Roman Polanski, le 9 novembre 2005, au Brésil © Abacapress.comLe juge de Los Angeles Peter Espinoza a toutefois suspendu sa décision jusqu'au 7 mai, afin de donner au cinéaste la possibilité de se présenter en personne devant la Cour. Dans une déclaration favorable au réalisateur de Rosemary's baby, le juge a estimé "qu'il y a eu, apparemment, une faute professionnelle substantielle" de la part du parquet quand l'affaire a éclaté, en 1977. Le juge de l'époque, Laurence J. Rittenbaud, avait juré qu'il aurait la peau de Polanski. C'était d'ailleurs toute l'argumentation des avocats du cinéaste, qui avaient déposé en décembre dernier une demande pour obtenir l'abandon des poursuites contre leur client. Ils affirmaient avoir mis au jour de nouvelles preuves montrant que le réalisateur, aujourd'hui âgé de 75 ans, n'avait pas bénéficié à l'époque d'une procédure pénale équitable. Les défenseurs citaient un film documentaire récent, Roman Polanski: Wanted and desired, qui décrivait "un ensemble de mauvais comportements et de communications entre la Cour et le bureau du procureur, en violation de l'égalité devant la loi".
Dans des conclusions écrites, le juge Espinoza a estimé que Roman Polanski n'a pas le droit d'obtenir satisfaction de ce tribunal tant qu'il reste en "fuite", mais le magistrat a ajouté qu'il "examinerait l'opportunité" d'une demande de rejeter les charges si Roman Polanski revenait dans le comté de Los Angeles. Le magistrat a fixé une nouvelle audience au 7 mai. Le parquet affirme depuis 30 ans qu'une audience ne peut pas avoir lieu en l'absence du cinéaste. Les avocats de ce dernier ont indiqué qu'il était peu probable qu'il revienne aux Etats-Unis, où, considéré comme "criminel en fuite", il court le risque d'être arrêté à son arrivée.
Polanski sous le coup d'un mandat d'arrêt depuis 30 ans
Roman Polanski, né en France de parents polonais, avait plaidé coupable de "relations sexuelles illégales" après avoir été arrêté en 1977 à Los Angeles à la suite de la plainte des parents de Samantha Gailey, une adolescente de 13 ans. Les faits s'étaient déroulés dans la demeure de Jack Nicholson à Hollywood. Selon la police, le réalisateur de Chinatown avait fait consommer de la drogue et de l'alcool à sa victime, avec laquelle il effectuait une séance de photos pour un magazine, avant de coucher avec elle. Mais aux Etats-Unis, même consentis, les rapports sexuels avec un mineurs sont classés sous la catégorie "viol".
Samantah Gailey, aujourd'hui âgée de 44 ans a pardonné depuis longtemps à Polanski. Elle a d'ailleurs déclaré récemment ne pas souhaiter que Polanski "qui n'a pas été traité avec justice, subisse de nouveaux châtiments". Mais bien qu'elle ait obtenu satisfaction au civil, le mandat d'arrêt lancé par le juge Rittenbaund, aujourd'hui décédé, court toujours. Le cinéaste n'a pas remis les pieds depuis plus de 30 ans sur le sol américain, ni pour recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur qui lui a été décerné en 2003 pour Le pianiste, ni pour se recueillir sur la tombe de son épouse Sharon Tate, assassinée par des adeptes du gourou Charles Manson en 1969, alors qu'elle était enceinte de huit mois.
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