Pascal Nègre, président directeur général d'Universal Music France © TF1 News / Steve Marques Tout le monde connait Pascal Nègre. Que vous l'ayez entendu s'enflammer pour un live de Grégory Lemarchal à la Starac' ou pester contre le piratage dans un talk show, le très médiatique patron d'Universal ne laisse personne insensible. Pour raconter les coulisses de son métier, il sort un livre, Sans contrefaçon. TF1 News l'a rencontré.
Johnny est remonté sur scène à Montpellier: les images
C'est la première fois depuis juillet 2009 que le chanteur remonte sur scène. Son retour sur scène n'était attendu mi-décembre pour les concerts de M à Paris-Bercy.
Publié le 04/12/2010
Pascal Nègre : "Avec Johnny, c'est "nos tendres années"
<b> Vous avez message - </b> Le patron d'Universal et pourfendeur du piratage nous explique qu'il ne supporte pas quand on lui dit que les producteurs ne servent à rien, revient sur son histoire avec Johnny et lève le voile sur son étrange patronyme.
Publié le 27/11/2010
TF1 News : Dans votre livre, on sent que vous voulez casser l'image du "salaud de producteur" avec un ton assez pédagogique. Pour défendre le patron que vous êtes ou la profession dans son ensemble?
Pascal Nègre, président directeur général d'Universal Music France : Seules les vingt premières pages sont réellement biographiques. Toutes les anecdotes qui suivent servent à raconter et expliquer mon métier, celui de producteur, qui fait beaucoup fantasmer les gens. Si je ne prends pas le temps de le faire, les gens vont continuer à penser que producteur, c'est seulement gueuler contre le piratage et être juré à la Starac. Mais c'est plus compliqué que ça !
TF1 News : Quitte à mettre des tableaux de chiffres pour appuyer vos propos...
P. N. : Oui, car on me dit souvent : "Comment ça se fait qu'un artiste ne gagne qu'un euro sur un CD que j'ai acheté ou téléchargé pour dix euros ? Vous vous mettez neuf euros dans la poche!" Il faut expliquer qu'il y a la TVA, la plateforme, les frais de production, de promotion... Une maison de disques, ce sont des équipes - attachés de presse, marketing, Internet - qu'il faut rémunérer. Notre métier, c'est de suivre un artiste, l'accompagner et connaitre avec lui des succès et des échecs. Nous passons notre temps à nous tromper. Et lorsqu'un disque marche, dans le meilleur des cas, on gagne autant que l'artiste...
| "La crise a frappé la classe moyenne de la musique" |
TF1 News : Vous vous attaquez à un autre cliché en répétant qu'un chanteur peut être assez célèbre pour être reconnu dans la rue et gagner juste "un peu plus que le SMIC"...
P. N. : Oui, chaque année le Figaro publie les 20 plus gros revenus de chanteurs de l'année. Cela m'énerve car les chiffres sont souvent très faux et après les gens pensent qu'un artiste gagne des millions d'euros par an. La réalité, c'est que quelqu'un qui fait un disque d'or tous les trois ans peut gagner 2000 euros par mois... Des artistes comme Jonasz ou Kent n'ont même plus de maison de disques ! La crise a frappé la classe moyenne de la musique. Les stars vendent moins mais restent stars, moins de nouveaux talents émergent, et ceux qui en soufrent le plus sont ceux qui vendaient dans les 100.000 disques. Ils ont toujours un bac à leur nom à la FNAC mais ne s'en sortent plus. Et les gens continuent de penser qu'ils sont "pétés de thunes"...
TF1 News : Vous dites que si l'on souhaite tenir un discours sexiste, raciste ou homophobe, on ne signera pas chez Universal. Auriez-vous résilié le contrat de Sexion d'assaut après leur propos homophobes ?
P. N. : Leurs propos me choquent, oui, j'ai bien un problème avec tout cela... Que puis-je dire de plus ? Quand ils ont signé, personne ne le savait sans doute, mais quand la maison de disque découvre ça, elle se doit de communiquer. Est-ce que ça a été bien fait ? C'est très compliqué à dire... Et quand je vois que le mec de Sexion d'assaut dit ensuite : "je ne sais pas ce que veut dire "homophobe"... (soupir) Le pire c'est que c'est peut être vrai !
TF1 News : En déclarant qu'il ne souhaite pas que son fils parle "rebeu" [arabe] en rentrant à la maison, Florent Pagny a lui aussi choqué. Qu'en pensez-vous ?
P. N. : C'est simplement que Florent ne vit pas en France et qu'il n'a pas les mots du moment. Quand il dit "rebeu", il veut dire : je ne veux pas que mes enfants parlent "verlan", "wesh"... Si Florent Pagny était raciste, ça se saurait !
TF1 News : Le départ de Johnny d'Universal s'est fait avec fracas. Vous semblez pourtant garder un bon souvenir de votre travail avec lui...
P. N. : Oui, travailler avec Johnny, c'est travailler avec quelqu'un qui a "existé" bien avant vous et essayer de lui apporter quelque chose. Quand Johnny dit qu'il veut travailler avec son fils, on lui suggère par exemple des noms pour faire les textes et cela donne l'énorme succès de Sang pour sang. C'est ça, mon métier de producteur.
| "Les meilleures ventes de Johnny , c'est moi qui les ai produites" |
TF1 News : Vous lui envoyez tout de même un scud en expliquant que le seul tube qu'il a fait depuis quelques années, c'est le slogan d'Optic 2000 !
P. N. : Ça n'est pas un scud, c'est juste vrai ! Et puis c'est fait pour être drôle et je crois que je n'ai pas tort : les meilleures ventes de la carrière de Johnny , c'est moi qui les ai produites. Depuis Marie, il n'y a pas un seul nouveau standard d'Halliday à part "Optiiiiiiiiiic 2000"...
TF1 News : Vous critiquez Johnny pour cette campagne mais vous vous êtes plus indulgent quand Zazie prête son image à SFR. Pourquoi ?
P. N. : Zazie a fait une pub pour SFR avec d'autres artistes comme Lily Allen et le clip était sympa donc ça ne me pose pas de problème. Mais il y a un coté sacré avec la voix d'un artiste. Etre dans les spots Optic 2000, pourquoi pas? Mais je crois que Johnny n'aurait pas du chanter "Optic 2000", c'est une erreur...
TF1 News : Vous parlez dans votre livre d'un moment très difficile pour un producteur : quand il doit rompre le contrat d'un artiste qui n'est plus rentable...
P. N. : Ce n'est pas le concept de rentabilité que je mets en avant. Je dis que le moment où vous rendez un contrat, c'est celui où vous ne croyez plus au succès d'un artiste, à son avenir... C'est arrivé avec quelqu'un comme François Feldman, par exemple, alors qu'il a fait un paquet de tubes. C'est difficile, compliqué mais en même temps si l'on n'avait pas rendu de contrat depuis les années 60, on aurait 12.000 artistes chez Universal !
TF1 News : Vous êtes dans votre libre très respectueux de toutes les musiques. Il n'y a donc rien que vous n'aimez pas ?
P. N. : Je n'ai pas fait ma culture musicale "contre". Pour moi, toute musique est intéressante. Rien ne me hérisse et je crois que tout succès a une explication. La musique qui parait très populaire et futile peut devenir une référence. Regardez Abba ! Ou Joe Dassin : à l'époque, c'était le truc "popu de chez popu" dont seul Télé 7 Jours voulait parler. Maintenant, même les Inrocks lui rendent hommage et c'est devenu chicos. Je me méfie de la bonne musique des bien-pensants que tout le monde oublie en 3 ans !
Et découvrez ici la partie de l'interview de Pascal Nègre consacrée au piratage et à Hadopi.

Sans contrefaçon
de Pascal Nègre
Fayard Document
19 euros
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