Nicola Sirkis ne veut pas "devenir un vieux con"

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA, le 03 juin 2009 à 05h24 , mis à jour le 03 juin 2009 à 12h17

Interview - A la veille des 50 ans du chanteur d'Indochine, un fan de la première heure se penche pour LCI.fr sur la passion indéfectible liant Nicolas Sirkis et son public.

Indochine Thierry DesaulesCouverture du livre "Indochine, l'ombre des mots", aux Editions Alphée et portrait de son auteur Thierry Desaules © Alphée

LCI.fr : Indochine a connu un succès fulgurant, dès 1982, avec le titre L'Aventurier. Pourquoi cet engouement, alors que, d'après votre livre, le groupe savait à peine jouer? 

  • "Avec The Cure, la noirceur peut atteindre au sublime"

    <b>Interview - </b>Alors que l'album "Disintegration" vient d'être réédité en version de luxe, le journaliste Thierry Desaules, auteur d'un livre sur The Cure, explique à TF1 News l'importance de ce groupe gothique dans la culture populaire.

    Publié le 27/07/2010 "Avec The Cure, la noirceur peut atteindre au sublime"
Plus d'infos

Thierry Desaules, journaliste : Je l'explique par les mélodies simples et efficaces du groupe. S'il est vrai, qu'au début, Nicola Sirkis chantait plutôt faux et que seul un des musiciens, Dominik, avait suivi une formation de guitare, Indochine a avancé cahin-caha. Une boite à rythme, trois accords de guitare et des textes à la fraîcheur très BD contrastant avec les chansons protestataires de l'époque, comme celles de Téléphone, par exemple, ont su séduire un public adepte des ses refrains entêtants.

LCI.fr : Sans compter les thèmes provocateurs de leurs chansons qui ont fait la popularité du groupe auprès des jeunes, pendant toutes les années 80...

T.D. : Nicola Sirkis s'est rendu à Londres, en 1984, où il a été influencé par le rock anglais de Soft Cell, Depeche Mode ou The Cure. Dans ses textes, il parle de l'adolescence, de la découverte de la sexualité et des crises identitaires qui en découlent, à une époque où, malgré la révolution sexuelle, il était encore difficile de s'exprimer sur de tels sujets. Avec Indochine, on se décomplexe, on peut s'habiller et se maquiller comme on veut, sans que cela soit pervers, on peut être homosexuel ou androgyne, sans que cela soit une tare. Tout est permis.

LCI.fr : Une liberté de ton étonnante pour un artiste élevé, en Belgique, dans un pensionnat catholique, au début des années 70...

T.D. : Nicola Sirkis vient d'une famille où l'on pouvait parler de tout. Placé dans un établissement jésuite, lors du divorce de ses parents, il a beaucoup souffert des interdits de cet enseignement. Ce fut une période extrêmement dure pour lui. De cette expérience lui vient, sans doute, cette volonté de faire voler en éclats les tabous que l'on retrouve dans toute son œuvre.

LCI.fr : Quelles furent les causes de la traversée du désert d'Indochine, dans les années 90

T.D. : Plusieurs membres ont quitté le groupe, notamment Dominik, le compositeur de la musique. Cette dernière rupture fut difficile. Nicola Sirkis qui demeure le seul membre restant de la formation originelle s'est, lui-même, mis à la composition et a fait appel à des musiciens additionnels avec lesquels il y a eu des mésententes. La mode était au grunge avec des groupes comme Nirvana, très différents d'Indochine qui se cherchait à ce moment-là et qui n'était pas vraiment soutenu par sa maison de disques, plus motivée par la promotion des boys bands, populaires à cette époque.

LCI.fr : Vous observez, dans votre ouvrage, qu'Indochine a, néanmoins, toujours conservé une base indéfectible de fans. Comment expliquez-vous cette fidélité?

T.D. : Par l'histoire d'amour entretenue entre Nicola Sirkis et son public. Avant le retour du succès, avec l'album Dancetaria, en 1999, et la renaissance du groupe avec l'album Paradize, en 2002, on avait l'air d'un con, si on avouait être fan d'Indochine. Mais, pour ses admirateurs, envers lesquels Nicolas Sirkis a toujours été très attentionné, que le groupe ait du succès ou pas, peu importe. On suit le mouvement, quoi qu'il advienne. Nicola Sirkis est, pour eux, un être extrêmement charismatique, apprécié pour sa capacité à n'avoir jamais abandonné ses idéaux. Indochine fait partie intégrante de lui et ça, les fans, souvent très exclusifs, le sentent et l'apprécient.

LCI.fr : A bientôt 50 ans, le 22 juin, certains détracteurs le taxent d'adolescent attardé...

T.D. : Faire du rock permet de rester un adolescent. Mais pas un ado attardé, plutôt un éternel adolescent, toujours en phase avec son public. Indochine est ainsi un des seuls groupes en France à s'adresser à trois générations de publics, sans que ses propos aient vieilli, sans qu'ils soient devenus ringards. Nicola Sirkis veut rester jeune d'esprit, ne pas devenir un vieux con. C'est très étrange d'observer, en concert, des gamines de 14 ans, en pleurs, face à leur idole, des adolescentes dont Nicola Sirkis pourrait être le père et dont les propres géniteurs sont souvent plus jeunes que lui.

LCI.fr : Il n'a d'ailleurs pas hésité à attiser la flamme de ses fans, en posant nu pour la campagne de la tournée d'Indochine qui débutera en octobre 2009...

T.D. : Nicola Sirkis n'a pas froid aux yeux. Il a toujours voulu surprendre, comme ce fut encore le cas, avec la thématique sur la guerre 14-18 de son dernier album, La République des Météors, sorti récemment. Il est, par ailleurs, un homme cultivé qui lit beaucoup et s'intéresse à l'art contemporain.

LCI.fr : Comment voyez-vous le futur d'Indochine?

T.D. : A son âge, Nicola Sirkis est plus proche de la fin que du début. Mais s'il n'a jamais caché son désir de devenir romancier, je ne le vois pas arrêter la musique maintenant. Il ne deviendra écrivain que quand il ne pourra plus faire de rock. 
 

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA le 03 juin 2009 à 05:24
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles People
  

11 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Freddy, le 16/10/2009 à 19h23

    Je viens de dévorer le livre de Monsieur DESAULES et c'est un petit "bijoux" que je conseille à tous les fans d'Indochine. Je le remercie de nous avoir offert ce livre qui est un cadeau. Je suis fan depuis la première heure : concert de Lyon en 1983. J'ai toujours trouvé que Nicola SIRKIS était un génie : depuis toutes ses années, il est toujours là et il fait toujours autant parler de lui, pour moi c'est du génie. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Ma fille de 15ans va aller au concert de Lyon en novembre et musicalement, je ne l'ai jamais influencé. La boucle est bouclé. Il n'y a pas de jeune ou vieux con, les cons sont ceux qui traitent les autres de cons.....

  • INDO, le 29/07/2009 à 13h19

    J'ai l'age de Nico et pour assister à ses concerts certains jeunes "chanteurs" devraient en prendre de la graine

  • ISA, le 07/06/2009 à 22h50

    C'est trop tard.....

  • Mary, le 05/06/2009 à 14h33

    50 ans, Nicolas et tu es toujours aussi génial continu......comme ça !!!! Et j''espère que vas venir à TROYES, car pour le moment c'est sous "réserve"

  • Indoml, le 04/06/2009 à 11h06

    Indo on aime ou aime pas...toutes générations confondues! Pour ma part, j'y adhère à 200%!!! Et ce n'est pas parce que le corps vieilli que l'esprit le suit...Nicola en est la preuve parlante puisqu'à l'aube de ses 50 ans cet homme a su rester jeune et libre d'esprit! Non pour en déplaire puisque qu'il arrive à captiver l'attention de 3 générations aujourd'hui! Alors chapeau à Mister Sirkis pour le beau parcours qui la accompli depuis 30 ans

  • Stéph, le 04/06/2009 à 10h54

    Moi, j''espère juste qu'Indochine va continuer encore et encore et j'attends avec impatience de les revoir sur scène au mois de novembre prochain à Limoges. VIVE INDOCHINE ET NICOLA SIRKIS !!!!!

  • Stéph, le 04/06/2009 à 10h28

    Moi, j''espère juste qu'Indochine va continuer encore et encore et j'attends avec impatience de les voir sur scène au mois ne novembre prochain à Limoges. VIVE INDOCHINE ET NICOLA SIRKIS !!!!!

  • Christian, le 03/06/2009 à 22h22

    Il n'y a pas de vieux cons, seulement de jeunes cons devenus vieux.

  • Olivier, le 03/06/2009 à 18h00

    Vieux non... Pour le reste... Olivier

  • Lilou, le 03/06/2009 à 17h38

    Trop tard !

Lire tous les commentaires

      logAudience