"Maria Callas est morte d'amour"

Par , le 13 septembre 2007 à 11h37 , mis à jour le 14 septembre 2007 à 17h26

Interview - Le 16 septembre 1977, la divine diva s'éteignait, dans son appartement parisien, seule et désespérée.

Maria CallasDétail de la couverture du livre "Maria Callas" par Henry-Jean Servat © DR

Maria CallasMaria Callas
 
Henry-Jean Servat
 
Albin Michel, 144 pages, 30 euros
 
LCI.fr : Votre ouvrage s'ouvre sur «cette folle soirée du 26 août 1960». Pourquoi avoir choisi ce moment de l'existence de la cantatrice pour entamer votre récit ?
 
Henry-Jean Servat, journaliste : Je déteste écrire un livre de manière traditionnelle, en relatant les événements sous forme chronologique. Je voulais commencer de manière originale, au moment où La Callas savoure son bonheur sur le yacht d'Aristode Onassis dont elle partage l'existence. Quelques heures auparavant, elle a interprété l'opéra Norma de Vincenzo Bellini, en Grèce, en pleine maitrise de son art lyrique. Maria Callas est célébrée de tous et sa relation avec Onassis dont elle est follement amoureuse est au beau fixe. Ce sont les premières vacances de la vie de la star qui, auparavant, n'a jamais cessé de travailler, se consacrant sans relâche à son art. Elle découvre d'autres plaisirs que ceux du labeur dans les bras d'un homme. C'est l'apogée de sa gloire. La dégringolade n'a pas encore débuté.  
 
LCI.fr : D'après vous, à leur rencontre, le riche armateur voulait s'approprier La Callas comme «un jouet nouveau»...
 
H-J. S. : Aristode Onassis a été intrigué par cette star mondiale qui déclenchait une hystérie totale autour d'elle. Fans et photographes créaient une agitation perpétuelle autour de la diva qui rayonnait d'une plus grande gloire que lui. Cet homme a voulu s'offrir cette femme qu'il ne comprenait pas comme un milliardaire un jouet coûteux dont le mécanisme lui échappe. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas vécu une véritable histoire d'amour.
 
LCI.fr : Pourtant, dans sa jeunesse, Maria Callas était plutôt disgracieuse...
 
H-J. S : On peut parler, dans son cas, d'un vilain petit canard métamorphosé en cygne. Au départ, Maria Callas était dodue, moche et pleine d'acné. Elle ne vivait que pour la musique. Sur scène, elle n'avait pas le physique de l'emploi et se sentait humiliée. Elle a décidé de devenir belle et s'est soumise à un régime drastique. Certains affirment qu'elle a même avalé un ver solitaire pour arriver à ses fins. A 35 ans, sa silhouette était devenue incroyablement longiligne. Elle a voulu ressembler aux personnages qu'elle interprétait.
 
LCI.fr : Maria Callas a-t-elle abandonné sa carrière pour son amant ?
 
H-J. S. : Elle n'a pas décidé d'arrêter de travailler. Elle s'est plutôt laissé glisser dans la douceur du farniente, aux côtés de l'homme qu'elle aimait. A sa rencontre avec Onassis, elle a cessé de vivre d'art pour vivre d'amour, dans une ambiance de jet-set et de dolce vita. Elle a ressenti moins d'entrain pour les vocalises. Ses engagements se sont faits, petit à petit, plus rares. Lorsque le milliardaire l'a quitté pour Jackie Kennedy, elle s'est rendu compte que sa voix était défaillante et que sa carrière avait décliné. Solitaire et désespérée, elle s'est laissé mourir.
 
LCI.fr : Que retiendrez-vous de La Callas ?
 
H-J. S. : Sa quête d'amour et d'absolu. Elle s'est battue avec acharnement pour devenir quelqu'un, pour arriver au sommet. Elle voulait devenir une reine et elle y est parvenue. Guidée par une volonté de réussite, elle est devenue la meilleure chanteuse du monde. Elle a vécu d'art et d'amour. Abandonnée par Aristode Onassis, cloîtrée chez elle, sans vouloir voir personne, Maria Callas est morte d'amour. Les douleurs de son existence ont nourri son personnage, incarnation des plus grandes héroïnes tragiques. Ecrire un livre sur elle a été une expérience exaltante pour moi qui aime l'opéra comme un fou. J'ai partagé la vie et les œuvres de celle qui sublimait cet art mieux que nulle autre. Je me suis envolé sur ses chants d'opéra, ses chants qui nous rendent meilleurs.
 
A lire également : 
 
Maria CallasMaria Callas, les images d'une vie
 
Yann-Brice Dherbier
 
YB Editions, 160 pages, 39,95 euros
 
Outre une biographie de la star, cet ouvrage propose 160 clichés de Maria Callas, dont plus de la moitié inédits. Une manière émouvante de (re)découvrir sa carrière, au gré des photos de ce beau-livre conçu comme un hommage à l'éclat éternel de la diva.

 

 

A voir, enfin, ci-dessous, un extrait du DVD "Eternelle Maria Callas", disponible chez EMI pour la somme de 20 euros

Par Ludmilla Intravaia le 13 septembre 2007 à 11:37
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5 Commentaires

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  • Gonzalez-trique, le 16/09/2007 à 13h18

    C'était la plus belle et la plus talentueuse chanteuse elle a dépoussiéré l'opéra et a ouvert une ère nouvelle en interprétant les héroïnes les plus diverses avec un sens aigu de la tragédie, son talent était immense et son professionnalisme extraordinaire à ce jour c'est celle qui me bouleverse encore

  • Moca, le 14/09/2007 à 19h44

    J'aime beaucoup Maria Callas. Une femme dont la voix me transperce et "me donne des frissons". Une femme entière, émouvante, belle. Une voix comme la sienne nous relie au "divin" et je ne suis pas surprise "qu'elle soit morte d'amour"... ou morte, plutôt, d'un désamour... Elle était tellement tout !

  • Anne, le 14/09/2007 à 17h55

    "Avaler un ver solitaire pour etre mince":Elle devait avoir une case de vide!

  • Roussel, le 13/09/2007 à 20h13

    Mozart disait que la flûte est un instrument faux. Chanter faux et parler à l'âme ! Quelle prouesse ! J'aimerai chanter faux comme ça !

  • Michel, le 13/09/2007 à 16h05

    Peut-être, mais la Callas chantait faux. Oreille absolue.

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