LCI.fr : Les premiers mots de votre livre décrivent votre impuissance "face à une violence psychologique et une autorité implacable". Avez-vous été maltraité psychologiquement, enfant?
Anthony Delon, acteur : Oui mais je n'entre pas dans les détails sciemment, dans mon livre et je ne le ferai pas plus ici. Ce n'est pas la description de mes souffrances, en tant qu'enfant, qui m'a intéressé dans l'écriture de cet ouvrage. Ce que j'ai voulu dire, c'est qu'on a tous nos blessures, nos fardeaux et qu'il est possible de s'en débarrasser, sans reproduire soi-même certains schémas destructeurs, notamment avec ses enfants.
LCI.fr : Ce livre, vous l'avez écrit pour vos filles?
A. D. : Le point de départ, c'est mes enfants. Mais j'ai écrit aussi pour les gens qui s'intéressent à moi, pour leur parler de certaines valeurs importantes à mes yeux, pour déclencher une prise de conscience chez eux, leur donner des premières clés d'évolution. Moi, je me suis sorti d'affaire, eux le peuvent aussi.
LCI.fr : Est-ce pour cette raison que vos réflexions, d'intimes, sont devenues publiques?
A. D. : Oui. Le public, c'est notre miroir. C'est lui qui fait notre carrière, qui nous permet de durer. L'année dernière, j'ai vécu une période difficile. Certains soirs, c'était pénible de monter sur scène mais jamais je n'aurais voulu décevoir les personnes qui venaient me voir. J'ai la volonté d'être compris par les gens, de me rapprocher d'eux, de les remercier de la chaleur qu'ils m'ont donné tout au long de mon parcours.
LCI.fr : Quel fut le déclic qui vous a poussé à l'écriture?
A. D. : Enfant, j'ai érigé une barrière autour de moi, afin de me protéger de la violence psychologique que je subissais. Au fur et à mesure, les murs sont devenus de plus en plus épais. A 18 ans, j'étais enfermé dans une logique de combat, de survie. J'étais en colère, j'avais emmagasiné tant de choses. Malgré la prison et tout ce que j'ai traversé, j'avais l'impression que rien ne me touchait. Quand Loulou, ma seconde mère, la femme qui m'a élevé, est morte, en 2003, je n'ai rien senti, comme anesthésié par toutes ces barrières autour de moi. Mais elles ne stoppent pas la douleur, qui ne ricoche pas dessus. Au contraire, les souffrances s'accumulent et un jour, ça pète. Plus vous avez résisté, plus vous souffrez. J'ai succombé à des crises d'anxiété généralisée. J'ai littéralement explosé. Au moment où j'avais les deux genoux à terre, si je n'avais pas eu le bouddhisme, depuis 10 ans, cela aurait été beaucoup plus dur de faire face à la tempête. J'ai également fait 6 mois de thérapie, à raison d'une séance tous les jours.
LCI.fr : En quoi le bouddhisme vous a-t-il aidé?
A. D. : Grâce bouddhisme, j'ai pu commencer un travail d'assainissement personnel et m'ouvrir à la compassion. Des concepts comme l'interdépendance, à savoir la manière par laquelle nous somme liés les uns aux autres ou comme l'impermanence qui exprime le fait que tout évolue dans l'existence m'ont aidé à me pencher sur le détachement et les traumatismes qui me faisaient mal depuis longtemps. Ainsi, j'ai appris à m'accepter en tant qu'homme, pétri de faiblesse, un homme vulnérable qui peut pleurer, par exemple. Ces choses peuvent sembler simples mais l'ampleur de la tâche est énorme. Il faut commencer par donner l'exemple soi-même, en se responsabilisant complètement. C'est mon but pour les dix prochaines années à venir.
| Anthony Delon sur LCI |
Retrouvez Anthony Delon, jeudi matin, à 10 heures 15, sur le plateau de l'émission de Valérie Expert, "On en parle" sur LCI. |
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