Détail de la couverture du livre "France Gall, le destin d'une star courage" d'Alain Morel et Grégoire Colard (voir portrait à droite), aux Editions Flammarion © DRLCI.fr: En 1975, lorsque Michel Berger vous demande de représenter France Gall, vous vous écriez "France Gall? Alors, ça, non!". Pourquoi un refus si catégorique?
Grégoire Colard, journaliste: A l'époque, pour moi, cette chanteuse n'existait plus, elle était devenue complètement ringarde. Par contre, j'étais amoureux de la musique de Michel Berger, un homme formidable avec qui j'ai développé une véritable relation d'amitié, dès que j'ai commencé à travailler avec lui. Lorsqu'il m'a confié qu'il vivait avec France Gall, il m'a demandé d'écouter les chansons qu'il venait d'écrire pour elle et j'ai retrouvé le charme de Michel qui collait parfaitement avec la voix de France. Faire revenir France Gall à l'avant-plan me semblait un défi pratiquement impossible à relever mais, après avoir écouté l'album plusieurs fois, j'ai compris que ça marcherait, même si Berger n'était pas encore une star à ce moment-là. Quelques semaines plus tard, début 1976, le premier album de France Gall, signé Berger, décollait. France Gall avait 29 ans.
LCI.fr: Avec ce virage artistique, France Gall avait-t-elle la volonté de laisser derrière elle son image d'idole des jeunes évaporée?
G. C. : Le père de France Gall travaillait dans la musique. Gamine, elle a toujours vécu dans les coulisses de la musique, une affaire de famille qui, pour elle, était synonyme de plaisir. Quand cela devient un métier, une affaire commerciale, ça l'amuse moins. Elle se rebiffe car elle ne veut pas être aux ordres de son entourage par lequel elle se sent instrumentalisée. Lorsqu'elle a commencé à chanter à 16 ans, c'était un jeu. A 21 ans, elle a l'impression que sa carrière lui a gâché son adolescence et elle veut la reprendre en main. Elle s'en fichait de chanter. Elle voulait fonder une famille et avoir des enfants. Elle désirait vivre son existence de femme, tout en appréciant l'amour du public.
LCI.fr: Sa relation avec Michel Berger va-elle lui permettre de concilier vie professionnelle et privée?
G. C. : Tout à fait, chose qu'elle n'avait réussi, ni avec Claude François, ni avec Julien Clerc. Avec Michel Berger, elle a su qu'elle pouvait avoir des chansons pour elle, tout en fondant une famille. Tout d'un coup, tout était lié, la vie amoureuse qui, jusque là, ne l'avait pas comblée et la vie musicale qui l'avait humiliée. Le couple va avoir deux enfants. C'est le bonheur parfait. Elle-même n'y croit pas et confie aux journalistes ses craintes de devoir "payer la facture", ce qui ne tarde pas à arriver.
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| Editions Flammarion, 280 pages, 19,9 euros |
LCI.fr : Dans quel sens?
G. C. : Quelques jours plus tard, France Gall apprend la maladie de sa fille et commence à payer la facture. Michel Berger va perdre des amis. Coluche et Daniel Balavoine meurent. Le frère et le père de Michel Berger décèdent, de même que le père de France Gall. Outre la mort de son mari, elle doit faire face à l'aggravation de l'état de santé de sa fille qui ne lui survivra pas, et se montrer forte face à son propre cancer, sans compter qu'elle a failli perdre son fils dans un accident.
LCI.fr : Est-ce pour cette raison que vous la qualifiez de "star courage" dans le titre de votre livre?
G. C. : J'ai été proche d'elle à travers tous ses drames. J'ai reçu ses confidences. J'ai été soufflé par sa force de caractère. Dans le métier, elle n'a jamais fait la moindre erreur, le moindre écart. Pour la scène, elle se préparait physiquement et mentalement, en allant toujours jusqu'au bout, sans se plaindre. D'un point de vue privé, elle a tenue Michel Berger à bout de bras dans ses moments de doutes d'artiste ou dans la perte de ses amis. Quand ce dernier est mort, elle a assumé le rôle de père pour ses enfants. Elle a vécu vingt ans d'un combat finalement perdu contre la maladie de sa fille et à sa disparition, à tenu le cap pour son fils et la mémoire de son mari. C'est dans sa mentalité de "tenir". Je ne sais pas comment elle fait.
LCI.fr : Avec cet ouvrage, avez-vous voulu lui rendre hommage?
G. C.: Non, plutôt témoigner sur le courage de cette femme exemplaire qui, à l'âge de 60 ans, continue à s'impliquer dans l'aide aux femmes Françaises et Sénégalaises, martyrisées, comme elle, par la vie, tout en s'accordant le droit à la liberté et au bonheur.
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