Mallaury Nataf, le 9 septembre 2005, à Levallois © Abacapress.comTF1 News : L'association Pause-Café (voir encadré ci-dessous) soutient Mallaury Nataf, sans abris, dans son combat, entre autres, pour récupérer son fils cadet, dont la garde lui a été retirée. Dans quelles circonstances avez-vous fait sa connaissance?
Mallaury Nataf du "Miel et les abeilles" est SDF
L'actrice française de 39 ans a perdu la garde de ses trois enfants et vit comme une SDF dans des logements d'urgence, a-t-elle confié, vendredi, au Parisien.
Publié le 03/02/2012
Marie Magrino, directrice générale : J'ai fait sa connaissance, le 29 janvier dernier, aux puces (de Saint-Ouen, commune du Val-d'Oise où l'association est installée, NDLR). Nous étions en train d'y travailler. Un de mes collègues est parti boire un café, puis est revenu, en me disant : "Une dame a besoin d'aide, peux-tu aller lui parler?" "Il y a six heures, on m'a pris mon bébé", m'a-t-elle expliqué. J'ai été émue par son histoire. Je lui ai laissé les clés de chez moi pour qu'elle puisse se reposer et dormir, pour qu'elle ait un endroit où atterrir. Quand nous sommes arrivées à mon domicile, c'est là qu'elle m'a dit qu'elle s'appelait Mallaury Nataf.
TF1 News : Connaissiez-vous son passé d'actrice, par exemple, dans la série Le miel et les abeilles?
M. M. : Non, pas du tout. Je n'avais jamais entendu parler d'elle.
TF1 News : Mallaury Nataf a confié au quotidien Le Parisien, vendredi dernier, être à la rue depuis plusieurs semaines. La première étape de votre aide fut de lui trouver un logement?
M. M. : En effet. Je lui ai prêté mon domicile, jusqu'à ce que sa situation soit réglée et je suis allée habiter chez des amis. Elle va rester chez moi. Elle a posé ses affaires là. On ne va pas la traumatiser, en la faisant repartir ailleurs, sauf si elle trouve elle-même un appartement ou que quelqu'un lui propose autre chose. A ce moment-là, on l'aidera à déménager.
TF1 News : Vous avez déclaré au Parisien l'aider à monter un dossier pour récupérer son fils cadet, Shiloh, deux ans et demi, placé par la Brigade des mineurs auprès de l'Aide à l'enfance, il y a plus d'une semaine. Où en est Mallaury Nataf dans ses démarches?
M. M. : Elle a rencontré le juge, mercredi, à Paris, et à priori, pour Shiloh, c'est gagné, elle devrait le récupérer dans deux mois. C'est ce qu'elle voulait, dans un premier temps, parce qu'il ne l'a jamais quittée, depuis qu'il est né. Ensuite, elle va se battre pour récupérer ses deux autres enfants (Rafaël, 13 ans et Angeline, 11 ans, dont la garde lui a été retirée en 2010 et qui vivent depuis chez leurs pères respectifs, NDLR). Cette première entrevue avec le juge va lui permettre d'être un peu plus sereine et de déstresser. J'en suis ravie.
TF1 News : Dans l'émission de Paul Amar, Revu et corrigé, sur France 5, samedi dernier, Mallaury Nataf a dénoncé l'organisation de l'aide à l'hébergement des personnes sans abris. D'après elle, le système actuel ne fonctionne pas. Partagez-vous cet avis?
M. M. : Tout à fait, surtout pour les femmes et les femmes avec enfants. Il y a très peu d'hébergements et ils sont pris d'assaut. Quand on appelle le 115 (le numéro national d'urgence et d'accueil des personnes sans abri, NDLR), qui est un passage obligatoire, on reste souvent sans réponse. Généralement, en derniers recours, le 115 propose d'envoyer mères et enfants à l'hôpital car les hôpitaux ont un devoir de les garder la nuit. Et les femmes passent la nuit, avec leurs enfants, dans les halls d'hôpitaux.
TF1 News : C'est plus facile de trouver un hébergement pour un homme?
M. M. : Les hommes peuvent dormir en dortoir, s'il n'y a pas de chambre individuelle. C'est plus compliqué pour les femmes avec enfants. Il leur faut un petit coin, un endroit pour changer l'enfant, avec un minimum d'intimité. Alors que les hommes, on peut les mettre en rangs d'oignons - excusez-moi l'expression, mais c'est ce qui se passe -, à quinze, voire plus, dans une chambre. Si vous mettiez une femme au milieu de tous ces hommes, il y aurait quand même un danger pour elle.
TF1 News : Mallaury Nataf a raconté avoir dû quitter son appartement, lorsque que le père de son troisième enfant a été victime d'une rupture d'anévrisme. Est-ce courant qu'une vie bascule, brutalement de cette manière, précipitant quelqu'un à la rue?
M. M. : Oui. Il est plus facile de descendre en enfer que de monter au paradis. Il suffit que, pendant deux mois, vous subissiez une absence de revenus, et vous commencez à ne plus payer le loyer, puis l'électricité et la descente infernale se fait extrêmement vite.
TF1 News : Mallaury Nataf a été critiquée sur le web, en raison de la manucure avec laquelle elle a posé dans Le Parisien. Elle s'en est expliquée par la nécessité de continuer à "prendre soin" de soi, malgré les galères. Est-ce une attitude répandue chez les sans abris?
M. M. : Plus chez les femmes que chez les hommes. Se présenter correctement est le minimum de dignité qui reste à une femme à la rue, même si à l'intérieur, elle sait qu'elle est sans domicile fixe. Une femme va moins se laisser aller qu'un homme, elle va plus aller aux douches municipales, aura moins honte de demander à prendre une douche, quand elle va chez quelqu'un. Je comprends Mallaury. Aujourd'hui, on peut se faire faire une manucure pour un somme comprise entre 4 et 20 euros. C'est pourquoi je n'ai pas été choquée, quand j'ai vu Mallaury avec sa manucure. Ca a dû lui coûter 10 euros. On ne peut pas lui reprocher cette somme.
TF1 News : N'est -ce pas décourageant qu'il faille qu'une histoire comme celle de Mallaury Nataf soit révélée au public, pour que l'on parle du problème des SDF? Vous sentez-vous parfois abandonné, au quotidien, dans votre tâche?
M. M. : On ne se sent pas abandonné, on est totalement abandonné par les services sociaux avec lesquels on a très peu de contacts. Mais c'est pareil pour toutes les petites associations. Cette absence d'aide des services municipaux dans le travail des associations amène beaucoup d'entre-elles à fermer leurs portes. J'espère que la prise de parole de Mallaury va aider la cause de toutes ces petites associations brimées qui n'ont droit à rien pour travailler.
TF1 News : Mallaury Nataf s'est exprimée sur ses difficultés dans la presse, d'une manière assez "brute de décoffrage". Pensez-vous que cette attitude puisse être défavorable à sa cause? Ou vous dites-vous que le principal, c'est d'en parler?
M. M. : Ce n'est ni bien, ni mal. Mallaury est à fleur de peau. Il faut que les gens comprennent que ce n'est pas simple d'être à la rue pendant deux mois, avec un enfant, de ne pas savoir quoi lui donner à manger et où l'on va dormir le soir même. Pour n'importe qui, ce serait très compliqué de subir le regard des autres. Actuellement, tous les médias gravitent autour d'elle. Elle n'a pas le temps de se reposer, or elle est fatiguée psychologiquement. Ses interventions un peu déplacées, elle les fait parce qu'elle a accumulé toute cette rancune et il faut qu'elle la libère. Je ne pense pas que cela puisse la desservir. Je vais lui dire qu'il faut qu'elle se calme, pour que le juge voie qu'elle fait des efforts pour récupérer son fils. J'espère que les gens comprendront qu'elle réagit comme elle le fait, parce qu'elle a été abandonnée et qu'il a fallu qu'elle utilise les médias pour faire valoir ses droits.
TF1 News : Certains la taxent d'exploiter la presse pour se faire de la publicité. Qu'en pensez-vous?
M. M. : Moi, je dis que c'est l'inverse. Aujourd'hui, il s'avère que le cas Mallaury Nataf intéresse. Si demain, il y a 600 morts dans un train, on laissera l'affaire Mallaury Nataf de côté. Si après-demain, un bateau coule, on abandonnera l'histoire du train. Les médias utilisent aussi Mallaury pour faire de l'écoute. Par exemple, j'ai suivi l'émission Morandini! (sur Direct 8, lundi, sur le plateau duquel Mallaury Nataf était invitée, NDLR). J'ai senti que ce que souhaitait Jean-Marc Morandini, c'est que Mallaury fasse un esclandre et quitte le plateau. J'ai prié pour qu'elle ne le fasse pas et effectivement, elle a tenu bon. Ce sont les médias qui l'utilisent, plutôt que l'inverse. Pour le moment, je n'ai pas accès à internet. Dès que ce sera le cas, je vais répondre à ses détracteurs, en leur expliquant la situation, en espérant qu'ils comprennent qu'ils n'ont qu'à aller vivre deux mois dans la rue avec leurs enfants et qu'il verront s'il n'y a pas une rage qui naît, à ce moment-là.
TF1 News : Mallaury Nataf a déclaré à Paul Amar : "Je ne vais pas lâcher le morceau", en évoquant la poursuite de sa lutte. Allez-vous continuer à la soutenir?
M. M. : Oui, comme je soutiens tous nos adhérents. Ce n'est pas parce qu'elle s'appelle Mallaury Nataf qu'elle recevra plus que les autres. On sera là pour elle mais, ni plus, ni moins que pour une autre personne démunie qui ferait appel à nous. On l'aidera autant que l'on pourra.
| C'est quoi, Pause-Café? |
Pause-Café est une association à caractère social qui fait de l'aide administrative aux personnes. Elle a ouvert, il y a trois ans. "Actuellement, nous avons quelque 420 dossiers à démêler, qu'il s'agisse de recherche d'emploi, de problèmes de surendettement, de violences conjugales, etc.", explique sa directrice générale, Marine Magrino : "Nous aidons les gens, par exemple, en les accompagnant au tribunal, personnes qui, par ailleurs, ne sont pas nécessairement des sans abris, mais aussi des gens qui travaillent, des gens à la retraite, de toutes catégories socio-professionnelles et de toutes origines, bref, du tout-venant." L'association compte deux salariés et dispose d'une page Facebook. |
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