Un paparazzo livre ses secrets

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA, le 07 mai 2009 à 11h28 , mis à jour le 07 mai 2009 à 17h44

Interview - Dans son livre "Profession paparazzo", le photographe people William Abenhaim soulève un coin du voile sur ce métier décrié.

William Abenhaim Profession paparazzoCouverture du livre "Profession paparazzo" (Nouveau Monde Editions) et portrait de son auteur, William Abenhaim © DR

LCI.fr : La discrétion est la clé de voute du métier de paparazzi. Pourquoi sortir de l'ombre avec ce livre?
 
William Abenhaim, paparazzo : J'ai eu envie de mettre des mots sur les photos, de raconter des anecdotes sur ma profession que je n'exercerai pas encore de nombreuses années, autant d'informations qui pourraient intéresser les lecteurs de la presse people et, pourquoi pas, les nouveaux petits paparazzi qui arrivent dans la course.
 
LCI.fr : Vous énoncez plusieurs règles inhérentes à l'exercice de votre métier, la première étant de "ne jamais être vu par le people"? C'est possible?
 
W.A. : C'est possible, quand on le veut. Et c'est d'autant plus nécessaire que les célébrités françaises sont plus agressives que les stars étrangères qui jouent le jeu, en se laissant photographier, avec décontraction. Avec elles, jamais de problème. Par contre, les Français viennent tout de suite vers vous, vous interpellent, vous posent des questions et cela peut très vite dégénérer.
 
LCI.fr : Est-ce pour cette raison que votre deuxième conseil est de "toujours prendre la fuite", quand vous êtes découvert?
 
W.A. : Dès que l'histoire est morte, il faut partir pour éviter les coups, les questions des policiers ou les poursuites en justice. Il faut rester dans l'anonymat coûte que coûte. On développe très vite un flair, un sixième sens qui permet de saisir que la star a un doute, soit parce qu'elle nous a vus, soit parce que quelqu'un nous a balancés.
 
LCI.fr : Ce dernier cas de figure est-il courant?
 
W.A. : Cela dépend. Soit les passants qui nous remarquent se prennent au jeu, en nous demandant qui nous prenons en photo, soit ils nous dénoncent au people concerné. Les choses ne se passent jamais comme on les anticipe. Le mode de vie des célébrités, leurs comportements, leurs habitudes, sont imprévisibles. Suivre un people, c'est commencer à huit heures du matin et ne pas s'arrêter avec la nuit. Les meilleures histoires se passent la nuit, les adultères par exemple. Car la nuit, tous les chats sont gris.

LCI.fr : Votre métier est très critiqué. Etes-vous prêt à tout pour prendre une photo?
 
W.A. : Je m'impose des limites éthiques. J'évite le gore et le trash. Je ne photographierais pas une célébrité, victime d'un accident de voiture, par exemple ou malade, dans une situation dégradante. Par contre, je n'ai pas de scrupules à immortaliser un people avec sa nouvelle chérie. Je n'ai pas de problème de conscience avec moi-même. Je peux me regarder dans la glace, sans me traiter d'enfoiré.

LCI.fr : Les gardes du corps des stars représentent-ils un réel obstacle à l'exercice de votre métier?
 
W.A. : Ils peuvent vous tomber dessus et vous casser les dents, comme cela est arrivé à un de mes confrères, à l'étranger. L'ancien garde du corps d'Angelina Jolie et de Brad Pitt pouvait avoir des accès de colère incontrôlables. Néanmoins, avec lui et le chauffeur de ces acteurs, il y avait une sorte d'arrangement, selon lequel les deux stars leur communiquaient des horaires auxquels il serait possible de faire des photos, tandis qu'à d'autres moments pas.
 
LCI.fr : Dans ce cas, vous n'étiez donc pas dissimulé aux regards de l'équipe de sécurité des stars...
 
W.A. : Les étrangers nous laissent travailler car ils savent que nous gardons nos distances, entre quinze et vingt mètres. On ne les importune pas, alors ils se plient au jeu du cliché. Des stars professionnelles et charmantes comme Bruce Willis, Jack Nicholson, Rod Stewart ou Pamela Anderson nous adressent des petits signes, nous parlent et nous donnent des photos. Pas de problème, donc, de se faire voir de leurs gardes du corps. Par contre, de ceux des stars françaises, surtout pas. Laura Smet qui fait du shopping, à Paris, escortée par le garde du corps de son père Johnny Hallyday, pas question de se faire remarquer, si l'on ne veut pas que cela tourne mal.
 
LCI.fr : Avez-vous des informateurs sur les activités des people?
 
W.A. : Une bonne photo, c'est de l'info. L'importance de l'informateur est capitale. Hôtesses de l'air, bouchers, voituriers..., je me suis tissé un réseau, au gré de mes paparazzades. A certains, j'offre un jouet pour leur enfant, un téléphone portable ou un resto. D'autres prennent entre 5 et 10% sur la vente des clichés. Avec les policiers, on ne monnaie pas, on offre une bonne caisse de pinard. 
 
LCI.fr : Les célébrités sont-elles promptes à attaquer en justice?
 
W.A. : De plus en plus, surtout les françaises. Rares sont, évidemment, les stars étrangères qui épluchent notre presse et l'assignent en justice. Cette multiplication des procès rend le métier difficile, à l'instar, également, de l'instauration du permis à points. Avant, on grillait les feux, on dépassait les limites de vitesse autorisées sur nos scooters. On vivait dangereusement, même si faire une bonne photo ne justifie, en aucun cas, de créer un accident.
 
LCI.fr : Les rédactions des magazines sont-elles plus frileuses qu'auparavant sur la publication de clichés?
 
W.A. : A l'heure actuelle, il y a moins de publicité dans la presse, donc moins d'argent. Les prix des photos se cassent la figure, car il y a moins d'enchères, les journaux achetant moins à un nombre croissant de photographes. Il y a un an, une "petite histoire", à savoir une histoire qui n'est pas un scoop, dont on a déjà entendu parler dans la presse, exemple un couple qui s'amuse, en famille, avec ses enfants, en terrasse d'un café, pouvait se vendre 9000 euros. Aujourd'hui, cela vaut quelque 2000 euros.
 
LCI.fr : Un exemple concret?
 
W.A. : Les clichés des acteurs Audrey Tautou et Benoit Poelvoorde, à la terrasse d'un café parisien, en avril, valent à peu près 2000 euros. Ce soir là, trois paparazzis étaient sur le coup, moi inclus et nous avons tous vendu nos photos à des rédactions différentes. Nous n'avons pas perdu notre soirée, puisque cela ne représente que deux à trois heures de travail. Mais ce n'est pas mirobolant non plus. A une certaine époque, on les aurait vendues beaucoup plus cher, au-delà de 9000 euros. 
 
LCI.fr : Avez-vous envie de raccrocher les gants?
 
W.A. : Etre paparazzo est un moyen rapide de gagner de l'argent mais pas un métier facile. S'il est excitant de jouer au chat et à la souris avec les people, je ne ferai pas cela toute ma vie. A 46 ans, il va falloir que je m'arrête, parce que c'est un métier à risques, sans vie privée, qu'il faut commencer à vingt ans, l'exercer pendant une vingtaine d'années pour mettre de l'argent de côté et, ensuite, faire autre chose. Moi, j'ai débuté à 39 ans. Dans deux à trois ans, je pense raccrocher les gants et me concentrer sur l'enquête journalistique et les faits-divers qui me passionnent depuis toujours.

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA le 07 mai 2009 à 11:28
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles People
  

7 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Jlou, le 12/05/2009 à 14h59

    Moi je suis 100% contre ce système d'arrangement avec les stars. Si elles ne veulent pas être prises en photo, elles n'ont qu'à faire un autre métier. Cela fait parti de leur job.

  • Mimi, le 09/05/2009 à 23h14

    Bonjour, Bravo pour ce livre. Vous en avez vécu de sacrées aventures. Et vous devez sûrement avoir un tout petit ange gardien blond au-dessus de votre tête.

  • Mimi, le 09/05/2009 à 19h26

    Bravo petit paparazzo Je trouve que vous ne faite pas assez de photos de petite blonde bon courage

  • Bozzo le clown, le 08/05/2009 à 07h01

    Encore une fois les petits artistes franchouillards (es) veulent un immense succès, des contrats très nombreux à des montants mirobolants, un niveau de vie de nabab et que le publik se prosterne à leur pieds seulement lorsqu'ils le désirent. Le reste du temps il veulent vivre comme Mr ou Mme tout le monde (habitant dans un T3, 4 à 5 gosses, avec 2 SMIC pour salaires) lorsqu'il vont acheter une plque de chocolat cher Ediart ou Fauchon. Quel contrast avec tous ces gens professionnels et super banquébables des US. A chacun ses guignols

  • Valdera, le 08/05/2009 à 06h39

    Oui ecrit un bouquin, devient celebre et on viendra prendre des photos de toi.

  • Benoit, le 07/05/2009 à 18h32

    Faut en vouloir...

  • Wesh, le 07/05/2009 à 15h52

    Le gros bof...

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience