Sulitzer : "Je suis un survivant"

Par Propos recueillis par Ludmilla Intravaia, le 23 août 2010 à 16h04 , mis à jour le 24 août 2010 à 08h54

Interview - "Il faut rendre l'humanitaire rentable", prône le romancier français dans son livre Money 2, la suite de son best-seller de 1980. Paul-Loup Sulitzer ne "pleure pas sur son sort", malgré ses ennuis de santé passés et la rupture "brutale" de ses fiançailles avec sa compagne.

Paul-Loup Sulitzer Money 2Couverture du livre Money 2 et portrait de son auteur, Paul-Loup Sulitzer © Editions du Rocher

TF1 News : Dans votre livre Money 2, votre personnage, ruiné, refait fortune, grâce à une banque universelle, ouverte à tous sur internet et favorisant des projets de développement durable. Pourquoi avoir choisi cette thématique?

  • Angoissante Justine

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    Publié le 03/09/2010 Angoissante Justine
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Paul-Loup Sulitzer, romancier : Depuis une dizaine d'années déjà, j'explique que l'écologie et l'économie ne peuvent fonctionner que si elles s'adaptent au développement durable. De son côté, pour qu'il ne demeure pas une utopie, et que les gens s'y intéressent vraiment, le développement doit permettre au gens de mieux vivre financièrement.  En Inde, où les gens sont désespérés au point de vendre  leurs propres organes pour survivre, cela ne sert à rien de leur parler d'écologie. Cela ne les intéresse pas. Ce discours-là, c'est bon pour les prédicateurs qui polluent en hélicoptère pour faire des films sur la protection de la nature. 

TF1 News : Avez-vous imaginé quelque chose de plus ambitieux? 

P.-L. S. : Il faut utiliser les moyens technologiques, très avancés dans nos pays, pour le développement durable. C'est aussi valable dans le domaine bancaire. Certaines banques islamistes (et je ne parle pas, ici, de groupements fondamentalistes) distribuent déjà leurs dividendes pour participer au développement de populations pauvres. Mais ce n'est pas encore la banque des pauvres, comme décrite dans mon livre, un projet avant-gardiste, où le profit est partagé entre les gens qui en ont besoin.

TF1 News : En quoi est-ce si avant-gardiste?

P.-L. S. : Dans la banque universelle, il est possible d'ouvrir un compte bancaire, même quand on est pauvre. Et ainsi de participer, à grande échelle, au bien de tous. A l'heure actuelle, c'est impossible. Si vous arrivez à ouvrir un compte bancaire avec 3 euros, téléphonez-moi!

TF1 News : Votre livre est estampillé, en couverture, "premier thriller 100% bio!" Qu'est-ce à dire?

P.-L. S. : Je veux dire par là que l'on peut faire de l'argent en étant proche de la nature et des gens. Dans mon livre, mon personnage refait fortune en créant des croisières écologiques, en participant au développement de l'environnement, sans polluer. On peut se faire plaisir, en vacances, tout en respectant les populations visitées.

TF1 News : Vous placez dans la bouche de votre héros, Franz Cimballi, la réplique suivante : "Avec moi, humanitaire rimera avec argent"... Très cynique, non?

P.-L. S. : Je ne fais pas l'apologie du fric. Je veux dire qu'il faut rendre l'humanitaire rentable. Et cela, pour faire d'une pierre deux coups: faire du bien à l'humanité et permettre aux financiers de faire avancer les choses rapidement, tout en gagnant de l'argent. Quand vous avez un développement humain bien organisé qui ramène de l'argent, il intéresse les financiers qui peuvent s'impliquer dans une économie positive. Sinon, ils s'impliquent du bout des doigts. Leur geste n'est pas volontaire. Depuis toujours, je suis contre l'économie virtuelle, fondée sur la cupidité et l'injustice et non pas les besoins des gens. Si le système libéral continue à faire des profits pour le plus petit nombre, il implosera. Il est urgent de rectifier le tir, en rapprochant l'économie de l'homme.

TF1 News : Votre personnage rebondit toujours, face aux revers de l'existence. Peut-on y voir une analogie avec vous, et notamment votre rétablissement après votre attaque cérébrale, en 2004?

P.-L. S. : Franz Cimballi est mon jumeau. Je mets beaucoup de moi dans mes livres. Comme lui, je rebondis toujours, grâce à l'amour et à la vie, même si on est souvent déçu. J'ai vécu un divorce épouvantable qui m'a séparé de mes enfants chéris, un coma, deux attaques cérébrales, un an d'hôpital en chaise roulante, des problèmes de vue et, il y a quinze jours, des fiançailles rompues brutalement avec ma compagne. Cette rupture n'est pas de mon fait. Je ne m'y attendais pas. Cela m'est tombé dessus comme la pluie, un beau matin. Mais je continue à croire en l'amour, sinon à quoi cela sert-il de vivre? L'existence est injuste. On n'obtient pas toujours ce que l'on mérite mais je vais bien. Je suis autonome et actif. Je suis un survivant. Je ne pleure pas sur mon sort.

TF1 News : Votre ex-compagne travaille dans la finance. Vous a-t-elle aidé dans l'écriture de ce livre?

P.-L. S. : Elle n'a pas écrit une virgule de ce livre, ni elle, ni aucune autre personne.

TF1 News : Quels sont vos projets d'avenir?

P.-L. S. : Outre le fait que plusieurs de mes livres vont être adaptés au cinéma, je travaille sur mes mémoires depuis trois ans. J'y parlerai de mon enfance, des hommes politiques que j'ai côtoyés ou encore des célébrités comme Brigitte Bardot, Alain Delon, Dustin Hoffman et Jack Nicholson que j'ai rencontré, tout au long de mon existence. Ses mémoires devraient sortir dans deux ans. Enfin, je prépare déjà une suite à Money 2, toujours avec le personnage de Franz Cimballi qui se prête incroyablement bien à notre époque.

Money 2

Paul-Loup Sulitzer
Editions du Rocher
331 pages
18 euros

Par Propos recueillis par Ludmilla Intravaia le 23 août 2010 à 16:04
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2 Commentaires

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  • jean.denis, le 24/08/2010 à 09h55

    Bravo Monsieur Sulitzer ! Pas facile de remonter la pente quand on s'est fait broyer par le système et que la santé en a pris un sale coup !

  • michalowice, le 23/08/2010 à 23h31

    Bonne chance et bon courage Monsieur Sulitzer !!!

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