© INTERNEEn 1998, Jean-François Humbert, UDF discret, faisait la une des journaux: contrairement à d'autres, notamment son voisin bourguignon Jean-Pierre Soisson, il a refusé les voix du Front national (9 élus contre 17 à droite et 17 à gauche) pour être élu à la tête de la région. Celui que la droite avait choisi comme chef de file sans grande conviction l'a finalement emporté dans une région qui étaient pourtant celle de ténors de la gauche plurielle, Dominique Voynet, Pierre Moscovici, Jean-Pierre Chevènement. Jean-François Humbert, qui a depuis reçu la Légion d'honneur et a été élu sénateur du Doubs, est candidat à sa succession à la tête d'une liste UMP. L'UDF se présente seule au premier tour, derrière Gérard Faivre, directeur de l'Agence de Développement pour l'Emploi et l'Insertion.
Mais c'est à gauche, que les divisions sont les plus flagrantes. Raymond Forni conduit la liste socialiste. Pur produit du modèle républicain, ce fils d'immigrés italiens, ancien ouvrier chez Peugeot devenu avocat, est passé de l'hôtel de Lassay -comme président de l'Assemblée nationale de 2000 à 2002- à l'hôtel de ville de Delle, commune du Territoire de Belfort de quelque 7.000 habitants. Elu au Palais Bourbon à 32 ans, il assure qu'être maire, "à l'inverse de député, c'est concret" et dit vouloir "faire la même chose à l'échelle de la région". Pour y arriver, il a rallié les Verts. Mais pas les chevènementistes : dès décembre, Raymond Forni a expliqué que les divergences "sur le diagnostic" des difficultés de la région étaient trop fortes pour s'allier avec le Mouvement républicain et citoyen (MRC). La rupture est depuis longtemps consommée entre Forni et Chevènement.
Les communistes ont choisi leur camp: fin janvier, les militants ont voté à la quasi-unanimité contre l'union au premier tour avec la liste Forni et à une petit majorité l'alliance avec le MRC. Un communiste devrait conduire la liste. Jean-Pierre Chevènement a expliqué que la tête de liste ne l'intéressait que s'il pouvait être président.
Il y aura donc trois listes à gauche puisqu'il faut ajouter l'alliance LO/LCR conduite par Christian Driano. L'extrême gauche peut espérer un bon résultat puisqu'elle a dépassé ses scores nationaux aux régionales de 1992 et 1998. Dans la région, celle de Dominique Voynet (Jura) et de Jean-Pierre Chevènement (Belfort), les écologistes et les "républicains" restent influents même s'ils perdent du terrain. Aux législatives de 2002, la gauche n'a pu sauver que le siège de Paulette Guinchard-Kunstler, qui fut ministre du gouvernement Jospin (sur 9 députés sortants). Mais aux régionales de 1998 comme pour la présidentielle, gauche et droite était au coude à coude. C'est donc de nouveau le Front National qui pourrait jouer les arbitres. Il obtient dans la région des scores supérieurs à sa moyenne nationale et Jean-Marie Le Pen est arrivé en tête de la présidentielle dans les quatre départements, avec plus de 20%. Il a choisi Sophie Montel, 33 ans, proche de Marine Le Pen, pour conduire une liste qu'il compte bien maintenir au second tour.
Photo : les Eurockéennes de Belfort en juillet 2001 (AFP)
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