Couverture d'Un roman français de Frédéric Beigbeder, chez Grasset (avec une aquarelle de lui, enfant) et portrait de lui, adulte © Grasset/Denis RouvreUn roman français
Frédéric Beigbeder
Editions Grasset
18 euros, 280 pp.
Le 8 janvier 2008, Frédéric Beigbeder s'adonnait à son "sport favori", celui de la "dérive nocturne", pratiqué par ces "vieux qui refusent de vieillir", entre dîner arrosé, tournée des bars et consommation de cocaïne sur le capot d'une voiture. Interpellé en flagrant délit par la police parisienne, cet "enfant prisonnier dans un corps d'adulte amnésique", va subir une garde à vue douloureuse qui mettra un terme à sa "jeunesse interminable".
Frédéric Beigbeder va se souvenir, lui qui a tout oublié. Enfermé entre les quatre murs de sa cellule, le romancier de 43 ans va s'évader en ouvrant une porte sur sa mémoire. Puisque le système judiciaire le traite "comme un môme, il va "essayer d'en redevenir un", en écrivant un livre sur ses origines, cette autobiographie que, toute sa vie, cet homme sans passé, a "évité d'écrire".
Polémique et autocensure
Intitulé Un roman français, l'ouvrage traite de l'enfance de Frédéric Beigbeder, de ses relations avec sa famille, son grand-père, son père, sa mère et son frère, le récit faisant l'aller-retour entre ses réminiscences existentielles et son expérience en garde à vue, où il s'en prend au procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, responsable, selon lui, de l'avoir laissé "croupir une nuit supplémentaire" en détention. Le lecteur ne lira, néanmoins, pas ce que Frédéric Beigbeder pense réellement du magistrat, la version du roman mise en vente, ce mardi, étant légèrement différente de celle des exemplaires adressés à la presse, au début de l'été.
Les éditions Grasset ont, en effet, modifié, avec le consentement de l'auteur, quatre pages de l'ouvrage, dans lesquelles, s'il demeure virulent, le romancier applique le principe de précaution, afin d'éviter toutes poursuites judiciaires. "Je ne peux pas écrire ici tout le bien que je pense de Jicé", confie Frédéric Beigbeder, dans Un roman français : "Jean-Claude Marin est procureur de Paris : il faut faire super gaffe quand on écrit sur lui, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles personne ne parle jamais de Jean-Claude Marin."
La "souffrance sourde des Hauts-de-Seine"
Dès la fin du mois de juillet, la presse se faisait l'écho de cette autocensure, faisant parler du livre, à quelques jours de la rentrée littéraire. Un coup de pub polémique dont cet ouvrage touchant et intimiste n'avait pas besoin. Frédéric Beigbeder s'y livre à cœur ouvert, sur le divorce passé sous silence de ses parents, sur sa rivalité avec un frère adulé, sur son enfance couvée sous une chape d'ennui, bref, sur cette "souffrance sourde des Hauts-de-Seine", où il est né, conscient du caractère éventuellement choquant, pour autrui, de sa plainte de nanti.
Si l'auteur de 99 francs manie, on le sait, la provocation à merveille, tel n'est pourtant pas le ressort de cet ouvrage, aux accents mélancoliques et tendres, décrivant le "bonheur Canada Dry" de son enfance : "Ca ressemble à du bonheur [...] mais ce n'est pas du bonheur. On devrait être heureux, on ne l'est pas; alors, on fait semblant." Réconcilié avec lui-même, Frédéric Beigbeder n'a plus envie de faire semblant. La lecture d'Un roman français le prouve, il a raison.
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