"On me dit qu'il y a une polémique en France sur les propos que j'ai tenus en réponse à Mme Joly qui proposait de supprimer le défilé militaire du 14 juillet. Je vais vous dire: je m'en félicite parce que je suis en colère", a affirmé dimanche le Premier ministre. Je suis en colère quand j'entends comparer le défilé des Forces françaises le 14 juillet à ce qui se passe en Corée du nord. Cela témoigne pour le moins d'une grande mauvaise foi ou alors d'une profonde méconnaissance des traditions et de l'Histoire de notre pays". Et le locataire de Matignon de poursuivre. "L'armée française ne défile pas sur les Champs-Elysées pour étaler la puissance militaire de notre pays. L'armée française défile sur les Champs-Elysées afin que la Nation puisse rendre hommage à ceux qui risquent leur vie pour la défendre", a-t-il déclaré. "Les événements récents en Afghanistan nous montrent tout le respect que nous devons, toute la gratitude qui doit être la nôtre pour les forces armées françaises", a-t-il ajouté. "Alors, oui je le dis, je suis fier que la Nation puisse les honorer au moins une fois par an en les faisant défiler sur la plus belle avenue du monde", a conclu le Premier ministre.
"Ahurissant"
Lundi matin, d'autres membres du gouvernement ont emboîté le pas au chef du gouvernement. "Le problème, c'est qu'un candidat à la présidence de la République ne partage pas les valeurs de la République", a dit la porte-parole du gouvernement sur LCI. Xavier Bertrand a de son côté fustigé des propos "ahurissants" sur France Info. "En France, il y a une tradition, c'est ce lien très très fort entre la nation et l'armée, entre les Français et les militaires. Casser ce lien, c'est une faute impardonnable", juge le ministre de la Santé.
Et voilà la polémique dans la polémique qui rebondit encore. Car l'argumentaire de François Fillon ne convainc pas du tout François Hollande, candidat à la primaire socialiste, qui a assuré dimanche à Avignon que "le rôle d'un Premier ministre n'est pas de créer une polémique", mais "de rassembler autour des principes de la République". Puis Ségolène Royal a affirmé, sur France 2, que le fondement de la République est de rassembler des gens d'origine différentes et non de les stigmatiser.
Le matin même, Martine Aubry avait, elle aussi, enfoncé le clou sur Europe 1, affirmant que si elle était présidente, elle aurait demandé à François Fillon "de partir" après ses propos sur Eva Joly. Jean-François Lamour, président du groupe UMP au Conseil de Paris, a répliqué que Martine Aubry "se discréditait comme candidate à la présidentielle" en ayant demandé le matin même la démission du Premier ministre.
Eva Joly dénonce une "hypocrisie"
Eva Joly a de son côté dénoncé dans une interview au site du Point dans les attaques de la droite sur le thème de sa binationalité franco-norvégienne une "hypocrisie dangereuse" dans le fait de "prétendre défendre la République en agitant le démon des origines".
"De tels excès n'étonnent guère quand ils proviennent des habituels matamores de l'identité nationale", a ajouté l'ex-juge d'instruction. "Je ne permets pas que l'on mette en doute mon patriotisme. Je ne suis pas moins française que ceux qui me refusent le droit de m'exprimer." Elle a estimé que, dans la bouche d'un Premier ministre, les attaques contre sa personne sur le thème de ses origines témoignaient de "la dégradation des termes du débat public et de la gangrène identitaire qui attaque le corps républicain".








