© INTERNEDans les Pays-de-la-Loire, le sénateur centriste Jean Arthuis a refusé l’appel du pied que lui lançait désespérément François Fillon, tête de ligne UMP. En fait, l’ancien ministre UDF de l’Economie d’Edouard Balladur était pris entre deux feux : soit se soumettre aveuglément à la ligne directrice de l’autonomie dictée par l’état-major parisien ; soit rompre avec la stratégie de François Bayrou et répondre aux sirènes de l’UMP. Le lancement de sa campagne officielle, fin janvier, avait valeur de réponse. Les chefs de files départementaux aux côtés de Jean Arthuis seront Christian Gillet dans le Maine-et-Loire, Armelle Leroi dans la Sarthe, Michèle Peltan en Vendée, et le sénateur François Zocchetto dans la Mayenne.
Pour l’appâter, François Fillon avait pourtant promis aux centristes un tiers des places sur la liste d’union. "C'est au premier tour que se fait l'union, une union franche et véritable fondée sur une vraie relation de confiance et la volonté de travailler à nouveau ensemble au service des habitants de notre région", ne cessait de clamer l’actuel ministre des Affaires sociales à l’attention de Jean Arthuis. Fillon a regretté que l'UDF "ait voulu vivre sa vie au premier tour", qui plus est "pour des raisons bien peu régionales". Reste que l’UMP semble en position de force dans cette région où le gaullisme a pris, voici quarante ans, l’ascendant sur la démocratie chrétienne et le centrisme. Elle s'est fixé pour objectif de réduire de deux points le taux de chômage dans la région au cours de la prochaine mandature, mais aussi de doubler le nombre de chercheurs, ou encore d'accélérer le développement touristique.
Les souverainistes avec Fillon
Sans attendre une réponse de Jean Arthuis, François Fillon avait signé fin décembre un accord avec le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. Déjà membres à part entière de la majorité régionale, les souverainistes du MPF comptent cinq élus dans l’assemblée sortante. Ils espèrent obtenir entre cinq et sept postes de conseillers régionaux en cas de victoire.
D’habitude si prompts à s’agiter à Paris, ces ténors politiques s’attachent, sur cette terre où règne la France tranquille, à présenter le visage de l’unité pour la défense de la région. François Fillon a d’ores et déjà prévenu qu’en cas de victoire, il laisserait le fauteuil de président à Jean-Luc Harousseau, son successeur à la tête du conseil général de Vendée. Comme il l’avait déjà fait lors de son entrée au gouvernement, en juin 2002.
A noter aussi la présence d'une liste Energie Démocrates. Le parti du député Christian Blanc (app. UDF/Yvelines), ex-PDG de la RATP et d'Air France, présente sa liste dans cette région. "Nous souhaitons faire connaître notre façon de faire de la politique, et nous avons choisi cette région parce que les extrêmes n'y sont pas menaçants", a justifié le secrétaire national Jean-Yves Delaune
Gauche plurielle
De son côté, la gauche avance à pas feutrés dans une région où, de longue date, elle suscite au mieux de la méfiance, au pire un rejet. Seuls terrains où elle semble solidement installée : la Loire-Atlantique dans la zone industrielle autour de l’embouchure de la Loire, et partiellement la Sarthe, principalement au Mans. Le maire socialiste de La Roche-sur-Yon, Jacques Auxiette, sera tête d’une liste d’alliance PS-PC-Verts-MRG-AGR. L’union dès le premier tour relève avant tout du réalisme électoral. Notamment dans le camp du PC, qui avait déjà concouru au sein des listes de la Gauche plurielle il y a six ans. Les communistes se sont vus réserver cette fois quatre places éligibles par les socialistes. Même stratégie du côté des Verts, qui ont opté à la mi-décembre pour une union avec le PS. Conditions imposée par les écologistes au PS: une place de plus en position charnière dans la liste, et des éléments de programme concernant la politique énergétique et l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce dernier projet, évoqué depuis 1971, vise à palier la saturation de l’aéroport de Nantes-Atlantique.
Parmi les priorités de Jacques Auxiette: l'emploi, la solidarité, l'environnement, la démocratie territoriale et de proximité. Sa liste de gauche propose "la gratuité des livres dans les lycées, des emplois jeunes régionaux et le conditionnement des aides publiques aux entreprises à une obligation de reclassement des salariés", mais aussi "une aide spécifique à l'installation des jeunes agriculteurs, la création d'un établissement foncier régional pour favoriser le logement social et un appui aux transports collectifs".
Il faudra pourtant compter sur la présence d’une liste d’union LO-LCR, emmenée par le conseiller sarthois Lutte ouvrière Yves Cheere. L’extrême gauche, qui n’a qu’un élu dans l’hémicycle nantais, espère surfer sur ses bons résultats de la présidentielle 2002.
Dure mission pour Le Pen
Si le vote de la droite modérée est légèrement érodé par l’électorat du Front national, le parti de Jean-Marie Le Pen ne trouve pas dans la région un terreau favorable à ses idées. Le FN obtient non seulement des résultats inférieurs à ses moyennes nationales (8,8% en 1998, au lieu de 15,3% lors du dernier scrutin régional), mais en plus, il connaît une progression nettement moins régulière que dans la plupart des autres régions. La partie est donc loin d’être gagnée pour son candidat local, Samuel Maréchal -le propre gendre du chef frontiste-, qui devra également affronter la liste MNR d’Arnaud de Périer.
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