Couverture du livre "Au nom des femmes battues" de Tatiana-Laurens, aux éditions J. Lyon © Editions J. Lyon TF1 News : Votre livre s'intitule Au nom des femmes battues. Or, la première personne dont vous évoquez les souffrances, dans cet ouvrage, ce n'est pas vous, mais bien votre mère...
Tatiana-Laurens, ex-candidate de Secret Story : Dès l'âge de quatre ans, j'ai connu la violence conjugale, à travers ma mère qui était maltraitée, psychologiquement et physiquement, par son compagnon. Elle est toujours restée digne, même en sachant qu'un jour, elle succomberait sous les coups de son bourreau. A onze ans, elle m'a annoncé qu'elle allait mourir, en me faisant promettre de protéger ma sœur. Ma mère est décédée, quand j'avais douze ans.
TF1 News : Les proches de votre mère n'ont-ils pas perçu des signaux de détresse?
T. - L. D. : Ma mère était une femme sans entourage familial, à une époque où la violence domestique n'était pas un sujet d'actualité. Ma mère n'a pas eu cette chance-là. Moi, je ne savais pas mettre des mots sur la violence vécue par ma mère. Si j'avais eu les mots, j'aurais pu la sauver. Si on m'avait expliqué la violence conjugale, je n'aurais pas cru que c'était normal.
TF1 News : A dix-huit ans, vous recevez votre première gifle de l'homme qui vous maltraitera, pendant deux ans. Vous expliquez, dans votre livre, avoir "banalisé" ce premier coup. Que voulez-vous dire par là?
T. - L. D. : Depuis ma plus tendre enfance, j'ai été conditionnée à être tétanisée face à la violence. A la première maltraitance, un signal d'alarme s'est déclenché dans ma tête, induisant un comportement de soumission et je n'ai plus eu la force de me révolter. J'entendais la voix de ma mère dans ma tête et je me disais : "Voilà, ça recommence." Il faut comprendre une chose fondamentale : les femmes battues ne sont pas masochistes. Elles ne recherchent pas la violence. Elles n'arrivent pas à la fuir. C'est très différent.
TF1 News : Est-ce la raison pour laquelle, après chaque rupture, lorsque cet homme violent se présente à votre porte, vous lui ouvrez à nouveau?
T. - L. D. : On ouvre la porte, parce qu'on a peur qu'il la fracasse, parce qu'on craint de prendre un mauvais coup et, surtout, parce qu'on se dit que ça va être bien pire, si on ne le fait pas. On sait que ça va mal se terminer et on se dit qu'il vaut mieux mourir demain, plutôt qu'aujourd'hui. On imagine que, si on est gentille, il va partir. Mais ce n'est jamais le cas. On s'habitue à la gravité de la situation, dans le sens où ce qui s'est passé hier n'est rien, par rapport à ce qui va se passer demain, notamment les rapports sexuels forcés.
TF1 News : Pourquoi ne portiez-vous pas plainte?
T. - L. D. : J'ai demandé aux policiers qui venaient chez nous, alertés par les voisins : "Allez-vous me protéger, si je porte plainte?" Ils m'ont tous répondus par la négative. L'un d'eux m'a même lancé : "Vous n'êtes pas le président de la République, tout de même." Donc, on se tait, de peur des représailles, pas pour protéger son bourreau, mais pour se protéger, soi et les gens qu'on aime.
TF1 News : Comment vous en êtes-vous sortie?
T. - L. D. : On ne s'en sort jamais vraiment, quand on a subi cela. Battue, j'ai été séquestrée plusieurs jours dans une pièce, dont je me suis échappée, à la faveur d'une absence de mon tortionnaire. Je ne comprends même pas moi-même comment j'ai pu courir aussi loin pour rejoindre l'hôpital. J'étais terrorisée. Je le voyais partout dans la rue. Je me cachais derrière les panneaux publicitaires. Le médecin légiste a constaté une incapacité temporaire de travail et ça, c'est recevable en justice, quand cette ITT est supérieure à huit jours. J'ai compris que mon bourreau pouvait encourir plusieurs années de prison.
TF1 News : Peut-on parler d'un déclic?
T. - L. D. : Oui. Il avait été tellement loin que, à un certain moment, je n'ai plus eu peur de lui. J'ai senti que c'était fini, peut-être parce que j'aurais pu mourir. Ma force me vient de ma mère. Sans la promesse que je lui ai faite, je serais déjà morte. Mon époux Xavier (avec lequel elle a participé à la première saison de l'émission Secret Story, en 2007, ndr) m'a sauvé la vie. Il m'a aidé à me reconstruire, en tant que femme et à retrouver mon estime personnelle. Je me dis, ensuite, que si j'ai subi ce que j'ai subi, c'est pour une raison précise : j'ai pour mission de dénoncer la violence domestique. J'ai besoin que les femmes arrêtent de mourir sous les coups de leur bourreau. Et après, je serai, peut-être, prête à pardonner. Peut-être.
Au nom des femmes battues
Ma vie, mon calvaire, mon témoignage
de Tatiana-Laurens
Editions J. Lyon
288 pages
19 euros
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