
> Après la pipe de Mr Hulot, la cigarette de Coco Chanel-Audrey Tautou
En pyjama de satin blanc, l'actrice Audrey Tautou qui incarne la créatrice Gabrielle Chanel, dans le dernier film d'Anne Fontaine, toise les passants sur l'affiche du film Coco avant Chanel, une cigarette à la main, partout en France où le film sort, ce mercredi. Partout en France, sauf... dans le métro parisien d'où cette publicité a été bannie, comme l'a été la pipe de Jacques Tati, au nom du respect de la loi Evin contre le tabac.
"La cigarette deCoco Chanel a été refusée par Métrobus, la régie publicitaire de la RATP alors que pour tous les autres afficheurs, elle ne posait aucun problème", constate Olivier Snanoudj, le directeur général adjoint de Warner France, productrice du film. "Nous avons dû nous résoudre à n'utiliser dans le métro parisien que deux affiches de complément, où Audrey Tautou apparaît au côté des acteurs masculins", dit-il. Sur les 5800 affiches diffusées en France, les 1100 destinées au métro et aux autobus parisiens ont ainsi été substituées. "Mais pour nous, la vraie affiche est celle oùCoco Chanel fume dans une pose naturelle qui traduit sa forte personnalité et sa modernité", confie celui pour qui "Métrobus fait souvent preuve d'un zèle particulier dans ces affaires-là".
Un moulin à vent peut cacher une pipe
De son côté, la régie publicitaire de la RATP a affirmé s'en tenir à l'"application de la loi Evin, qui interdit toute publicité directe ou indirecte pour le tabac". "Nous sommes dans des lieux qui sont des services publics, où nous devons respecter la loi. Nous avons donc demandé au distributeur de Coco avant Chanel de nous fournir d'autres visuels, ce qu'il a fait", a-t-on précisé.
Ces derniers jours, Métrobus a déjà provoqué la polémique en faisant supprimer, sur l'affiche d'une exposition de la Cinémathèque française consacrée à Jacques Tati, la pipe du cinéaste, pour la remplacer par un moulin à vent. La Cinémathèque s'est amusée mercredi de ce qu'elle a qualifié d'"incident burlesque" dans "l'esprit de Jacques Tati", tout en appelant à apporter des amendements à la loi Evin dont l'application "rigide" conduit selon elle, à des "décisions absurdes".
"La ridicule hélice jaune"
Deux organisations professionnelles, la Société des Réalisateurs de Films (SRF) et le Syndicat de la Critique de Cinéma ont exigé une nouvelle campagne gratuite d'affichage, afin que réapparaisse la pipe "censurée". L'Observatoire de la liberté de création de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) a lancé une pétition en ligne pour le retrait de "la ridicule hélice jaune qui masque" la pipe de Monsieur Hulot, héros des films de Tati.
Devant ce tollé, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a lancé, la semaine dernière : "Ah non, moi, je ne suis pas pour enlever la pipe à Jacques Tati !" Et son prédécesseur, à l'origine de la loi votée en 1991, Claude Evin, a lui-même jugé la suppression de la pipe "ridicule". "On n'est pas dans cette situation de publicité indirecte, il s'agit d'un patrimoine culturel qui s'inscrit dans notre culture cinématographique", a-t-il argumenté.
Jean-Pierre Teyssier, qui préside l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, plaide pour un assouplissement de la loi. "Quand une personne a joué un rôle culturel important, de Gainsbourg à Simenon, que la cigarette ou la pipe est un attribut inséparable de sa personnalité et que l'annonceur est sans rapport avec l'industrie du tabac, il pourrait y avoir une exception", a-t-il déclaré. Cette modification tomberait à pic pour le film Serge Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, ou le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, tous deux en cours de production... et consacrés à des fumeurs impénitents.










