Pourquoi Twilight cartonne auprès des ados

Par , le 01 décembre 2011 à 12h49 , mis à jour le 01 décembre 2011 à 17h32

Dossier : Twilight et les vampires

Des buveurs de sang romantiques et dignes d'être aimé, véritables super héros plus vraiment effrayants mais ô combien sexy..., Jean Marigny, spécialiste des vampires, décrypte le phénomène Twilight avec TF1 News.

Taylor Lautner Robert Pattinson Kristen Stewart Twilight Jean Marigny VampireDe gauche à droite, les acteurs de la série vampirique Twilight, Taylor Lautner, Robert Pattinson et Kristen Stewart et couverture du livre de Jean Marigny "Vampire, de la légende au mythe moderne", aux Editions de La Martinière © Summit Entertainment/SND Films/La Martinière

TF1 News : La série de romans Twilight, créée en 2005 par l'écrivaine américaine Stephenie Meyer, s'est vendue à quelque 116 millions d'exemplaires dans une cinquantaine de pays. Les films, eux, ont générés pas moins de 1,8 milliards de dollars de recettes dans le monde, alors que, mercredi, Twilight 4 Révélation, partie 1 (lire la chronique de TF1 News : " Pourquoi j'y vais, pourquoi je n'y vais pas?") a passé le cap des 500 millions de dollars de recettes dans le monde en douze jours. Comment expliquez-vous ce succès?

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    Publié le 26/03/2012 Twilight 5 : les premières images de Bella en vampire
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Jean Marigny, auteur du livre Vampire, de la légende au mythe moderne : Twilight est arrivé en plein milieu de la période Bit Lit (association de "to bite", "mordre" en anglais et de "literature", que l'on pourrait traduire par "littérature mordante", où des créatures telles que vampires ou loups-garous nouent des idylles avec des humains, NDLR). Ces romans de vampires, en séries, destinés à un large public, proposent des personnages souvent très proches des jeunes.  Je pense, par exemple, aux Vampires diaries, Le journal d'un vampire, qui a eu énormément de succès (cette série de romans de l'Américaine L. J. Smith, dont le premier date de 1991, a été adaptée en série télé - lire "Fleurs bleues assoiffées d'hémoglobine", en 2009, NDLR). Les vampires sont à la mode depuis une dizaine d'années et Twilight a trouvé sa place dans ce contexte, particulièrement auprès des adolescents.

TF1 News : Pourquoi les jeunes sont-ils si friands du genre d'histoires narrées dans Twilight? Parce qu'ils y retrouvent leurs aspirations et leurs problèmes?

J.M. : Bella et Edward (l'humaine et le vampire dans Twilight, NDLR) sont lycéens. Leurs préoccupations sont celles de ces jeunes lecteurs. Premiers émois amoureux, conflits éventuels avec les parents..., ça fait partie de leur univers et ils se reconnaissent dans ce genre de situation.

exergue Twilight s'inscrit sur un fond religieux et philosophique qui essaie de montrer des créatures ne représentant pas le mal."

TF1 News : Un vampire qui va à l'école, qui ne fait pas l'amour avant le mariage..., pas très effrayant, somme toute?

J. M. : Je suis, en effet, assez sévère envers cette conception du vampirisme, particulièrement aseptisée. Voilà un vampire qui n'est pas méchant, qui ne boit plus de sang humain, puisque Edward chasse des animaux la nuit. Il ne subit plus les inconvénients du mode vampirique. Il peut se promener de jour comme de nuit, sans être incommodé et de plus, il est toujours dans le camp du bien, en quelque sorte. Il y a un thème dont les Américains raffolent car ils sont très puritains, c'est la lutte entre le bien et le mal. Même si ce n'est plus un combat entre les humains et les mauvais vampires mais entre les bons vampires et les mauvais vampires. Ce manichéisme entre les bons et les méchants est très naïf.

TF1 News : Twilight, c'est le monde des Bisounours, en quelque sorte...

J. M. : C'est une vision très atténuée du thème vampirique qui est développée par Stephenie Meyer, romancière mormone. Elle a véritablement voulu gommer tout ce qui pouvait paraître effrayant et de nature à révolter les âmes sensibles. Le premier roman Twilight vient dans la foulée des années Bush, où l'on encourageait les jeunes à avoir une vie sexuelle très modérée et à respecter les canons de la morale. Le thème sous-jacent de cette histoire est l'amour courtois. C'est-à-dire qu'un garçon et une fille ne doivent pas avoir de relations sexuelles avant le mariage. Edward, craignant que ses instincts ne prennent le dessus et ne voulant pas transformer Bella en vampire, est obligé de la respecter et de garder ses distances avec elle. Dans le deuxième roman, Edward préfère quitter Bella, parce qu'il a peur de succomber à la tentation. On veut ne pas choquer, tout au moins dans les trois premiers romans et films, même si le quatrième film est un peu en porte-à-faux par rapport au trois premiers, en raison de son aspect violent et gore. Twilight s'inscrit sur ce fond religieux et philosophique qui essaie de montrer des créatures ne représentant pas le mal.

TF1 News : Etrange évolution, alors que le vampire de Bram Stoker, Dracula, représentait, lui, le mal incarné...

J. M. : Il faut savoir que Dracula de Stoker est sorti pendant la période victorienne (le roman date de 1897, NDLR), où l'on gommait tout ce qui pouvait avoir une dimension érotique, pour ne conserver que la dimension religieuse. Le vampire, c'est le suppôt du Diable. Cette conception s'est peu à peu atténuée au XXe siècle, jusqu'à ce qu'Anne Rice y mette fin avec Entretien avec un Vampire (roman de 1976, NDLR). Elle a montré des vampires ne craignant pas les symboles de la religion, pas foncièrement mauvais, avec des qualités comme les humains, capables d'aimer, de souffrir et donc d'être très proches de nous.

TF1 News : Ces buveurs de sang plus humains, depuis les années 80, cela plaît-il aux jeunes?

J. M. : Oui. Cette volonté de réhabiliter les vampires pour en faire des personnages décents et fréquentables, cette humanisation progressive, explique aussi l'attrait de la jeunesse envers eux. Débarrassés de l'aura négative dont ils étaient affublés, ils peuvent devenir des héros à part entière, et même des super héros, puisqu'ils sont immortels, beaux, possèdent la jeunesse éternelle et ne craignent pas la maladie. Tous ces facteurs font du vampire un être admirable auquel les jeunes lecteurs et spectateurs parviennent à s'identifier. Alors que le lecteur victorien ne pouvait pas s'identifier à Dracula, montré du doigt comme étant l'ennemi de Dieu et de l'humanité.

exergue Twilight pose des problèmes existentiels qui touchent tout le monde."

TF1 News : Si les vampires de Twilight sont rassurants, ils sont également très sexy. Plaisent-ils parce qu'ils cristallisent les phantasmes adolescents?

J.M. : Les vampires sont le symbole de l'attrait-répulsion que les jeunes peuvent ressentir pour la sexualité. Ils ont envie de passer à l'acte et, en même temps, ils ont un peu peur. Bella a envie de connaître son vampire charnellement et, en même temps, elle est réticente, parce que c'est un vampire.

TF1 News : Peur de se marier, de faire l'amour, d'avoir un enfant, spectre de l'avortement, d'un accouchement dans la douleur..., Twilight 4 est un film pétri d'angoisses. Ils sont si inquiets que cela, les ados?

J.M. : Un film comme Twilight 4 incarne bien la peur et la fascination que les adolescents peuvent avoir pour l'âge adulte, ses nouvelles expériences et responsabilités. Pour de très jeunes filles ayant des relations sexuelles, par exemple, la peur de tomber enceinte existe. Et avec elle, celle d'une interruption de grossesse éventuelle. En dehors du fait que l'histoire soit complètement à l'eau de rose, en même temps, elle pose des problèmes existentiels qui touchent tout le monde. Le rôle des vampires, jusqu'ici, était de faire peur, pas tellement de faire réfléchir. Il y a, ainsi, une amorce de préoccupation philosophique sur la vie, l'amour, la mort qui peut s'avérer intéressante.

TF1 News : Des préoccupations universelles, certes mais sont-elles totalement représentatives de notre société européenne et française?  Nos ados sont-ils, notamment, aussi puritains que les Américains?

J.M. : Je pense que non. Mais, pour les générations montantes, les Etats-Unis, c'est un peu l'Eldorado. Il y a une espèce d'admiration pour tout ce qui vient d'Outre-Atlantique. Quand on regarde The vampire diaries, on se rend compte que les adolescents américains bénéficient d'une autonomie plus grande que leurs homologues français. Dès qu'ils ont 15-16 ans, ils peuvent conduire une voiture, peuvent découcher, avoir un appartement en ville, ce qui peut-être assez fascinant pour un adolescent européen, loin de jouir de ce genre de liberté. Ce qui veut dire que, si nos jeunes n'ont pas du tout la même idéologie que les jeunes Américains, en revanche, ils sont tellement fascinés par la civilisation américaine qu'ils développent une attirance pour ce genre de films. Si un réalisateur français essayait de faire un Twilight, il ne réussirait pas. Ce serait un échec à la base. On peut remarquer qu'il ya très peu de films de vampires en France.

TF1 News : Comment voyez-vous le futur des vampires?

J.M. : On va très rapidement se lasser de ce genre-là. Je suis frappé par le fait qu'aux Etats-Unis, de nouvelles séries de romans vampiriques sont mises en chantier, chaque année. Cela prouve que, là-bas, on est en plein milieu de la vogue des vampires. Mais en France, cela devrait s'atténuer. On reviendra à une conception plus traditionnelle du vampirisme. Avec moins de concessions faites aux lecteurs et aux spectateurs. Car à force d'imaginer des vampires qui ont perdu toutes leurs caractéristiques, on en vient à gommer l'idée même du vampirisme. Edward est à peine un vampire. Si les personnages effrayants, les vampires, les zombies, les loups-garous ne font plus peur, ils perdent leur raison d'être. D'ailleurs, au cinéma, les zombies sont en train de supplanter les vampires. Là, aucune ambigüité. A moitié putréfiés, ils sont littéralement répugnants. J'attends toujours qu'on me propose un zombie séduisant.

En savoir plus sur Jean Marigny  

Couverture de Vampire, de la légende au mythe moderne de Jean Marigny, chez La Martinière
Vampire, de la légende au mythe moderne
Jean Marigny est né en 1939 à Cherbourg. De 1975 à 1999, professeur de littérature anglaise à l'université de Stendhal-Grenoble III, il fonde le GERF, le Groupe d'Etudes et de Recherches sur le Fantastique. Auteur d'une thèse sur le vampire dans la littérature anglo-saxonne, il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet, dont notamment Sang pour sang, le réveil des vampires, aux Editions Gallimard, en 1992, réédité en 2010, Dracula chez Larousse et La fascination des vampires, aux Editions Klincksieck, en 2009. Son dernier ouvrage en date vient de sortir. Publié aux Editions de La Martinière, il s'intitule  Vampire, de la légende au mythe moderne (voir notre illustration). Doté de magnifiques illustrations (affiches de films, reproductions anciennes, couverture de livres, sans compter des petits booklets thématiques glissés entre ses pages) ce livre offre un panorama complet de tout ce qu'il faut savoir sur nos compères buveurs de sang, depuis les ancètres du vampire moderne, les personnages ayant inspiré le mythe et son évolution, les vampires dans la littérature, au cinéma ou dans les séries. Doté de 192 pages, ce beau livre coûte 39,90 euros.

Par Ludmilla Intravaia le 01 décembre 2011 à 12:49
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10 Commentaires

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  • carmen79, le 10/12/2011 à 22h55

    L histoire damour dans le me fais rever jadoreeeee

  • suzolle, le 06/12/2011 à 16h13

    C'est vraiment qu'un film pour ados ce truc !! j'ai vu le premier film et franchement ce n'est pas du grand cinéma : mais chacun ses goûts !!

  • Boufenache malika , le 05/12/2011 à 16h51

    Je vais avoir 60ans et j.ai les livres et je vais au cinema j.aime beaucoup jacob

  • sarkophage83, le 03/12/2011 à 00h22

    Blade reviens !!!!!!

  • fabiola, le 02/12/2011 à 20h13

    J'ai ador�utant le film que le livre! ^^

  • pegg, le 02/12/2011 à 12h13

    J adore Edward!

  • botnet, le 02/12/2011 à 09h21

    J'adore bella

  • franky37, le 02/12/2011 à 07h12

    Moi je dis, décolle ton nez de l'écran et prend un livre histoire d'apprendre à parler et à écrire correctement , tu verras c'est plutôt pas mal.

  • bigmisterl, le 02/12/2011 à 04h15

    Ca marche parce que les acteurs sont beaux, surtout Bella qui porte bien son nom.

  • maylisse, le 01/12/2011 à 22h47

    Moi je di twilight c trop bien

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