Diana © Abacapress.com
Diana, l'enquête jamais publiée
Chris Laffaille
Editions Scali
280 pages, 19,9 euros
LCI.fr : L'enquête de Paris Match visait-elle à défendre la cause des photographes, accusés d'avoir provoqué le drame du tunnel de l'Alma ?
Chris Laffaille, journaliste : Mon but était de rappeler les faits et l'histoire tels qu'ils se sont déroulés. Dès l'annonce de la mort de Diana, la presse internationale et française, notamment la télé, a dénoncé l'attitude dangereuse des photographes, qualifiés de meute. C'est la thèse défendue par Mohamed Al Fayed, le père de Dodi, qui dira que les photographes poursuivaient la voiture du couple comme des indiens une diligence. Mais nous, nous avions un tout autre son de cloche : nous savions que les photographes n'avaient pas été agressifs, puisque que nous avions rencontrés deux d'entre eux, ayant réussi à sortir du tunnel. Ces derniers, dignes de confiance, nous ont affirmés que les photographes n'avaient aucunement agi en meute. En aucun cas, ils n'ont pris de photos à l'intérieur de la voiture, pendant qu'elle roulait. Un accident demeurait évidemment possible, par exemple si un photographe était tombé devant le véhicule mais la volonté de pourchasser le couple nous a semblé à écarter. Les photographes sont d'ailleurs arrivés bien après l'accident. Six ans plus tard, l'enquête judiciaire a été bouclée. Les horaires de chaque photographe ont été décortiqués par la Criminelle qui a chronométré les déplacements de chacun d'entre eux. La justice a prononcé un non lieu concernant les chefs d'inculpation des photographes qui ont été blanchis. Malgré cela, l'idée que ces derniers ont tué la princesse de Galles demeure dans la tête des gens. La présomption d'innocence a été inexistante pour les photographes.
LCI.fr : Dans l'introduction de votre livre, vous expliquez que tout ne pouvait être dit à l'époque du décès de Lady Di, pour des raisons de «convenance». Faites-vous allusion à l'éventuelle grossesse de la princesse ?
C. L. : Oui. Il y avait trop d'émotion autour de la mort de Diana pour parler de ce sujet, à ce moment-là. Cela aurait été très mal perçu par les femmes, notamment. Nous pensions que ce n'était pas digne de Match et, d'ailleurs, cela n'avait rien à voir avec l'accident. C'est Mohamed Al Fayed qui en a fait ses choux gras. Dix ans plus tard, on peut raconter l'histoire plus facilement. Lors de notre enquête, nous sommes entrés en possession d'un document médical, présent dans le dossier judiciaire se constituant à ce moment-là. Cette photocopie d'une lettre confidentielle attestait que Diana Frances Spencer était enceinte de neuf à dix semaines, lors de son décès. Ce document aurait pu être réalisé par un faussaire, même si cela me paraît improbable. Le doute planera toujours sur la réalité de cette grossesse, même s'il me semble logique que la princesse était enceinte du chirurgien pakistanais Hasnat Khan. N'oublions pas qu'elle a déclaré à deux journalistes anglais du Sun et du Mirror qu'elle leur réservait une grosse surprise. Peut-être l'annonce d'une grossesse...
LCI.fr : Quel est l'élément marquant de votre enquête ?
C. L. : Le plus important, c'est l'escale à Paris, la raison pour laquelle le couple s'est arrêté dans la capitale, alors que les enfants de Lady Di l'attendaient à Londres. Cette visite a été décidée la veille, pour que Dodi puisse demander sa main à la princesse, en lui offrant une bague de fiançailles. Le but du voyage était donc de récupérer ce bijou chez le joaillier Repossi, ce que Dodi a fait, afin d'annoncer leur mariage. Reste à savoir si Diana aurait accepté, ce qui me semble improbable. Le couple semblait amoureux, certes mais de là à se marier... Ce que Diana désirait, c'était plutôt rendre jaloux son ex-compagnon Hasnat Khan.
LCI.fr : Que retiendrez-vous du drame du tunnel de l'Alma ?
C. L. : Un sentiment de gâchis. Que la vie de cette femme se termine par un accident stupide, dans une voiture conduite par un chauffeur qui a voulu faire du zèle, avec un cocktail détonnant d'alcool et de médicaments dans le sang. Que Diana qui aurait encore pu faire tellement pour l'humanitaire finisse comme cela. La princesse de Galles avait remporté une victoire énorme dans son combat contre les mines antipersonnelles. Peut-être s'était-elle faite des ennemis ? Comment la protéger, alors qu'elle ne pouvait plus compter sur la couronne britannique ? C'est le syndrome Jacqueline Onassis. Qui d'autre qu'un milliardaire avec ses gardes du corps et sa fortune pouvait prendre une femme comme Diana sous son aile? Et, malheureusement, elle est tombée sur Mohamed Al Fayed qui a poursuivi ses propres buts machiavéliques de revanche sur la couronne britannique, au-delà même de la mort du couple.
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