Image d'archives © ABACAPRESSLa bataille judiciaire ne fait que commencer. Après trois jours de détention en Suisse, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski a demandé mardi sa remise en liberté et déposé un recours contre son arrestation en vue d'une extradition aux Etats-Unis, ont annoncé son avocat et la justice suisse. Côté réactions, après la pétition internationale signée par nombre de ses pairs (lire notre article), quelques voix dissonantes se font entendre.
La plus marquante étant celle de Daniel Cohn-Bendit, qui avait été pris à partie par le dirigeant centriste François Bayrou durant la campagne pour les élections européennes de juin pour sa complaisance supposée envers la pédophilie. L'ancien leader étudiant de Mai 68 avait publié en 1975 Le Grand Bazar, dans lequel il s'interrogeait en termes controversés sur la sexualité des enfants. C'est donc Daniel Cohn-Bendit qui a pris mardi le contre-pied des témoignages de soutien, se disant "mal à l'aise parce qu'il y a une accusation grave".
Le leader d'Europe Ecologie a estimé que le ministre français de la Culture, qui a fait part de sa "stupeur" après l'arrestation de Roman Polanski le 26 septembre à Zurich, avait réagi trop promptement. "C'est un problème de justice et je trouve qu'un ministre de la Culture, même s'il s'appelle Mitterrand, devrait dire : j'attends de voir les dossiers", a-t-il dit sur Radio Classique. Frédéric Mitterrand avait déclaré dimanche s'être entretenu du sort de Roman Polanski avec le président Nicolas Sarkozy, qui avait souhaité lui-même la libération du cinéaste. "Même si cela date d'il y a trente ans, est-ce que ça doit se régler juridiquement ? Je n'en sais rien. Mais simplement s'il y a viol, ou abus sexuel d'une jeune fille de 13 ans, et que l'on puisse s'en sortir seulement parce que l'on peut payer sa caution (...), moi ça me met mal à l'aise", a-t-il poursuivi.
La justice doit être la même pour tour le monde pour Luc Besson

> La voix discordante de Luc Besson
Autre réaction allant dans le sens de la justice américaine : celle de Luc Besson. "Je ne connais pas l'histoire du procès. Je sais qu'il a été en procès et qu'a priori il n'y a pas été. J'ai beaucoup d'affection pour lui, c'est un homme que j'aime beaucoup, que je connais un petit peu, nos filles sont très amies mais il y a une justice, c'est la même pour tout le monde", a déclaré lundi soir le réalisateur producteur sur RTL. "A partir de là, je laisse faire la justice. Je ne connais rien à cette affaire, mais je pense que quand on ne se présente pas à un procès, on se met en faute, et c'est un risque", a-t-il ajouté. Interrogé sur le fait de savoir si la mobilisation du monde du cinéma en faveur de Roman Polanski l'agaçait, le réalisateur a répondu: "Non, chacun est libre. Mais je sais que j'ai une fille, elle a 13 ans. Si elle se faisait violer, je ne penserais pas tout à fait la même chose".
Le leader du FN, Jean-Marie Le Pen, juge "normal" que Roman Polanski soit extradé aux Etats-Unis. "Le soutien qu'ont apporté MM. (Bernard) Kouchner et (Frédéric) Mitterrand à ce criminel pédophile, au nom des droits particuliers qu'aurait la caste politico-artistique, est scandaleux et justifie que soit demandée leur démission", estime-t-il.
Un député UMP demande aux ministres de ne pas s'exprimer sur l'affaire Polanski
En réunion de bureau ce mardi matin, le vice-président de l'Assemblée Marc Laffineur (UMP) a fait part du "mécontentement" de ses concitoyens après l'intervention de ministres soutenant le cinéaste. Ce rappel à l'ordre a été très applaudi par les participants à la réunion. Les ministres de la Culture, Frédéric Mitterrand, et des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont apporté leur soutien au cinéaste franco-polonais.
Roman Polanski, 76 ans, a été arrêté samedi dernier à son arrivée à Zurich en vertu d'un mandat d'arrêt américain pour une affaire de moeurs remontant à 1977. Le réalisateur avait alors été arrêté à Los Angeles pour des "relations sexuelles illégales" avec une mineure de 13 ans et avait purgé six semaines de prison après avoir plaidé coupable. Il avait quitté les Etats-Unis en 1978 pour ne plus jamais y revenir.
> Pour Jack Lang, il y a des juges trop zélé dans tous les pays :
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