Tatiana-Laurens : "J'ai banalisé la première gifle"

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA, le 27 avril 2010 à 10h17 , mis à jour le 27 avril 2010 à 11h56

Interview - "Les femmes battues ne sont pas masochistes", confie à TF1 News l'ex candidate de Secret Story, auteur d'un livre sur son expérience de la maltraitance domestique : "Elles ne recherchent pas la violence. Elles ne savent pas la fuir. C'est très différent."

Au nom des femmes battues Tatiana-LaurensCouverture du livre "Au nom des femmes battues" de Tatiana-Laurens, aux éditions J. Lyon © Editions J. Lyon

TF1 News : Votre livre s'intitule Au nom des femmes battues. Or, la première personne dont vous évoquez les souffrances, dans cet ouvrage, ce n'est pas vous, mais bien votre mère...
 
Tatiana-Laurens, ex-candidate de Secret Story : Dès l'âge de quatre ans, j'ai connu la violence conjugale, à travers ma mère qui était maltraitée, psychologiquement et physiquement, par son compagnon. Elle est toujours restée digne, même en sachant qu'un jour, elle succomberait sous les coups de son bourreau. A onze ans, elle m'a annoncé qu'elle allait mourir, en me faisant promettre de protéger ma sœur. Ma mère est décédée, quand j'avais douze ans.
 
TF1 News : Les proches de votre mère n'ont-ils pas perçu des signaux de détresse?
 
T. - L.  D. : Ma mère était une femme sans entourage familial, à une époque où la violence domestique n'était pas un sujet d'actualité. Ma mère n'a pas eu cette chance-là. Moi, je ne savais pas mettre des mots sur la violence vécue par ma mère. Si j'avais eu les mots, j'aurais pu la sauver. Si on m'avait expliqué la violence conjugale, je n'aurais pas cru que c'était normal.
 
TF1 News : A dix-huit ans, vous recevez votre première gifle de l'homme qui vous maltraitera, pendant deux ans. Vous expliquez, dans votre livre, avoir "banalisé" ce premier coup. Que voulez-vous dire par là? 
 
T. - L.  D.
: Depuis ma plus tendre enfance, j'ai été conditionnée à être tétanisée face à la violence. A la première maltraitance, un signal d'alarme s'est déclenché dans ma tête, induisant un comportement de soumission et je n'ai plus eu la force de me révolter. J'entendais la voix de ma mère dans ma tête et je me disais : "Voilà, ça recommence." Il faut comprendre une chose fondamentale : les femmes battues ne sont pas masochistes. Elles ne recherchent pas la violence. Elles n'arrivent pas à la fuir. C'est très différent.
 
TF1 News : Est-ce la raison pour laquelle, après chaque rupture, lorsque cet homme violent se présente à votre porte, vous lui ouvrez à nouveau? 
 
T. - L.  D. : On ouvre la porte, parce qu'on a peur qu'il la fracasse, parce qu'on craint de prendre un mauvais coup et, surtout, parce qu'on se dit que ça va être bien pire, si on ne le fait pas. On sait que ça va mal se terminer et on se dit qu'il vaut mieux mourir demain, plutôt qu'aujourd'hui. On imagine que, si on est gentille, il va partir. Mais ce n'est jamais le cas. On s'habitue à la gravité de la situation, dans le sens où ce qui s'est passé hier n'est rien, par rapport à ce qui va se passer demain, notamment les rapports sexuels forcés.
 
TF1 News : Pourquoi ne portiez-vous pas plainte?
 
T. - L.  D. : J'ai demandé aux policiers qui venaient chez nous, alertés par les voisins : "Allez-vous me protéger, si je porte plainte?" Ils m'ont tous répondus par la négative. L'un d'eux m'a même lancé : "Vous n'êtes pas le président de la République, tout de même." Donc, on se tait, de peur des représailles, pas pour protéger son bourreau, mais pour se protéger, soi et les gens qu'on aime.
 
TF1 News : Comment vous en êtes-vous sortie?
 
T. - L.  D. : On ne s'en sort jamais vraiment, quand on a subi cela. Battue, j'ai été séquestrée plusieurs jours dans une pièce, dont je me suis échappée, à la faveur d'une absence de mon tortionnaire. Je ne comprends même pas moi-même comment j'ai pu courir aussi loin pour rejoindre l'hôpital. J'étais terrorisée. Je le voyais partout dans la rue. Je me cachais derrière les panneaux publicitaires. Le médecin légiste a constaté une incapacité temporaire de travail et ça, c'est recevable en justice, quand cette ITT est supérieure à huit jours. J'ai compris que mon bourreau pouvait encourir plusieurs années de prison.
 
TF1 News : Peut-on parler d'un déclic?
 
T. - L.  D. : Oui. Il avait été tellement loin que, à un certain moment, je n'ai plus eu peur de lui. J'ai senti que c'était fini, peut-être parce que j'aurais pu mourir. Ma force me vient de ma mère. Sans la promesse que je lui ai faite, je serais déjà morte. Mon époux Xavier (avec lequel elle a participé à la première saison de l'émission Secret Story, en 2007, ndr) m'a sauvé la vie. Il m'a aidé à me reconstruire, en tant que femme et à retrouver mon estime personnelle. Je me dis, ensuite, que si j'ai subi ce que j'ai subi, c'est pour une raison précise : j'ai pour mission de dénoncer la violence domestique. J'ai besoin que les femmes arrêtent de mourir sous les coups de leur bourreau. Et après, je serai, peut-être, prête à pardonner. Peut-être.

Au nom des femmes battues
Ma vie, mon calvaire, mon témoignage
de Tatiana-Laurens
Editions J. Lyon
288 pages
19 euros

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA le 27 avril 2010 à 10:17
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11 Commentaires

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  • a1n2n2e3, le 01/05/2010 à 10h58

    Je dois ajouter que le mari en question a divorcé 3 fois . A soigner .

  • paradisieme, le 30/04/2010 à 05h59

    C'est fou le nombre de femmes battues qui reproduisent involontairement ce qu'elles ont vécu enfant comme si cela était normal. Tatiana s'en est sortie et espérons que d'autres femmes sauront dire non dès la première gifle.

  • a1n2n2e3, le 29/04/2010 à 18h41

    Pardon : " Le lendemain de LEUR mariage ".

  • a1n2n2e3, le 29/04/2010 à 17h22

    Je connais une personne divorcée d'un 1er mari qui a commencé à la battre le lendemain de son mariage : Elle a divorcé quelques mois après !

  • zabelle68, le 28/04/2010 à 14h26

    Bravo à Tatiana - Il faut tout de même beaucoup de courage pour fuir son tortionnaire. Je suis persuadée qu'il y a énormément de femmes (et même des hommes) qui subissent des maltraitances. Heureusement qu'elle a pu se reconstruire et croire en l'amour.

  • deflo, le 28/04/2010 à 11h22

    Merci pour ce témoignage, et félicitation pour ton courage, Tatiana, et bon courage à toutes les femmes qui subissent ce que tu as subi, pour qu'un jour elles puissent se libérer.

  • iriador, le 28/04/2010 à 07h30

    Bonjour, je suis passée par là et croyez moi j'ai un sacré caractère à ne pas me faire marcher sur les pieds, et d'ailleurs cela m'a quelque peu desservi car quand ma famille et mon entourage a été au courant (parce que les violences avaient passé un cap que je ne pouvais plus cacher) ils n'ont pas compris et j'ai eu de toute part la réflexion : "comment cela se fait que tu aies accepté cela, toi qui est si insoumise et qui a autant de caractère?". On entre dans une spirale infernale et on ne sait comment en sortir. Chapeau à cette femme. Et ne critiquez plus jamais comme j'ai pu le faire en disant "mais bon sang elles le veulent bien, elles n'ont qu'à partir" parce que le jour où cela m'est arrivé j'ai compris ces femmes.

  • baal_, le 28/04/2010 à 00h30

    @clementine1218 c'est vrai que c'est un problème qui s'entretient de lui même. Et paradoxalement les jolies femmes retombent facilement sur des abrutis sans aucun honneur qui se jettent dessus comme si c'était un billet PSG OM. Dans mon ancien boulot y avait une belle femme qui avait débarqué un beau jour, son copain pour qui elle avait quitté son ancienne vie venait de la mettre dehors et refusait de lui rendre ses affaires. Plein de mecs sont allé vers elle et l'ont traité comme une m****, non seulement ils voulaient juste se la faire (pas sympa, mais compréhensible), mais ils la laissaient dans une ville inconnue, à des km, juste pour rigoler. A défaut de gens allant vers elle, elle s'est tournée vers les autres, et j'ai su après ce qui lui était arrivé. Personne ne l'a aidé, alors qu'elle n'avait besoin que d'un petit coup de pouce pour repartir, à commencer par récupérer ses affaires. J'ai du l'emmener moi même à la gendarmerie, alors que j'étais sous le coup d'une suspension de permis (pour un petit excès de vitesse -boulot, étude, panne de réveil, retard aux examens-, zèle d'un juge à une époque où on avait pas les points, y a prescription aujourd'hui et puis c'était pour la bonne cause). Je vous dis pas dans quel état j'étais alors qu'ils roulaient derrière moi pour que je les conduise à destination ;) Mais bon, elle avait personne d'autre pour l'aider ! Et grâce à ça elle a pu récupérer ses affaires. Ensuite je l'ai aidé à trouver un appart (comment vous voulez faire sans voiture ni téléphone ...). Sans rien demander, vu qu'on est pas tous des morts de faim et qu'il reste quelques mecs fidèles sur terre ;) Mais bon, voilà, je me suis seulement dit que si j'avais été dans sa position, j'aurais aimé qu'on en fasse de même avec moi. Finalement elle a pu rentrer chez elle, donc mon aide n'a pas eu la portée qu'elle aurait pu avoir, mais c'est juste pour dire à quel point les gens, même ceux qui frappent pas leur femme, peuvent être sans respect, et à quel point un petit geste altruiste peut représenter beaucoup, surtout pour une jolie femme (même si ça semble paradoxal).

  • clementine1218, le 27/04/2010 à 15h07

    Sans doute un problème d'emprise sur l'autre l'un contrôle l'autre subit , l'un manipule , l'autre veut y croire. Toujours est-il que le rapport de couple est faussé et le dialogue impossible . Un couple c'est pouvoir dire a l'autre : " non je ne suis pas d'accord avec toi " sans risquer une baffe . Visiblement Tatiana na connu que ça même enfant dans c'est conditions ça devient difficile de faire la différence entre ce qui est acceptable et ce qu'elle a vécu qui est sommes toute sa "normalité" .Peu être un jours la maltraitance sera éradiqué pour l'heure c'est bien triste qu'il y en ai encore beaucoup.

  • na-lyon, le 27/04/2010 à 14h21

    Bravo

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