Le chanteur Mathieu Johann a co-composé le single Parle, Hugo, Parle de l'association La Voix de l'Enfant, dans les bacs, lundi 30 juin 2008 © Abacapress.comLCI.fr : Comment est né le projet de cette chanson dénonçant l'enfance abusée, Parle, Hugo, Parle?
Mathieu Johann, chanteur : Quand je suis sorti de la Star Academy 4, j'ai écrit un livre, intitulé La Passion pour seul bagage, dont j'ai reversé une partie des bénéfices à l'association La Voix de l'Enfant. Dans ce livre, je racontais ma vie et l'enfer que j'ai vécu, enfant, puisque j'ai été victime d'abus sexuels, pendant quatre ans. A ce moment là, je me suis dit que je voudrais faire encore plus pour cette association de protection de l'enfance, en mettant ma notoriété au service de cette cause. Il y a un an, en me levant un matin, j'ai su que j'étais prêt à concrétiser ma promesse. Le projet de single Les Voix de l'Enfant : Parle, Hugo, Parle était né.
LCI.fr : L'histoire du petit Hugo, l'enfant violé dont parle cette chanson, c'est un peu la vôtre, en somme?
M. J. : J'ai subi des abus sexuels, entre l'âge de sept et dix ans, de l'animateur du camping où je passais mes vacances, chaque été. Ma mère a appris mon calvaire en décrochant le téléphone, au bout duquel se trouvait le père d'une des autres victimes qui avait démasqué mon bourreau. C'est d'abord moi qui ai pris le combiné. Au téléphone, un homme me demandait avec insistance si j'allais bien et, là, j'ai compris que ma vie allait basculer. Je me suis enfermé dans ma chambre et j'ai pleuré longtemps.
LCI.fr : Ce n'est donc pas vous qui avez dénoncé votre violeur?
M. J. : Non. Ce n'est pas moi qui ai parlé. Moi, je n'avais pas de papa. Je n'avais pas de repère masculin. Mon bourreau me disait que c'était normal et je n'osais pas défier sa "normalité". Je me sentais humilié et je ne voulais pas faire souffrir ma famille. J'avais juste envie de sourire et de m'amuser, comme tous les gosses de mon âge.
LCI.fr : Qu'avez-vous ressenti quand les sévices subis ont été dévoilés au grand jour?
M. J. : J'avais onze ans quand cela s'est su. Ma mère a essayé de comprendre et elle a porté plainte. Les flics ont débarqué comme des coyotes, sans ménagements et devoir raconter ce que j'avais vécu m'a fait revivre les événements. "L'après" fut difficile car il faut se reconstruire. Je me souviens avoir été traumatisé par le discours d'une psychologue à la télé. Elle disait que toutes les victimes de pédophiles allaient devenir elles-mêmes abuseurs. Mon inquiétude fut immense: Allais-je être attiré par les enfants, une fois devenu adulte? Je suis scandalisé par ce type de discours qui laisse planer le poids de la culpabilité sur les victimes, en affirmant qu'elles vont reproduire ce genre de schémas psychologiques. Nous ne sommes que des victimes. Et il y a moyen de s'en sortir, justement parce qu'il y a des gens pour écouter les enfants abusés, comme le fait La Voix de l'Enfant. Certains ont plus de force que d'autres mais une chose est certaine, il faut parler.
LCI.fr : Avez-vous revu votre violeur?
M. J. : J'ai retrouvé cette personne. J'avais vingt ans et besoin de comprendre. Il fut malaisé de retrouver mon bourreau. J'ai essayé de gagner à nouveau sa confiance pour qu'il ne se méfie pas et m'explique pourquoi il m'avait abusé. Il m'a dit que c'était normal d'aimer des enfants et qu'à l'époque, j'étais amoureux de lui, à l'instar des autres enfants dont il avait abusé. Il a fait référence à l'histoire de la civilisation grecque, selon laquelle c'étaient les adultes qui initiaient sexuellement les enfants. Pour lui, il n'avait fait que nous donner de l'amour, les jeux sexuels étant destinés à nous apprendre la vie.
LCI.fr : Avez-vous ressenti un besoin de vengeance?
M. J. : Ma vengeance, c'est ce single. Quand on est petit, on se dit: "Je vais le tuer un jour". Et puis, en grandissant, on comprend que ce n'est pas la bonne réponse. Si ce type n'abusait plus d'enfants, je serais prêt à lui pardonner, même si rien n'excuse ses actions. Ma victoire sur lui, elle est là, sur scène, avec la musique qui m'apporte cet amour démesuré dont j'ai besoin.
LCI.fr : Vous en êtes-vous bien sorti, vous?
M. J. : J'ai réussi à vivre avec. J'ai une relation épanouie avec ma compagne (Clémence Castel, gagnante du jeu télévisé Koh-Lanta 5, NDLR), même si ce que j'ai vécu en tant qu'enfant brouille les cartes de la sexualité. Un garçon découvre sa sexualité vers douze ans. Moi, j'ai mis plus de temps. Mais je m'en suis sorti, contrairement à d'autres.
LCI.fr : On vous sent très combatif...
M. J. : Ce type a gâché mon enfance, a détruit une partie de ma vie. Ma mère a toujours été à mes côtés et je dois être assez fort. Fort et surtout scandalisé que des personnes comme mon violeur, qui a été condamné à quatre mois de prison et travaille à nouveau avec des enfants, s'en sortent aussi facilement. Il ne faut plus laisser sortir les prédateurs sexuels de détention, tant qu'ils ne peuvent se réinsérer dans la société. Depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, les subsides de l'association La Voix de l'Enfant ont diminué. Est-ce aux artistes de se mobiliser pour permettre aux associations de défense de l'enfant de fonctionner? Je voudrais que les responsables politiques prennent leurs responsabilités. Il y a des loups qui se baladent en liberté dans notre société. C'est très angoissant. Je voudrais vraiment que la ministre de la justice, Rachida Dati, réagisse sur cette question!
* La chanson Les voix de l'enfant : Parle, Hugo, Parle dénonce les abus sexuels perpétrés sur les enfants. Elle est née de la collaboration entre l'association de protection de l'enfance, La Voix de l'Enfant et le chanteur Mathieu Johann, co-compositeur du single. Elle est interprétée par Jenifer, Faudel, Cali, Sylvie Vartan, Lââm, Michel Fugain, Leslie, Michael Jones, Nâdiya, David Hallyday, Anne-Laure Girbal, Patrick Fiori, Michel Jonasz, Claire Keim, Tété, Victoria, Michel Delpech, Pauline Delpech, Nicolas Peyrac, Ophélie Winter, Emmanuel Moire, Julie Zenatti, Francis Lalanne, Marie Myriam, Hoda et Bruno Solo.
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