Couverture du livre "Sexus Footballisticus" aux Editions Danger Public et portrait de son auteur Jérome Jessel © DRLCI.fr : Vous titrez le premier chapitre de votre livre, "Football et sexe, les liaisons dangereuses". Pourquoi?
Jérome Jessel, journaliste : Le footballeur est un homme convoité car l'argent rend beau. Il est donc soumis à de nombreuses tentations sexuelles auxquelles il n'est pas évident de se dérober, d'autant plus que certaines femmes, comme les "Maria Chuteira" brésiliennes, marquent les footballeurs à la culotte pour assurer leur avenir matériel. Un sportif entre 20 et 30 ans exprime la pleine mesure de sa libido et développe, en raison de la pratique du sport, voire du dopage, des comportements d'hypersexualité qui, dans un contexte où il passe peu de temps à la maison, avec sa famille, peuvent lui jouer des mauvais tours.
LCI.fr : Les footballeurs ne sont-ils pas encouragés par leurs clubs à avoir une vie privée stable?
J. J. : Les footballeurs qui arrivent en centres de formation vers 12 ans, dans un monde d'hommes avec des valeurs bien spécifiques, sont encouragés à prendre femme, afin d'avoir un équilibre affectif qui stabilise leurs performances. Vers 20 ans, bon nombre d'entre eux, sont mariés avec des enfants. Entièrement pris en charge et déresponsabilisés depuis leur plus jeune âge, ils n'ont pas eu d'adolescence et peuvent être rattrapés, vers 25 ans, par les tentations qui s'offrent à eux.
LCI.fr : Vous parlez d'un monde d'hommes, avec des valeurs spécifiques. Quelles sont-elles?
J. J. : Virilisation exacerbée, homophobie, culte du corps..., la compétition dépasse largement le cadre du terrain de foot. Montrer sa capacité à séduire les femmes et une position économique dominante permet d'affirmer son pouvoir dans les vestiaires où les hommes vivent ensemble en permanence, dans la disparition de l'intimité. Egocentrés et toujours à l'affut du moindre bobo sur leur outil de travail n°1, les footballeurs regardent leur corps en permanence, en particulier leurs attributs virils qu'ils affublent de sobriquets machos. La trilogie du foot, milieu "bling bling" et exhibitionniste, c'est la montre, la voiture et la femme qui est souvent considérée comme un objet à consommer que l'on peut, esprit grégaire d'équipe aidant, s'échanger, notamment dans le cas des prostituées. Les stars de porno sont également très prisées, une vraie tendance dans le monde du foot qui trouve son origine dans l'influence du rap.
LCI.fr : Le recours à la prostitution est-il courant?
J. J. : Les sportifs, comme Ronaldo, ont tendance à considérer que leurs performances sur le terrain sont améliorées par les relations sexuelles avant le match, même si c'est rarement l'avis des entraîneurs. Certains clubs préfèrent savoir leurs joueurs avec des call girls que dans la nature à faire n'importe quoi. Des footballeurs sont enclins à avoir recours à leurs services pour une plus grande discrétion, même si en Angleterre, par exemple, cela n'empêche pas ces dernières de monnayer les récits de leurs nuits torrides avec les tabloïds.
LCI.fr : Les épouses de footballeurs sont-elles plus confrontées à l'adultère que d'autres femmes?
Editions Danger Public, 300 pages, 16,90 euros
J. J. : Les footballeurs ont plus d'occasions de succomber à la tentation, d'autant qu'ils n'ont pas besoin de séduire. Souvent très "cash", ils n'y vont pas par quatre chemins. Une femme de footballeur connaît les règles du jeu. Elle sait qu'elle est, avant tout, la mère de ses enfants. De plus, elle bénéficie d'à-côtés financiers considérables, un footballeur gagnant, en moyenne, en France, quelque 45.000 euros brut par mois. Les divorces sont d'ailleurs très coûteux pour les joueurs.
LCI.fr : D'après votre ouvrage, ballon rond et homosexualité ne font pas bon ménage.
J. J. : L'homophobie est le fléau du milieu du football, milieu qui n'a pourtant aucune raison d'échapper aux statistiques d'après lesquelles 5 à 10 hommes sur 100 sont homosexuels. Et le "coming out" n'est pas sans danger. En témoigne, par exemple, l'issue tragique de la seule révélation d'homosexualité d'un joueur en activité qu'ait connu l'Angleterre. Ce footballeur a mis fin à ses jours, après être devenu un renégat, même auprès de sa famille. Les joueurs homosexuels préfèrent souvent se marier et vivre clandestinement leurs relations amoureuses. Il faudrait qu'un joueur de renommée internationale fasse son coming out pour que les choses changent. En attendant, on continuera à s'indigner davantage des banderoles anti-Ch'tis, dans les stades que des banderoles homophobes.
LCI.fr : Violence conjugale, abus sexuels, viols collectifs..., les dérapages semblent nombreux dans le monde du foot.
J. J. : En 2007, le procès de certains joueurs de l'équipe de Bordeaux a révélé des pratiques barbares. En Angleterre, les footballeurs ont inventé les termes de "roasting" ("rôtissage") pour décrire le partage d'une même fille à plusieurs et de "spitroasting" ("rôtissage à la broche") pour désigner les relations à trois. Basée sur l'alcool et les soirées au pub qui favorisent l'éclatement des inhibitions, la culture du foot anglaise est d'ailleurs assez "trash", d'autant plus que la presse britannique est plus offensive qu'en France, où le respect de la vie privée est mieux protégé par la loi.
LCI.fr : Ces débordements ternissent-ils l'image des footballeurs?
J. J. : Pas vraiment. Un joueur comme Zinédine Zidane, par exemple, demeure un intouchable, malgré les rumeurs sur sa vie conjugale ou ses comportements violents sur le terrain. Son absolution par Jacques Chirac, après son coup de boule, geste pourtant condamnable et difficile à expliquer aux enfants, montre à quel point il est immaculé pour l'éternité. Globalement, les joueurs de football bénéficient d'une aura qui les protègent, en France et à l'étranger, tant que leurs performances sur le terrain ne sont pas diminuées par une éventuelle vie privée dissolue.
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