Pédophilie : révélations et rétractations sur YouTube

Par Matthieu DURAND, le 27 décembre 2007 à 12h53 , mis à jour le 27 décembre 2007 à 13h06

Un membre de B2K, un groupe de RnB américain, a annoncé sur YouTube avoir été victime d'abus sexuels... avant de se rétracter. Récit d'une affaire trouble.

B2K musiqueLe groupe de RnB américain B2K, en 2002 : Raz-B est le 2e chanteur en partant de la gauche. © Lionel Hahn/ABACA

Certains utilisent YouTube pour montrer leurs talents artistiques, d'autres pour parler de tout et de rien. De'Mario Monte Thornton, lui, a choisi d'y révéler un drame personnel : il a dit avoir été victime d'abus sexuels pendant son enfance.

Cet Américain de 22 ans aurait subi ces sévices alors qu'il débutait une carrière prometteuse, sous le pseudo de Raz-B, au sein de B2K, un groupe de RnB qui a eu son heure de gloire au début des années 2000, notamment lors d'un titre avec P. Diddy (Bump, Bump, Bump). Et Raz-B de désigner un coupable : Chris Stokes, son manager de l'époque et fondateur du label TUG. Pour corser le tout, Raz-B et Chris Stokes sont cousins.

La confession a pris la forme de deux vidéos mises en ligne le 24 décembre sur YouTube. Dans la première, Raz-B se fait filmer en train d'annoncer au téléphone ce qui lui est arrivé à des personnes présentées comme le père et la sœur aînée de Marques Houston, un autre artiste du label, qui aurait également été victime de ces abus.

"Lavage de cerveaux"

Raz-B évoque des attouchements alors qu'il avait "11 ou 12 ans". Il affirme ne pas savoir si les autres membres du boys band ont subi un traitement similaire mais il en a la conviction. A la sœur de Marques Houston qui met en doute ses propos avant de l'accuser d'avoir pris plaisir à ces pratiques, Raz-B rétorque de manière très crue qu'il en a souffert dans sa chair. Il précise qu'il ne savait pas ce qu'il faisait à l'époque. Il emploie même le terme de "lavage de cerveaux".
"Je ne cherche pas à me venger, déclare Raz-B. Dieu est la vengeance ultime." Mettant en avant sa spiritualité à plusieurs reprises, le jeune homme indique qu'il veut juste discuter de cette affaire, notamment avec Chris Stokes, et "peut-être pleurer et prier".

Dans la deuxième vidéo, le frère de Raz-B, Ricardo Thornton, également artiste sous le nom de Ricky Romance, souligne qu'il a également été victime d'abus sexuels, Chris Stokes l'obligeant notamment à prendre des douches avec d'autres membres du label. Puis Ricky appelle une personne présentée comme Chris Stokes qui déclare : "Je ne fais plus ça (...) Ce n'est pas moi (...) C'était il y a des années".

Coup de théâtre 

Pour autant, dans un communiqué publié le 24 décembre par le manager, ce dernier qualifie les accusations des deux frères de "farouchement fausses". Chris Stokes affirme encore que Raz-B et Ricky Romance ont lancé ces accusations parce qu'il avait arrêté de les "soutenir financièrement" et de les "assister dans leurs affaires criminelles et légales". Autre explication avancée : les frères Thornton se seraient vengés d'avoir été interdits d'entrée à un événement organisé par Stokes à Beverly Hills il y a quelques semaines. Mercredi, Omarion, un ex-membre de B2K resté dans le giron du label TUG après la dissolution du groupe en 2004, a publiquement soutenu Chris Stokes et démenti les accusations des frères.

A part MTV, aucun grand média ne relate cette affaire pourtant abondamment commentée sur des blogs et sites consacrés à la musique et à l'actualité People. Au jour de jeudi, les deux vidéos ont été vues plus de 500.000 fois sur YouTube. Et puis, coup de théâtre ! Trois jours après sa confession, Raz-B, dans une nouvelle vidéo, adresse des "excuses publiques pour des cassettes qui ont ‘fuité' sans [son] accord". Et d'ajouter que "les allégations [sur Chris Stokes et Marques Houston] ne sont pas vraies". Raz-B renouvelle ses excuses "pour tous les dommages que [ces propos] pourraient causer, publiquement, financièrement". Décidemment, une bien étrange affaire.

"Du buzz par le bas"

Ce déballage sur YouTube ne surprend pas Me Gérard Haas, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies. "Nous passons d'un système de surveillance à un système de sous-veillance, déclare-t-il à LCI.fr. On a du buzz par le bas. N'importe qui peut faire n'importe quoi. Le web n'est pas à l'abri du canular, des manipulations des déstabilisations."
En France, face à de telles accusations, la défense du plaignant pourrait "agir sur la diffamation ou la captation sans autorisation mais a posteriori, souligne l'avocat. Et la réparation ne permettrait jamais de rétablir la dignité de la personne injustement accusée".  A ce titre, les nouvelles technologies représentent "une véritable poudrière !", pointe Me Haas. "Des affaires comme celle-ci, il y en a plein, même en France, affirme-t-il. On a là une sorte d'Outreau mais sans juge Burgaud."

 

Par Matthieu DURAND le 27 décembre 2007 à 12:53
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