Olivier à 10 ans, en 1981 © Photo internaute/Olivier P.Royal raconte "ses 7 ans aux côtés de François Mitterrand"
Soulignant qu'elle avait 26 ans en 1981 quand elle devint conseillère de François Mitterrand, la socialiste raconte à LCI cette période à l'occasion du 30e anniversaire du 10 mai 1981.
Publié le 06/05/2011
30 ans après, les fidèles de Mitterrand se souviennent
Quelques jours avant l'anniversaire de la victoire de François Mitterrand, ses anciens ministres ont tenu un colloque au Sénat ce vendredi pour discuter de l'héritage laissé par le seul président socialiste de la Ve République.
Publié le 06/05/2011
Olivier (10 ans en 1981)
J'avais 10 ans et mes parents étaient des socialistes fervents. A l'annonce du résultat, ils ont pensé que la France allait beaucoup changer et nous avons sauté dans la GS pour aller "Fêter ça" à la Bastille. Mes opinions politiques à cet âge n'étaient pas très assises, mais en écoutant les premières déclarations de l'élu Mitterrand aux Français, je l'ai entendu avoir un mot bienveillant pour ceux que cette élection décevait et je me suis dit que ce devait être "un type bien".
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| Olivier en 1981 |
Inspatatrac
Ce soir-là je m'en souviens très bien. Mon père, simple ouvrier, n'a pas mangé et il a dit : "ce pays est foutu et ne s'en relèvera pas". J'avais 16 ans, et je peux dire qu'il avait raison sur toute la ligne.
Danou
Le lendemain du 10 mai 1981, c'était ambiance catastrophe au siège social de l'entreprise phonographique où je travaillais à Neuilly-sur-Seine. Je pense que je devais être la seule à être joyeuse de l'élection de François Mitterrand. Ceux qui étaient propriétaires de leur maison ou appartement, les cadres qui possédaient une résidence secondaire, étaient démoralisés, persuadés qu'on leur confisquerait leur bien. Quant aux chanteurs aux multiples disques d'or qui passaient par mon bureau, ils envisageaient de s'installer en Suisse pour ne pas être dépouillés. La sinistrose avait même atteint mes collègues, locataires comme moi mais gagnées par l'épidémie. Puis aucune loi n'est venue mettre en péril les biens d'autrui, les choses se sont tassées et les sourires ont réapparu. L'ambiance décontractée dans ce milieu a refait surface.
J'étais très jeune mais j'en ai tout de même un souvenir très clair. Mon père était directeur de banque et ma mère et lui avaient organisé un dîner à la maison avec des collègues de mon père. Au moment où le visage de Mitterrand est apparu sur notre télé, je me souviens des mines ahuries et dépitées des convives. Je me souviens aussi avoir eu peur car si les adultes étaient inquiets, quelle catastrophe pouvait bien arriver. J'ai rejoint mon père sur la terrasse et j'ai vu qu'il avait un sourire de gamin aux lèvres. Un peu comme celui que j'avais quand je venais de faire une bonne blague. Plus tard, j'ai compris que, tout directeur de banque qu'il était, ce résultat électoral le ravissait.
Laurent (12 ans en 81)
Ma mère travaillait ce soir-là et j'étais seul à la maison avec mon père. Quand le visage de Mitterrand est apparu à l'écran, cet homme d'un naturel plutôt réservé s'est mis à Hur-ler ! Pendant au moins 45 secondes. C'était complètement hallucinant, je n'avais jamais vu mon père dans cet état-là. D'ailleurs, je ne l'ai jamais revu comme ça.
Gilles (20 ans en 1981)
Nous étions dans mon studio devant la télévision, mon frère et moi. A l'annonce du résultat, nous nous sommes regardés et avons décidé d'aller à la Bastille. Nous habitions à Saint-Germain-en-Laye. Le RER A était bondé et c'était la folie. Je me souviens que tout le monde chantait "1.700.000 chômeurs plus un... Giscard ". Arrivés sur la place de la Bastille, mes souvenirs sont flous. Mais je me rappelle de Claude Villers* qui s'exprimait au micro. J'ai perdu mon frère dans la soirée et nous nous sommes retrouvés le lendemain à la maison, heureux et hilares.
Chrismaz
J'avais juste 18 ans pour ma part et je rentrais dans la vie active avec de l'espoir et de la joie. D'emplois jeunes en TUC, je n'ai jamais obtenu le poste désiré.
Zen
Je me souviens des phrases grandiloquentes de Jack Lang : "Après l'ombre, la lumière"... De Paul Quilès qui voulait faire tomber des têtes... Je me souviens surtout que quelques mois plus tard, le ministre communiste des Transports voulait envoyer l'armée pour contrer une manifestation de routiers.
Mig
J'avais 19 ans à l'époque et je n'ai pas voté Mitterrand. Je me souviens de ce 10 mai, je me suis dit : "c'est le commencement de la fin".
Palmier
Le soir du 10 mai 1981, j'étais à Milan pour un salon professionnel. Le soir au restaurant les serveurs regardaient notre table avec un air goguenard. Lorsque le serveur est venu prendre la commande des desserts, il nous a dit d'un air malicieux : "Pour les Français, à partir de maintenant ce sera un dessert pour deux". Ce jeune Milanais avait mieux compris Mitterrand que ceux qui l'avaient élu.
Ilesmarquises
Je me souviens surtout de la mine déconfite de mon patron au lendemain de l'élection. Rien que pour revoir ça, j'aimerais bien faire un retour en arrière !... Je me rappelle aussi la cérémonie au Panthéon et la foule plein d'entrain qui se rassemblait, avec pour certains une rose à la main. On était jeunes et emplis d'espoir... Malheureusement, on a déchanté depuis.
Le 10 mai 1981, nous étions devant la télévision avec mes parents, ma grande sœur et moi. A l'annonce du résultat, nous avons hurlé de joie. C'était pour toutes deux notre premier vote : j'avais 18 ans et elle près de 20. Nous sommes parties tout de suite Place de la République à Paris. Nous habitions en banlieue et dans le RER, ainsi que dans le métro, plusieurs jeunes faisaient la fête. Nous nous sommes retrouvées sur la place de la République devant une marée humaine.
Mais, pour moi, le souvenir le plus marquant a été la cérémonie au Panthéon. Je me souviens être arrivée très tôt avec des copines. Nous nous étions données rendez-vous au café Odéon (qui fait le coin du boulevard Saint Michel et Saint Germain) pour être sûres d'avoir une bonne place. Nous étions derrière une barrière et nous avons pu assister à l'arrivée à pied de différentes personnalités socialistes dont Michel Rocard (à qui j'ai serré la main), puis nous avons vu la voiture de François Mitterrand passer. C'était très impressionnant, je me souviens des tireurs sur les toits, du service d'ordre. Nous étions heureuses et en même temps très émues.
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