Détail de la couverture du livre "de Funès Bourvil, Leur grande Vadrouille" de Jean-Jacques Jelot-Blanc, aux Editions Alphée © Victor Rodrigue/Rue des ArchivesLCI.fr : Quand Bourvil et Louis de Funès se sont-ils rencontrés?
Jean-Jacques Jelot-Blanc, écrivain : Sur le tournage de Poisson d'Avril de Gilles Grangier, en 1954, dans les studios de Boulogne Billancourt. Ce film met en vedette Bourvil et Louis de Funès, dans un rôle secondaire. Leur première rencontre à l'écran coïncide avec leur première rencontre amicale. Les deux acteurs se retrouveront, en 1955, dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara où Louis de Funès apparaît aux côtés de Bourvil, le temps de quelques scènes. Mais c'est surtout la rencontre avec Gérard Oury qui sera primordiale pour le tandem, réuni en 1963 dans Le Corniaud, puis en 1966, dans La grande Vadrouille. Jean-Pierre Mocky avait déjà pensé à les faire travailler ensemble mais c'est Gérard Oury qui a tiré le premier, pressentant avec force le potentiel comique des deux acteurs.
LCI.fr : Qu'avaient en commun Bourvil et Louis de Funès?
J.-J. J.-J. : Ils partageaient une multitude de points communs comme le fait de n'avoir que des garçons, d'avoir tous deux une femme prénommée Jeanne, d'être musiciens ou d'être nés sous le signe du lion. Bourvil et Louis de Funès se sont tous deux bâti une carrière à la réputation quasi irréprochable à partir de rien. Au-delà du fait qu'ils étaient de grands interprètes, c'était surtout des hommes vrais, des personnes profondément humaines. Contrairement à certains acteurs, sortes de "machines à spectacle", Bourvil et Louis de Funès menaient une existence normale à côté de leur métier. Quand ils faisaient des pauses, pendant les tournages, ils parlaient de pêche, de nature, de bonne chère ou de leur famille. Ils n'étaient pas plus amis que cela. Assez timides et réservés, ils ne mangeaient pas ensemble, par exemple. Mais ils se respectaient mutuellement, même s'ils ne le sont jamais dis qu'à demi mots. Leur attachement était peu démonstratif mais il était profond. Leur osmose à l'écran venait de ces qualités humaines communes et de ce respect réciproque.
LCI.fr : Comment travaillaient-ils?
J.-J. J.-J. : Louis de Funès était un véritable bourreau de travail. Il lui fallait travailler sans cesse et son succès est le fruit de cet effort. Bourvil était plus naturel. Il était excellent dès la première prise. Louis de Funès, lui, était meilleur, après plusieurs répétitions.
LCI.fr : Dans votre livre, Louis de Funès apparait comme un homme assez angoissé...
J.-J. J.-J. : Il faisait certainement partie de ces artistes qui montent sur scène pour exorciser leurs angoisses. Louis de Funès avait peur des autres. Sur l'écran, il exultait mais dans la vie, il rasait les murs et se plaçait en retrait. Extrêmement introverti, c'était un homme farouche, même s'il savait, néanmoins, tendre la main à autrui. Il était également complexé par le fait d'être un homme simple qui n'avait pas fait d'études. Sa seconde femme a d'ailleurs eu un ascendant tyrannique sur lui. Contrôlant tout dans sa vie, elle faisait barrière entre lui et le monde. Elle l'avait pris en main et le protégeait de ses peurs. En avait-il réellement besoin? Telle est la question.
LCI.fr : Avait-il mauvais caractère?
J.-J. J.-J. : Il avait du caractère. Il était exigeant. Mais en tant qu'acteur numéro un, peut-on lui reprocher? Il était maître sur le plateau et dirigeait autour de lui. Il gérait totalement sa carrière et disait ce qu'il pensait. Ces rôles de petits hargneux vitupérants ont certainement également déteints sur la vision que l'on s'est faite de lui. Rester enfermé dans ce seul registre fut d'ailleurs le grand drame de sa vie. Il aurait aimé jouer des rôles dramatiques. Par exemple, lui qui était monarchiste, celui du roi Louis XI.
LCI.fr : Bourvil a-t-il subi le même cloisonnement artistique?
J.-J. J.-J. : Il s'en est mieux sorti que Louis de Funès, en réussissant à s'extraire de son rôle de niais de service, par exemple dans Le Cercle rouge, son dernier film. S'il n'était pas mort si jeune, il aurait pu s'imposer en dehors du registre comique.
LCI.fr : En fait, ils n'ont pas beaucoup tourné ensemble...
J.-J. J.-J. : Non. C'est malheureux que le décès de Bourvil l'ait empêché d'apparaitre dans La Folie des Grandeurs. Comme ils ont été connus assez tard, ils n'ont pas eu le temps d'aller au bout du potentiel de leur tandem. J'ai écrit ce livre "en manque" de tous les films qu'ils auraient encore pu faire ensemble. Quel gâchis, en somme. Cela aurait été extraordinaire de les voir ensemble dans une comédie musicale ou dans pleins d'autres projets. Evidemment, tout cela demeure de l'imagination... Mais l'imagination, c'est aussi le cinéma, non?
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