© INTERNEPour le PS, le Languedoc-Roussillon fait partie des régions "gagnables". A l'exception de la Lozère, ses départements (Aude, Gard, Hérault et Pyrénées-Atlantiques) votent historiquement à gauche (Léon Blum était élu à Narbonne). Et si la gauche, confrontée à la montée du Front National, a reculé au fil des élections, elle a obtenu la majorité lors des régionales de 1998 (31 élus gauche plurielle contre 21 RPR/UDF, 1 divers droite et 1 chasseur). Jacques Blanc n'a été réélu président de la région que grâce aux voix du FN et de ses 13 élus.
Battu en 1998, Georges Frêche, 65 ans, compte prendre sa revanche. Après plus de trente ans de vie politique locale et un cinquième mandat de maire de Montpellier, le socialiste, joue gros. Il doit faire oublier sa sévère défaite aux législatives de juin 2002. Un nouveau désaveu aurait du mal à passer au PS, d'autant que Frêche ne manque pas une occasion de s'opposer aux dirigeants de son parti. Au début de sa campagne, il a ainsi prévenu qu'il n'avait pas besoin des "soi-disant ténors nationaux": "ce ne sont pas des locomotives mais plutôt des teuf-teuf".
Autonomie vis-à-vis de Paris mais union toute au niveau régional. Georges Frêche conduit une liste PS-PCF-Verts-PRG baptisée "Union toute". Les Verts ont décidé fin novembre à une courte majorité de rejoindre les socialistes. Les communistes ont fait de même début décembre. Leur chef de file, Jean-Claude Gayssot, ancien ministre du gouvernement "gauche plurielle" de Jospin, figure en deuxième position dans l'Hérault. Le maire de Montpellier voulait même aller plus loin: contrairement aux consignes des instances nationales du PS, il prônait l'alliance avec une extrême gauche qu'il juge "nécessaire" et lui a proposé des places sur ses listes. Refus de David Hermet qui conduit la liste LO/LCR: ce prof d'histoire-géo membre de la Ligue communiste révolutionnaire estime que si le discours de Frêche "est devenu plus à gauche que celui des autres dirigeants socialistes, sa politique est la même".
Union à gauche, divisions à droite. Exclu de l'UDF en 1998 après son élection grâce aux FN, Jacques Blanc, 64 ans, conduit cette fois la liste UMP. Comme son adversaire socialiste, Jacques Blanc s'en prend aux "diktats parisiens". En lançant à la mi-janvier à Rouffiac-des-Corbières, une campagne axée sur l'aménagement du territoire, le sénateur de Lozère a présenté sa liste comme issue "de la réalité du terroir". Une liste "Union pour le Languedoc-Roussillon" qui n'a d'union que le nom. L'UDF a, en effet, décidé de se présenter seul au premier tour derrière l'homme d'affaires Marc Dufour. L'ancien patron d'Air Littoral affiche sa volonté d'en "finir avec cette culture de l'affrontement qui dure depuis 20 ans" et qui fait que la région "a laissé passer le train du développement". Un troisième homme pour la troisième voix chère à Bayrou.
Face à la droite modérée, l'extrême droite a choisi la stratégie de la rupture. Fini le temps des alliances : les élus frontistes qui ne participaient pas à l'exécutif régional mais le soutenaient ont ainsi refusé de voter le dernier budget de Jacques Blanc. La tête de liste du FN, Alain Jamet ne veut plus se contenter du rôle d'arbitre: conseiller régional depuis 1986, âgé de 69 ans, il assure qu'il peut "arriver en tête dès le 1er tour" et gagner le second. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait frôlé les 22,5% des voix, soit 5 points de mieux que le score du FN aux dernières régionales (17,4%). Le MNR se présente aussi, derrière Elisabeth Pascal.
Photo : Georges Frêche (AFP)
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