Couverture du livre "Je me souviens des oubliés" de Mathieu Alterman, aux Editions Scali © DRLCI.fr : Pourquoi avoir écrit ce livre?
Mathieu Alterman, auteur : Lors de la rédaction d'un ouvrage précédent, Apologie de l'échec, sur les plus gros bides de l'histoire, j'ai remarqué à quel point les gens sont sensibles à l'humanité qui se dégage de ceux qui peuvent faillir et échouer. Fasciné depuis toujours par le star-système des années 70-80 où quelqu'un pouvait devenir une star énorme, quelle que soit la qualité de ce qu'elle avait à offrir, j'ai eu envie de remettre un nom sur un film ou une chanson, de me souvenir de ceux qui, après avoir connu le succès, sont tombé dans l'oubli.
LCI.fr : Que deviennent généralement ces vedettes déchues?
M. A. : Certaines gèrent bien leur traversée du désert, comme le chanteur Dave qui a su en faire un succès par autodérision mais la majorité la vit mal. La notoriété est la plus grande drogue au monde, une sorte d'adrénaline. En manquer, c'est comme heurter un mur. Certaines se raccrochent à des galas, dans des conditions miteuses, de temps à autre. Celui qui a produit le spectacle Age tendre et têtes de bois avec des chanteurs des années 60 a quasiment fait de l'humanitaire en permettant à ces artistes de retrouver leur public. D'autres, enfin, se reconvertissent mais ce n'est pas facile d'exercer un métier normal, après avoir été accro à la notoriété qui est le contraire de la réalité.
LCI.fr : D'après votre ouvrage, beaucoup se reconvertissent dans la peinture. Pourquoi?
M. A. : Oui, en effet, ce fut le cas du leader du groupe Animo, des animatrices télé Soizic Corne et Caroline Tresca ou encore du chanteur Jesse Garon. La peinture est le domaine de prédilection des ex-pop stars, certainement en raison du fait qu'elle demeure une expression artistique mais sans réelle obligation de succès, donc de notoriété. Psychologiquement, cela les protège.
LCI.fr : D'autres reconversions sont plus inattendues...
M. A. : Quentin, le leader du boy's band Alliage est aujourd'hui star de films X gays aux Etats-Unis, tandis que Steven interprète, dans les églises, du rock catholique, à savoir des chansons à la gloire du pape. Il est également SDF volontaire, dans le sens où il ne veut pas habiter dans une maison pour se rapprocher des pauvres, comme le christ. L'ex-chanteur du groupe de rap belge, Benny B, travaille comme transporteur d'équipages d'avion à l'aéroport de Bruxelles. Il est peut-être heureux comme cela mais il n'a certainement pas envie qu'on le reconnaisse dans la rue, même s'il a conservé un capital sympathie auprès du public. Gérer l'après-succès est vraiment très difficile car le décalage entre le besoin affectif et la disparition médiatique est douloureux. Le seul qui soit satisfait de sa reconversion est peut-être le chanteur Ringo qui s'est fait complètement oublier en divorçant de Sheila. Il vivait assez mal sa notoriété. Contrairement aux autres, malheureux sans gloire, il est devenu un restaurateur comblé.
LCI.fr : Fonder une famille ne permet-il pas d'échapper à la nostalgie de la notoriété?
M. A. : Certainement. La comédienne Du miel et les abeilles, Mallaury Nataf, par exemple, est mariée et mère de deux enfants. Mais elle aimerait sortir un nouvel album. Même quand les ex-stars ont fondé une famille, elles veulent revenir sur le devant de la scène. Avoir des enfants n'est qu'un placebo, face à la souffrance de ne plus être au top.
LCI.fr : A vous en croire, les vedettes oubliées songeraient donc toutes au come-back...
M. A. : Absolument. Toutes y songent et toutes s'y essaient. Mais après une absence de 10 à 15 ans sans disque ou film, l'échec est au bout du chemin. Je ne connais personne qui soit revenu sur le devant de la scène, avec autant de succès qu'auparavant. Que ce soit la chanteuse Jeanne Mas ou le groupe Image, le come-back, pour les stars oubliées, ça n'arrive jamais. C'est la loi du genre.
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