"Romy Schneider est morte, fatiguée de tout"

Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA, le 05 janvier 2010 à 18h29 , mis à jour le 06 janvier 2010 à 10h12

Interview - TF1 News décrypte le destin bouleversant de Romy Schneider, en compagnie du journaliste Guillaume Evin, auteur d'un livre sur cette actrice trop tôt disparue.

Romy SchneiderCouverture des Mystères Romy Schneider et portrait de son auteur Guillaume Evin (Timée Editions) © Timée Editions
Alors que des images inédites de Romy Schneider ont été dévoilées dans le documentaire L'enfer de Henry-Georges Clouzot, il y a peu (voir notre article "Romy Schneider : ses images inconnues", ici) et qu'un film intitulé Eine frau wie Romy ("Une femme comme Romy") vient d'être tourné, TF1 News s'est penché, en compagnie du journaliste Guillaume Evin, auteur du livre Les mystères Romy Schneider (aux éditions Timée), sur le destin de cette actrice chère au cœur des Français. 
Plus d'infos

 
TF1 News : Dans votre livre, vous décrivez une Romy Schneider dont l'existence "à lentement viré à la tragédie" face à la difficulté de "concilier plaisirs d'actrice et bonheur intime". Que voulez-vous dire par là?
Guillaume Evin, journaliste : Toute sa vie, Romy Schneider a fui la réalité face à la caméra. Elle a tourné quasiment non-stop, à l'exception de ses deux grossesses, 59 films en 30 ans. Elle ne s'est jamais sentie aussi bien que devant un objectif, face à une vie sentimentale tumultueuse.
TF1 News : Vous dépeignez, dans votre ouvrage, une actrice entièrement dévouée à son métier, "au-delà du raisonnable".
G. E. : Romy Schneider était perfectionniste à l'extrême, terriblement exigeante. Il lui fallait pousser le mécanisme jusqu'au bout. C'était son tempérament et cela servait son art. Mais à la fin de sa vie, elle a été rattrapée par le stress et le trac, une composante essentielle de sa personnalité. C'est l'héritage de son père, décédé d'un infarctus par excès de trac. Les Américains la surnommaient d'ailleurs "Miss worry" ("Mademoiselle inquiète"), tant elle avait toujours l'air préoccupée et angoissée. Elle était écorchée vive. Cette peur qui l'habitait était paralysante, même si cela ne transparaît pas dans ses rôles mais plutôt dans sa vie privée, où elle était taraudée par le stress.
TF1 News : Comment expliquez-vous cet état d'esprit?
 
G. E. : Sans vouloir faire de la psychologie simplifiée, les causes de son mal-être trouvent peut-être leur origine dans sa tendre enfance. Après le divorce de ses parents, elle a été livrée à elle-même dans un pensionnat où ils venaient à peine la voir. Son père, lui, n'est jamais venu.
 
TF1 News : Peut-on parler d'un père absent?
 
G. E. : Oui, le manque de ce père l'a poussé à chercher son idéal masculin, sans jamais le trouver, notamment dans des passions excessives comme avec Alain Delon qui la quittera brutalement ou dans des relations avec des hommes plus âgés comme Harry Meyen, de quatorze ans son ainé. Elle divorcera de ce dernier qui se suicidera. Elle n'a jamais trouvé son alter-ego et passera d'échec en échec, en ayant du mal à se reconstruire. Elle portera le fardeau du suicide de son premier mari toute sa vie.
 
TF1 News : Vous évoquez également un autre fardeau, celui de la "culpabilité allemande" d'après guerre...
 
G. E. : D'un point de vue global, Romy Schneider fait partie de cette génération d'Allemands, nés dans les années quarante, qui a intégré cette culpabilité de la barbarie nazie, comme une trace indélébile de l'Histoire. Mais d'un point de vue personnel, elle a également dû vivre avec la relation ambigüe que sa mère avait entretenue avec le pouvoir nazi. "Je crois que ma mère avait une relation avec Hitler", a-t-elle déclaré, en 1976. Même si nous ne connaissons pas la nature exacte de cette relation, Romy Schneider jouait, petite, avec les enfants de Martin Bormann, la future éminence grise du parti nazi. C'est sans doute la raison pour laquelle elle a endossé quantités de rôles de victimes de la barbarie nazie, tout au long de sa carrière, comme dans Le vieux fusil, par exemple. C'était peut-être une manière de tenter d'évacuer cette culpabilité.
 
TF1 News : Comment était-elle perçue en Allemagne?
 
G. E. : Elle a vécu avec ce pays une histoire d'amour-haine, un peu comme une épouse choyée que l'on répudie. Elle était adulée avec les films Sissi mais quand elle est partie rejoindre Alain Delon à Paris, l'Allemagne ne lui a jamais pardonné. Il y avait un océan d'incompréhension entre elle et ce pays. C'est en France qu'elle a trouvé la sérénité, pays dans lequel elle a apporté la preuve de son talent, en se débarrassant de l'étiquette mièvre et sucrée de Sissi qu'elle vivait comme une véritable camisole.
 
TF1 News : Pourtant, à sa mort en 1982, un quotidien français titrera : "Sissi est morte, Sissi s'est tuée."
 
G. E. : Toute sa vie, ce rôle lui collera à la peau. Romy Schneider sera souvent comparée à Elizabeth d'Autriche dans sa manière dont, comme elle, elle refusera de porter le masque des apparences.
 
TF1 News : Peut-on dire que la mort de son fils, empalé sur les grilles d'un parc, à Saint-Germain-en-Laye, en 1981, sera le coup de grâce?
 
G. E. : Oui, d'autant plus qu'à l'horreur de la disparition de son fils, s'est ajoutée une pression médiatique énorme. Un journaliste indélicat n'a pas hésité à se faire passer pour un brancardier pour photographier la dépouille de son enfant. Elle était traquée. La mort de Romy Schneider demeure auréolée de mystère, puisqu'il n'y a pas eu de témoins. Mais elle ne s'est pas suicidée. L'usure, le trop-plein et les excès de la vie ont eu raison d'elle. Elle a lâché prise. Elle est morte, fatiguée de tout. Il fallait tirer le rideau. On retiendra son jeu, ses expressions, ses fêlures, sa gravité..., ceux d'une star populaire toujours brillante dans le cœur des Français.
Par Propos recueillis par Ludmilla INTRAVAIA le 05 janvier 2010 à 18:29
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles People
  

12 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • malika13013, le 23/12/2010 à 12h23

    Dommage elle etait magnifique et mervelleusement belle le plus beaux film quelle a fait c Sissi,sissi l'imperatrice et sissi face a son destin! c une femme exceptionnel! et nous le considerons comme une star du cinéma MAIS C UNE STAR DU CINEMA

  • cle38, le 09/02/2010 à 18h18

    JE suis de la génération de Romy ,et j'ai toujours admiré cette actrice,elle étais belle et talentueuse, elle a du beaucoup souffrir à la mort de son fils.Elle nous manque dans le cinéma d'aujourd'hui.Elle a fait des filmes magnifiques qui resterons à jamais.Nous ne l'oublions pas.Bonne journée à tous

  • floflodudada, le 13/01/2010 à 09h13

    Quel plaisir que l'on parle de ROMY cette immense actrice elle manque beaucoup.....

  • kryzalida, le 09/01/2010 à 18h56

    Il y a un film dont on ne parle plus et qui et ou elle a donné une image rarissime " la mort en direct" et j'en avais été émue.Le rôle de La Banquière lui est allé comme un gant. Elle vivait ses rôles. Et les chocs répétés que la vie ne lui a pas épargnés l'on eu à l'usure. Car elle a été forte.

  • 1strato, le 07/01/2010 à 21h51

    La plus belle femme du monde!

  • da04lau, le 07/01/2010 à 14h20

    Quelle était belle. Et son petit accent affinait encore plus son charme naturel. Perdre un enfant, pour une mère, est toujours une perte inconsolable. Elle avait du caractère, mais cela n'a pas suffit. Toutes les mamans seront certainement d'accord avec moi.

  • si25do, le 06/01/2010 à 18h27

    Romy schneider n 'as pas tenue a la vie apres le deces de son fils .elle etait si belle . c etait une tres bonne actrice . dommage pour sa famille et comme sa fille lui ressemble

  • lentpecheur2, le 06/01/2010 à 10h39

    Dans "Une histoire simple" du même Claude SAUTET et "Le vieux fusil" de Robert ENRICO, c'est aussi sa magnifique voix . Si vous connaissez ce film par coeur , comme moi , allez donc à BRUNIQUEL(Tarn et Garonne) ,le village des Gorges de l'Aveyron où fut tourné la majeure partie de ce film culte pour moi dont le Père était dans le maquis aveyronnais . Vous reverrez magiquement le film se projeter en vous et ROMY ainsi que Philippe NOIRET ,Jean BOUISE renaitront à jamais

  • h6henri, le 06/01/2010 à 10h19

    Je crois me souvenir qu'un réalisateur lui demandait systématiquement d'articuler ses textes plus lentement, afin de créer sur la bande-son un "plus d'émotion"...Bref, tout porte à croire qu'il ont essayé d'en "tirer le maximum", y compris après la disparition tragique de son fils.Quoiqu'il en soit, cette femme ne sera jamais égalée ni remplacée dans le cinéma français. C'était une Femme-Femme , et les "nouvelles" actrices ne sont que du menu fretin par rapport à Elle. C'est mon opinion. Henri.

  • tony83, le 06/01/2010 à 08h04

    Je confirme , c'est un des rare film ou c'est vraiement sa voix ,, quelle merveille qui nous a quittè , mais mème dans les coup durs qu'elle a eu ,elle est toujours restèe très digne , simplement a un moment donnè elle n'en pouvait plus , et elle a lachè prise ..nous t'aimerons toujours romy et ne t'oublierons pas ,,,,bonne journèe a tous et toutes

Lire tous les commentaires

      logAudience