Détail de la couverture du livre de Stéphane Bern, "Grace Kelly" © DR
Grace Kelly
Stéphane Bern
Albin Michel
Beau livre, 144 pages, 29 euros
LCI.fr : Quel est votre premier souvenir de Grace Kelly ?
Stéphane Bern, journaliste : J'avais 19 ans quand elle est morte. Déjà, j'avais été ébloui par sa beauté irréelle, dans les films Fenêtre sur cour ou Le Train sifflera trois fois, de même que par ses images sur papier glacé. Et puis son histoire, celle d'une princesse du cinéma qui entre dans l'histoire, passant du conte de fée à la réalité, est incroyable. Ce qui m'a marqué, c'est la stupeur qui s'est lue sur les visages, à l'annonce de sa mort, tant sur celui des cols blancs que des cols bleus.
LCI.fr : D'après vous, Grace Kelly incarne «l'image sage de l'Amérique traditionnelle». Est-ce cela qui a fait son succès ?
S.B. : En partie mais c'est aussi à cause de cette image qu'elle a galéré à ses débuts. Quand elle a commencé sa carrière d'actrice, certes, tout a été très vite. Mais auparavant, au théâtre, elle a rencontré des difficultés. Elle faisait des pubs, des photos de mode et des bouts d'essai pour tenter de percer. Celui qui a fait la différence, c'est Hitchcock. C'est lui qui a réussi à faire sentir le feu couvant sous la glace, à un moment où l'actrice était au bord de l'explosion. On sent que la passion va sortir et c'est ce qu'Hitchcock a filmé, d'autant plus que Grace Kelly était passée maître dans l'art d'apprivoiser la caméra.
LCI.fr : C'était une bosseuse ?
S.B. : Oui. Grace Kelly est une des rares actrices à s'être rendue sur les plateaux de tournage, même lorsqu'elle n'avait aucune scène à y tourner. Ce fut le cas avec le film Mogambo, par exemple, où elle a été admirer les prestations de Clark Gable. Quelle actrice ferait cela aujourd'hui ? Grace Kelly voulait apprendre. Elle lisait ses contrats, jusqu'à la dernière ligne et n'hésitait jamais à pinailler. Elle a hérité du goût de la performance du clan Kelly. C'était une femme exigeante qui savait qu'elle arriverait au sommet.
LCI.fr : Comment une artiste aussi déterminée a-t-elle pu abandonner sa carrière, après son mariage avec le prince Rainier ?
S.B. : C'est toute la contradiction du personnage qui reflète celle de l'Amérique de ces années-là, une Amérique d'après guerre, à la fois pétillante et maccarthyste. Grace Kelly était une femme libérée qui a voulu mener sa vie d'actrice, de manière indépendante et qui, quand elle l'a décidé, a choisi de fonder une famille. A 26 ans, elle ressentait le besoin de choses essentielles. Elle a arrêté le cinéma du jour au lendemain. Je ne dis pas qu'elle n'a pas eu de regrets mais elle s'est donnée entièrement à son nouveau rôle de princesse de Monaco.
LCI.fr : Quelle vision perdurera de Grace Kelly ?
S.B. : Celle d'une étoile filante qui brille au firmament. Grace, c'est le rêve du cinéma qui devient celui du gotha. Sacralisée princesse de Monaco, elle est entrée vivante dans la légende. Je n'ai jamais entendu une note discordante sur Grace de Monaco. Les ragots n'ont jamais eu de prise sur elle. 25 ans après sa mort, le mythe n'est pas écorné, bien au contraire.
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