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Par Ludmilla INTRAVAIA (d'après agence), le 12 décembre 2006 à 18h07, mis à jour le 14 décembre 2006 à 13:46
Roberto Alagna, sifflé en pleine représentation d'Aïda à La Scala de Milan, a soudain quitté la scène. La Scala se passera désormais du ténor, remplacé, le soir même, par une doublure non costumée.
Roberto Alagna, lors d'un représentation de l'opéra de Verdi Aïda, à Copenhagen © Abacapress.comRappel des faits. Dimanche dernier, au soir: le ténor Roberto Alagna pénètre sur la scène de La Scala de Milan pour y interpréter Aïda de Giuseppe Verdi, lors de la deuxième représentation de l'adaptation de l'œuvre par Franco Zeffirelli. D'origine française, Alagna, que certains critiques présentent, à 43 ans, comme le nouveau Pavarotti, joue le rôle principal de cet opéra, qui a ouvert la saison de La Scala, jeudi dernier.
Quelques minutes après le début de la représentation, une petite partie des spectateurs commence à siffler Alagna, qui vient tout juste de finir de chanter l'aria d'ouverture Céleste Aïda. Alagna, furibond, brandi le poing en signe de défi et quitte les lieux, laissant bouche bée sa partenaire de scène, Ildiko Komlosi, qui se retrouve seule en plein duo.
Une doublure, non costumée mais ravie
Après un moment d'embarras, la doublure du ténor, Antonello Palombi, a fait son apparition et a continué le travail d'Alagna, en jeans et T-shirt noir. Sa voix non échauffée, il a néanmoins réussi à sauver la soirée. La représentation s'est terminée par neuf minutes d'applaudissements. La doublure s'est montrée heureuse de l'aventure: "Ils m'ont littéralement poussé sur scène", a dit Palombi à l'agence italienne Ansa. "C'était une belle épreuve, et je l'ai passée avec succès". Quant au chef d'orchestre, Riccardo Chailly, il dit ne jamais avoir vu un chanteur quitter la scène en pleine représentation, depuis le début de sa longue carrière à La Scala.
La sortie fracassante d'Alagna a profondément irrité La Scala de Milan qui a décidé, lundi soir, de se passer de la voix du ténor pour ses prochaines représentations d'Aïda. "Le comportement de Roberto Alagna a provoqué une déchirure définitive entre l'artiste et le public, que La Scala n'a aucune possibilité de réparer", a indiqué, lundi soir, dans un communiqué, le Français Stéphane Lissner, directeur général et artistique de La Scala. Ce geste avait été qualifié, dès lundi matin, de "très fâcheux" par Stéphane Lissner, qui avait parlé d'"un manque évident de respect envers le public et le théâtre". Le directeur du célèbre théâtre lyrique avait aussitôt annoncé que Roberto Alagna serait remplacé par le ténor Walter Fraccaro, dans le rôle du général égyptien Radamès, lors de la prochaine représentation d'Aïda, mardi.
Sifflets réprobateurs
Dans la journée, Alagna s'était pourtant déclaré "prêt à refaire un essai" avec La Scala, dans un entretien à l'AFP. "J'attends des nouvelles de la Scala, j'avais un contrat de sept représentations. Si je pars de la Scala, je serai en tort", avait-il souligné. Roberto Alagna a expliqué avoir quitté la scène à cause d'un "public hostile", qui l'avait sifflé "avant même" qu'il ne commence à chanter. La représentation de dimanche était la première pour le grand public après la soirée inaugurale, jeudi, devant un parterre de personnalités politiques et de célébrités triées sur le volet, qui avaient fait un triomphe à Aïda avec treize minutes d'applaudissements.
Dimanche, c'est en revanche un auditoire de spécialistes et de fidèles de La Scala qui avait pris place dans le théâtre. Une partie d'entre eux n'a pas semblé apprécier la prestation du ténor, partageant ainsi l'appréciation plus que tiède des critiques musicaux à l'encontre d'Alagna. "J'ai été très bon, dommage pour ceux qui ne l'ont pas compris", avait alors réagi Roberto Alagna, déplorant que le célèbre théâtre lyrique ressemble à "une arène".
La grosse tête ?
"Il a reçu quelques bravos, une partie des spectateurs des galeries hautes a alors hué modérément - il y a eu peut-être trois ou quatre bouh, ce n'était pas 200 personnes -, puis Roberto a fait un salut militaire en direction de la salle", a déclaré à l'AFP, Stéphane Lissner, joint à Milan par téléphone. "J'ai essayé de le convaincre de revenir sur scène, en lui disant que cela s'était déjà passé dans l'histoire de la maison, mais que s'il ne revenait pas tout de suite, ce serait beaucoup plus compliqué. Malheureusement, il n'a pas suivi mon conseil", a regretté le surintendant français. "Je sais que Roberto souhaitait revenir chanter (jeudi soir), mais la rupture est consommée, il y a eu un acte et un choix violents de l'artiste qui ont créé un incident", a-t-il ajouté.
Interrogé sur le fait de savoir s'il renoncerait désormais à inviter Roberto Alagna, M. Lissner a indiqué ne pas pouvoir "répondre à cette question"."Avec toutes les déclarations que Roberto avait faites avant la (deuxième) représentation, du style La Scala ne me mérite pas, je m'attendais à une réaction du public", a confié le surintendant. "Je crois qu'il devrait faire attention à ses déclarations, se reconcentrer sur son travail, sur le chant, peut-être se disperser moins", a commenté Stéphane Lissner. "Je l'estime, il est même un ami pour moi, mais je ne sais pas si certains succès discographiques (400.000 exemplaires vendus pour Roberto Alagna chante Luis Mariano) lui font autant de bien qu'il le pense", a-t-il poursuivi.
L'abandon de la scène en pleine représentation demeure exceptionnel: Maria Callas avait planté son public à plusieurs reprises, en particulier en 1957, à l'Opéra de Rome et Montserrat Caballé avait fait de même, lors d'un spectacle à l'Opéra de Paris, au début des années 1970. Outre le bémol infligé à Roberto Alagna, la presse italienne a encensé la mise en scène "grandiose et colossale" de Franco Zeffirelli qui, à 83 ans, signe son retour dans le théâtre lyrique de ses débuts en compagnie de 350 chanteurs, choristes, danseurs et figurants.
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