Le chanteur Mano Solo lors d'un festival à Cergy en juin 2008 © Abacapress
Mano Solo, portrait d'un révolutionnaire dans le sang
Le chanteur est décédé dimanche à l'âge de 46 ans. Atteint du sida, il a succombé après plusieurs anévrismes. Egalement auteur et compositeur, Mano Solo était un artiste engagé. Retour sur sa carrière.
Publié le 10/01/2010
De son vrai nom Emmanuel Cabut, Mano Solo, né le 23 avril 1963 à Châlons-sur-Marne, était le fils du dessinateur satirique Cabu et d'Isabelle Monin, co-fondatrice d'un magazine consacré à l'écologie. Ce n'est que vers 1990 qu'il commence à chanter. Il joue certes dès 17 ans dans un groupe, dans lequel il est guitariste, mais passe derrière le micro et interprète ses propres textes au début des 90's. Avec succès. Son premier album, La marmaille Nue (1993) se vend déjà à 100.000 exemplaires, avec notamment le tube "La vie, c'est pas du gâteau". L'histoire commence. Sur scène, où il excelle, Mano Solo devient un habitué du Tourtour dans le quartier Beaubourg à Paris. En 1997, c'est la consécration : son album Je sais pas trop est disque d'or.
Il chante l'exclusion, hurle sa séropositivité
A la fois auteur, poète, compositeur et chanteur, Mano Solo aura signé au total 10 albums, dont le dernier Rentrer au port est sorti dans les bacs en septembre dernier, et remporté 3 disques d'or. Tantôt gaie, tantôt triste, sa musique est influencée par les sonorités du monde : le jazz manouche, la musique africaine, le tango ou encore les airs de musette ou le rock alternatif. Non content de son succès en tant que chanteur, Mano Solo s'exprime ailleurs que dans le micro. Il dessine, peint (notamment ses pochettes d'albums), écrit... Il a même monté sa maison d'édition (La marmaille nue, du nom de son premier album) et publié deux ouvrages : l'un compilant des poèmes, Je suis là, et l'autre, un roman, Joseph sous la pluie.
Artiste engagé voire militant, Mano Solo participe à des émissions de radio où il "donne la parole à ceux qui ne l'ont pas", apparaît régulièrement dans des rassemblements pour l'égalité, soutient une association d'aide à la population malgache, chante la mort, l'exclusion, le sida dont il est atteint. Il n'a jamais caché sa séropositivité, la criant même de ton son corps dès son 1er album. La maladie sans tabou... Comme il le raconte au Nouvel Obs en 1997, il l'a appris "à Noël 1986. J'avais des ganglions partout. Et je savais que je cumulais tous les risques. J'avais beaucoup séduit et fait pas mal de conneries toxicomanes, même si je ne me shootais plus depuis longtemps. J'avais vraiment le profil". Dans les années 2000, à partir de l'album Dehors, ses oeuvres est plus optimistes. Et le chanteur, soigné par la trithérapie, n'aime plus qu'on lui colle l'étiquette du "chanteur du sida".
Il s'autoproduit... pour prouver
En 2006, il lâche sa maison de disques Warner... pour s'autoproduire, en proposant une souscription aux internautes. L'idée : tous les mois, le souscripteur a accès à de nouveaux contenus (chansons ou films) et à la sortie, il reçoit l'album. L'argent récolté sera utilisé pour la promotion de l'album. Résultat des courses : 2.800 souscripteurs.
Dans une interview au quotidien belge Le Soir, Mano Solo avait expliqué sa démarche : "L'autoproduction, ça ne peut pas marcher. J'en ai vendu 2 800 par souscription et le distributeur du CD n'a pas fait son boulot. Je suis la preuve vivante qu'on ne peut pas se passer des majors. J'en ai marre de ces médias qui n'arrêtent pas de cracher sur elles. Sans Warner, Mano Solo n'existerait pas. Ces firmes, ce ne sont pas des mécènes, elles sont là pour se faire du blé. C'est normal que ces gens te jettent si tu n'es plus compétent à leurs yeux. Pourquoi devraient-ils garder ceux qui ne vendent plus ? Ceux qui ne rencontrent pas leur public doivent dégager, c'est tout. Il y en a marre de ces considérations. La presse est complice de ça. Il faut arrêter de se leurrer : oui, le piratage nuit à la diversité et Myspace, c'est pathétique, ça fait peur, ce n'est pas là qu'on trouve l'avant-garde. Et personne en France n'a été révélé grâce à ça. Le MP3, ce n'est pas faire la révolution, c'est fabriquer des chômeurs".
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a rendu hommage à un "artiste engagé (qui) nous laissera le souvenir d'une voix cassée, déchirante, reconnaissable entre toutes, et plus que tout, inoubliable". "La mort, il la chantait, il en parlait, elle a fini par l'emporter." Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a pour sa part exprimé sa "très grande émotion". "Artiste engagé, qui avait autoproduit avec difficultés l'un de ses derniers albums, Mano Solo avait notamment chanté sur le sida, dont il était atteint, ce qui ne l'avait jamais empêché de poursuivre son parcours d'artiste avec un courage, une dignité et un talent exceptionnels", a écrit le maire de Paris.
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