indonésie

Nous entamons la discussion sur son single : certaines sonorités assez rock tranchent avec l'image qu'elle a donnée d'elle jusqu'à présent. Pourtant ce n'est pas si étonnant, nous explique-t-elle, car avant de venir en France, elle était star de rock en Indonésie ! "J'ai l'impression de ne pas être sortie de cette passion adolescente pour le Metal. J'écoutais Guns n' roses, Metallica... Depuis j'ai changé de cap mais cela ressort lorsque je suis sur scène. J'adore les guitares saturées, c'est comme montrer ses muscles !" s'esclaffe-t-elle dans un rire rauque.

Pourtant son album n'a rien de Metal même s'il mélange les genres. Sur le premier extrait Etre une femme, Anggun a collaboré avec la rappeuse Diam's. "J'aime beaucoup aller vers les univers d'autres artistes. C'est une forme de générosité. C'est moi qui ai proposé à Diam's de participer à mon album et j'ai été ravie qu'elle accepte. C'est une autre présence et une autre facette de la féminité."

L'album est sorti en avril dernier. "J'ai commencé à écrire en 2001, j'ai pris le temps. On m'a laissé carte blanche pour le faire. C'est génial d'avoir cette liberté. Je fais ce métier depuis une vingtaine d'années et je sais la difficulté qu'il y a à s'imposer : dire ce qu'on ne veut pas faire même si on ne sait pas toujours où on va. C'est difficile de faire accepter cette nuance."

Tout recommencer à zéro

Pourtant, à son arrivée en France il y a une dizaine d'années, rien n'était gagné. "En Indonésie, j'étais une enfant star et je n'avais plus de but. Je me suis lancée ce défi de partir et de recommencer ailleurs, c'est moi qui l'ai voulu". Agée d'une vingtaine d'années, elle débarque à Londres avant de se poser à Paris. "J'ai fait mon premier disque à l'âge de 9 ans. Je n'ai jamais connu l'anonymat alors ça m'a fait un choc en arrivant en Europe. Mais c'était très rafraîchissant."

Elle tente alors de se faire une place dans le monde musical francophone. Il lui faut faire ses preuves car son passé ne compte pas : "L'Indonésie c'est un autre monde à 13 000 kilomètres d'ici où le marché du disque n'a rien à voir. Ici le business est rodé. Là-bas la musique n'est pas considérée comme un vrai travail. J'ai appris à bien m'entourer, c'est important". Elle apprend aussi à parler français. "Maintenant ça va, mais au début j'avais des problèmes avec le féminin et le masculin. Alors quand j'allais dans les magasins, je demandais tout par deux - pour utiliser le pluriel - ce qui m'évitait de faire des fautes."

Aujourd'hui Anggun vend des centaines de milliers de disques en France et dans le monde. Sa notoriété a largement dépassé le cadre de nos frontières. Voilà pourquoi elle donne parfois l'impression d'avoir disparu alors qu'elle est tout simplement ailleurs en promotion.

Engagée

Mais la promo n'est pas la seule cause de son éloignement. Ses engagements humanitaires l'occupent beaucoup. Avec l'ONU d'abord pour le Microcrédit : un système de prêt à des entrepreneurs particuliers issus de pays en voie de développement, qui permet de monter des projets sur place. "Avec cet argent, ils lancent leur activité. Ce n'est pas une aumône car les pauvres n'ont pas besoin de pitié !" L'Indonésie de l'après-tsunami est l'un des pays où le Microcrédit fonctionne le mieux. "Avec ce système, on peut opérer un suivi qui est quasi-inexistant lorsque l'on se contente de faire venir des dons."

La chanteuse est aussi très impliquée auprès de la Fondation Nicolat Hulot pour la préservation de l'environnement. Des engagements qu'elle ne prend pas à la légère puisque ses réponses sur ces questions sont précises et documentées. Elle se moque visiblement des discours blasés et oppose la volonté à la fatalité. "Lorsqu'on ne veut pas faire quelque chose, on trouve une excuse alors que, lorsque l'on veut agir, on trouve une raison".

En vrac, elle nous parle aussi de l'amitié, de sa passion pour la cuisine et les vins italiens, de peinture, de mode... A la fin de l'entretien, c'est une artiste pleine de contrastes que nous avons découvert : une chanteuse de variétés qui adore le metal, une épicurienne douée pour le bonheur mais s'exprimant sur des questions géopolitiques, une polyglotte capable de vous faire un exposé circonstancié sur la littérature française... Bref, une vraie femme du monde !

Par Karin DANJAUME le 06 septembre 2005 à 14:56
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