Brigitte Bardot, lors d'une manifestation en faveur des animaux, le 24 mars 2007, à Paris © Abacapress.comBataille de mots autour d'une tradition. Brigitte Bardot "demande et supplie" Nicolas Sarkozy de mettre fin aux chasses présidentielles, qu'elle qualifie de "parodie grotesque d'une époque révolue". Dans une lettre ouverte adressée vendredi au chef de l'Etat, l'ex-étoile du cinéma devenue défenseuse des animaux dit son "incompréhension, tristesse et dégoût" face à cette pratique, que Jacques Chirac avait, selon elle, fait tomber en désuétude. "Cette débauche de moyens publics au service de quelques 'privilégiés' invités à flinguer à tout-va est indigne et profondément choquante", écrit BB. "Les saigneurs n'ont pas à bénéficier des largesses de l'Etat pour venir faire couler le sang, que ce soit au domaine national de Chambord ou n'importe où ailleurs", poursuit-elle, alors que l'une d'elles était organisée le même jour à Chambord.
Cette lettre fait suite à des articles de presse dans lesquels Pierre Charon, conseiller de Nicolas Sarkozy et organisateur de chasses présidentielles, défend cette pratique. Dans un article de L'Express, il explique qu'il rapporte à Nicolas Sarkozy les informations qu'il a glanées auprès des personnalités invitées. Sur le site internet Rue89, il précise que ces chasses ne coûtent que quelques milliers d'euros par an. Mais pour Brigitte Bardot, "les dîners somptueux dans la grande salle du château, la mobilisation de la garde républicaine et tout le fourbi qui entoure cette boucherie écoeurante représentent un coût pour les Français".
Charon : "L'expression n'existe plus"
Il n'en fallait pas plus à la Fédération nationale des chasseurs (FNC), "choquée" par les propos de Brigitte Bardot, pour réagir. "Car elle ne connaît rien ni à la chasse, ni à la gestion des réserves nationales", a déclaré à l'AFP Thierry Coste, conseiller politique de la FNC. "Chambord c'est une réserve nationale et comme toutes les autres, elle est gérée, on y protège la nature et on y régule les animaux", a-t-il insisté. "Il n'y a jamais eu autant d'animaux dans les forêts françaises et dans les réserves nationales. D'ailleurs Jean-Louis Borloo (le ministre de l'Ecologie) a lancé un plan national de gestion du sanglier qui s'applique à Chambord comme à tous les territoires de France car sinon il y aurait trop de dégâts agricoles et forestiers", a-t-il poursuivi. "Concernant les ‘chasseurs assassins', elle ne doit pas savoir que les défenseurs de la nature ont signé deux accords en 2008 et 2010 avec les défenseurs de la nature portant sur les dates de chasse et la gestion de la nature, les connaissances scientifiques qu'on en a", a-t-il ajouté.
Un proche conseiller de Nicolas Sarkozy, Pierre Charon, a ensuite tout bonnement récusé samedi l'expression de "chasse présidentielle", assurant convoquer à Chambord des "battues de régulation" du gibier au seul titre de ses fonctions à la tête de ce domaine national. Conseiller à la présidence, Pierre Charon est aussi depuis fin 2009 président du conseil d'administration du domaine national de Chambord, l'un des plus célèbres châteaux de la Loire. Il a été présenté ces derniers jours dans plusieurs médias, dont L'Express, comme le relais de Nicolas Sarkozy pour convier à la chasse dans le parc du Château des personnalités dont le chef de l'Etat chercherait à s'accorder les faveurs. "L'expression ‘chasse présidentielle' n'existe plus", assure Pierre Charon, interrogé par l'AFP. "C'est parce que le domaine est sous la protection du président de la République qu'on parle de chasse présidentielle, mais cela n'a rien du tout de présidentiel", a-t-il affirmé. Il a affirmé que le Comité des chasses présidentielles avait disparu après la présidence Mitterrand. "Je ne vais pas faire une polémique avec Brigitte Bardot, ça ne m'intéresse pas", a encore déclaré Pierre Charon.
Dans son rapport 2010, la Cour des comptes consacre un chapitre au domaine de Chambord, qui comprend un château Renaissance figurant au patrimoine mondial de l'Unesco et une immense forêt domaniale de 5.315 hectares classée réserve nationale de chasse depuis 1974. A côté des "tirs de sélection" du cerf, planifiés et effectués par ou en compagnie d'agents de l'établissement, six battues de sangliers y sont organisées chaque année pour le compte de la présidence de la République ou avec son autorisation (une dizaine par an), note la Cour des Comptes. Sans remettre en cause la chasse, "qui répond à la nécessité de réguler les espèces", elle regrette que 87% du domaine soient réservés à cette activité, limitant à 700 hectares la partie ouverte au public. Les auteurs du rapport déplorent que divers projets de mise en valeur touristique du domaine "n'ont pas abouti jusqu'à présent du fait notamment de l'opposition des chasseurs".
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