Les enjeux en Corse

Par Loïc Farge (RTL.fr), le 04 février 2004 à 18h09 , mis à jour le 09 février 2004 à 12h22

L’exception corse, l’expression peut aussi s'appliquer aux régionales. L’échec du projet de réforme institutionnelle après la victoire du "non" au référendum a laissé des traces de divisions, tant à droite qu’à gauche, l’échéance des élections territoriales a au moins permis l’union des nationalistes.

Stations balnaires en hiver le Cap Corse © Manreo

L’exception corse : l’expression peut aussi s’appliquer aux prochaines élections régionales. Car si l’échec du projet de réforme institutionnelle après la victoire du "non" au référendum du 6 juillet dernier a laissé des traces de divisions, tant à droite qu’à gauche, l’échéance des élections territoriales a au moins permis l’union historique des nationalistes.

C’est du jamais vu dans l’histoire trentenaire du nationalisme corse. Après des mois et des mois de laborieuses négociations, autonomistes et indépendantistes iront unis à la bataille des territoriales. Enfin, presque ! Corsica Nazione et Independenza ont conclu un accord d’union fin janvier avec le Parti de la Nation corse (PNC) de Jean-Christophe Angelini ,et Chjama Naziunale (l’Appel national). Les discussions ont longtemps achoppé sur la désignation de la tête de liste, entre Jean-Guy Talamoni, conseiller territorial sortant et porte-parole de Corsica Nazione, et le Dr Edmond Simeoni, leader de Chjama Naziunale, figure emblématique du mouvement nationaliste. L'autonomiste Simeoni sera la "tête administrative" d'une liste bicéphale dans laquelle la troisième place revient à l'indépendantiste Talamoni. La cinquième est donnée à Jean-Christophe Angelini, du PNC.

Mais la "Lista Naziunale Talamoni-Simeoni" est loin de traduire l’unité des nationalistes corses. Les indépendantistes de l'Accolta Naziunale Corsa, dont le leader ne s’est vu promettre que la quinzième place, n’ont pas encore décidé s’ils rejoignaient ou non cette alliance. D’ores et déjà, deux petits mouvements, A Manca Naziunale et le Partitu Suzialistu per l'Independenza (PSI), ont annoncé qu’ils constituaient leur propre liste. Le mouvement nationaliste de gauche U Rinnovu a, lui, quitté le processus d’union. Aux dernières élections territoriales de 1999, cinq listes nationalistes avaient totalisé 23,46% des suffrages au premier tour, mais une seule avait franchi le seuil éliminatoire des 5%, permettant au seul groupe Corsica Nazione d’obtenir huit élus. Cette année, les nationalistes visent "au moins 30% des suffrages".

Les traces de l'échec du référendum

A gauche et à droite, la division règne. L’échec du projet gouvernemental de réforme institutionnelle sur l’Ile de Beauté a laissé beaucoup de traces. Contrairement à 1998, où elle avait dû resserrer les rangs pour parvenir à la majorité absolue, la droite part cette année en ordre très dispersé. Si Camille de Rocca Serra s’impose son chef de file insulaire, le député-maire de Porto-Vecchio devra compter sur la présence d’au moins trois autres listes : celle de l’UMP José Rossi, le président de l’Assemblée territoriale sortante ; celle de Jérôme Polverini, seul partisan à droite du "non" au référendum du 6 juillet dernier sur la création d’un collectivité unique en Corse ; et celle de Philippe Ceccaldi, soutenu il y a six ans par Charles Pasqua. Même cacophonie au sein de l’UDF. La nomination -contre toute attente- de Marie-Louis Ottavi par François Bayrou comme chef de file provoque l’ire du leader local des centristes. Et si Paris ne revient pas sur ce choix, Claude Fory menace de présenter une liste de dissidence.

Pour autant, l’éclatement du camp libéral ne devrait pas profiter à la gauche, elle aussi en proie aux divisions. Malgré l’absence d’investiture de son parti, le PRG Emile Zuccarelli a annoncé son intention de partir à la bataille. Le député-maire de Bastia aura sur sa route une autre tête de liste radicale de gauche en la personne de Paul Giacobbi, qui n’a pas non plus reçu la caution des instances nationales. Déjà perceptible à l’occasion du processus de Matignon, la brouille entre les deux hommes s’est accentuée lors de la consultation populaire de l’été dernier. "Républicain" pur et dur, Zuccarelli avait été le champion de l’opposition à toute évolution vers un nouveau statut spécial pour la Corse. De son côté, le député de Haute-Corse, qualifié d’"évolutionniste" sur l’échiquier politique insulaire, était le plus fervent partisan du "oui". Les deux hommes n’ont pas à redouter la concurrence du Parti socialiste, toujours en-deçà des 5% des suffrages sur l’île, ni celle des communistes, présentent une liste "ouverte" et se hissent péniblement au-dessus de ce chiffre. Il leur faudra, en revanche, compter sur une liste autonome des Verts.

En terre de mission sur l’Ile de Beauté, le Front national entend bien profiter de l’autre exception corse : la particularité du mode de scrutin. Et surtout le seuil de qualification pour le second tour. Alors que la loi du 11 avril 2003 le porte à 10% des suffrages exprimés sur l’ensemble du territoire, ce seuil reste inchangé à 5% sur l’île. Le parti d’extrême droite, qui n’avait pas franchi la barre des 5% en 1998, mise sur deux atouts pour tenter d’intégrer l’institution régionale: les 20% obtenus par Jean-Marie Le Pen au second tour de la dernière présidentielle, mais aussi sur les origines corses de sa tête de liste, Olivier Martinelli.

La Corse, qui obéit aux règles édictées par le statut particulier de 1991, voit ses conseillers régionaux élus pour six ans au scrutin de liste proportionnel à deux tours dans le cadre d’une circonscription unique. Autre dérogation importante : la prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête. Alors que sur le continent, la formation qui remporte la majorité des suffrages se voit d’office accorder 25% des sièges, cette prime est moindre sur l’île : 5,9% seulement, soit trois sièges sur 51. Résultat : moins d’élus pour la liste majoritaire, et le risque d’une plus grande instabilité.

Par Loïc Farge (RTL.fr) le 04 février 2004 à 18:09
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