"Avec The Cure, la noirceur peut atteindre au sublime"

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA, le 27 juillet 2010 à 18h24 , mis à jour le 27 juillet 2010 à 18h37

Interview - Alors que l'album "Disintegration" vient d'être réédité en version de luxe, le journaliste Thierry Desaules, auteur d'un livre sur The Cure, explique à TF1 News l'importance de ce groupe gothique dans la culture populaire.

The Cure Le groupe The Cure en 1985 et couverture du livre "The Cure Les Symphonies névrotiques" de Thierry Desaules, aux Editions Alphée © Alphée

TF1 News : Pourquoi un livre sur The Cure, alors que le groupe n'est plus vraiment présent dans l'actualité (son dernier album date de 2008)?

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Thierry Desaules, auteur du livre The Cure Les Symphonies Névrotiques: Au départ, cet ouvrage relève du plaisir égoïste. Avec mes deux livres précédents, l'un sur Placebo, l'autre sur Indochine (voir notre interview "Nicola Sirkis ne veut pas devenir 'un vieux con'", ici), c'était presque comme boucler une trilogie, en terminant par ce groupe gothique par excellence, une formation incroyablement moderne qui a ouvert la porte à des fils spirituels, comme Placebo, Interpol où d'autres se réclamant encore d'elle à l'heure actuelle.  
 
TF1 News : A vous lire, The Cure est un groupe important dans l'histoire de la culture populaire. Pourquoi?
 
T. D. : Tout d'abord, Robert Smith, le leader du groupe, est un des plus grands musiciens et mélodistes contemporains. Certains textes, ceux de l'album Pornography (1982) notamment, sont tout bonnement sublimes. Il s'en dégage une grande poésie. Cheveux en pétard, maquillage baveux..., Robert Smith a également su créer un look, à la fois choquant et attirant, noir et séduisant, qui trouve un écho, par exemple, dans le phénomène Twilight (série vampirique de Stephenie Meyer, adaptée au cinéma, ndlr) ou, plus globalement, dans le retour à la noirceur auquel assiste actuellement notre société en crise.
 
TF1 News : The Cure, ce ne sont pourtant pas que des chansons sombres et angoissantes...
 
T. D. : Si l'on se réfère aux trois albums Seventeen Seconds (1980), Faith (1981) et Pornography, on peut parler de groupe gothique, attiré par une esthétique de l'ombre, tel qu'on en trouvait dans le mouvement New Wave des années 80. Mais il y a, en effet, des albums plus gais, comme Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me (1987) ou The Cure (2004).
 
TF1 News : Dans votre livre, vous expliquez que l'écriture de chansons plus légères et ludiques, comme Let's go to bed (1982) ou The Lovecats (1983) était une manière, pour Robert Smith, de saborder le groupe...
 
T. D. : Robert Smith supportait assez mal la célébrité et la reconnaissance. Il n'avait pas envie d'accéder au statut de star. Il voulait simplement vivre de sa musique, sans plus. Sous la pression de sa maison de disque, il a imaginé des morceaux plus amusants, en se disant : si ça ne marche pas, on dira que c'était une grosse farce et si ça marche, on dira qu'on avait prévu le coup. Malheureusement pour lui, le succès fut au rendez-vous, succès qu'il finira par accepter, bon gré mal gré, avec celui de Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me. Par la suite, il reviendra à des choses plus noires avec Disintegration (1989) qui fonctionnera très bien aussi. A l'avenir, The Cure oscillera entre ses deux facettes, sombre et lumineuse, ce qui fait la richesse du groupe.
 
TF1 News : Que devient Robert Smith?
 
T. D. : Si sa jeunesse a été caractérisée par l'usage abusif de drogues en tous genres, il mène maintenant, en dehors des périodes de concerts, une existence tranquille, dans une petite station balnéaire de l'Angleterre, appelée Bognor Regis. Il y vit, en compagnie de son épouse Mary, celle dont le soutien discret l'a empêché de sombrer durant toutes ces années tumultueuses. Robert Smith pratique, entre autres, le jardinage. On est loin du grand prêtre gothique.
 
TF1 News : Le public de The Cure est-il exclusivement composé de trentenaires, voire de quadras?
 
T. D. : Pas seulement. Les jeunes redécouvrent ce groupe, en écoutant Interpol ou Placebo, exactement comme on peut redécouvrir du Bowie. The Cure est devenu un grand classique.
 
TF1 News : Si vous deviez initier quelqu'un à The Cure, quel album lui feriez-vous écouter, en premier lieu?
 
T. D. : Je choisirais Disintegration, l'album qui réuni, à la fois, des titres sombres avec des textes magnifiques et des chansons plus rock avec des mélodies plus accessibles. Un album comme Pornography nécessite, lui, une démarche intellectuelle plus poussée mais il mérite vraiment qu'on s'y attarde. Les mélodies de cet album sont vraiment très belles, au-delà de la tristesse qu'y en émane. C'est avec Pornography que j'ai découvert que la noirceur peut atteindre au sublime. 

The Cure
Les Symphonies Névrotiques

De Thierry Desaules
Editions Alphée
317 pages
21,90 euros

 

The Cure
Disintegration

Deluxe Edition
Universal Music
28 euros

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA le 27 juillet 2010 à 18:24
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