© ManreoC’est un symbole fort dans la seule région dirigée par les centristes : alors que leurs familles politiques respectives se déchirent ailleurs, Anne-Marie Comparini, la présidente UDF sortante, et Hervé Gaymard, le ministre de l’Agriculture et chef de file UMP aux régionales, sont parvenus à la mi-janvier à un accord sur la constitution d’une liste d’union au premier tour.
C’est donc l’ancienne assistante parlementaire de Raymond Barre -et proche de François Bayrou- qui sera tête de liste. Obtenue au terme de longues tractations, cette entente de raison réserve 45% des places pour l'UDF et 55% pour l'UMP. Pourtant, sur les 95 premiers candidats, cette répartition est de 40% des positions éligibles aux centristes et 60% à l’UMP. Jusque-là, Anne-Marie Comparini exigeait 50% des places. L’ancien député de Savoie n’était disposé qu’à lui en accorder 25%
Gaymard laisse la place
De son propre aveux, Hervé Gaymard ne souhaitait pas conduire une liste UMP autonome à l’occasion de ce scrutin. Raison invoquée : il n’a pas de vue pour l’instant sur la tête de l’exécutif local, puisqu’il souhaite rester au gouvernement. Autre argument de poids en faveur de l’union : les deux partis voulaient éviter de revivre la crise Millon de 1998.
A cette époque, l’ex-ministre de la Défense UDF était parvenu à la présidence de la région grâce au soutien des voix du Front national. L’année suivante, son élection avait été invalidée par le Conseil d’Etat. Anne-Marie Comparini avait alors pris la tête de l’exécutif local, soutenue par l’opposition PS-PC-Verts. Les deux nouveaux alliés l’ont bien compris : une primaire entre leurs deux formations aurait été suicidaire. D’autant plus que la Gauche et le Front national pourraient bien provoquer une triangulaire au second tour.
Dans le contexte actuel, la tâche du candidat socialiste Jean-Jack Queyranne s’annonce plus compliquée, la menace du FN ayant grandement favorisé la réconciliation de l’UMP et de l’UDF. Celui qui conduite la liste "Rhône-Alpes pour tous avec la Gauche" ne désespère pourtant pas de voir basculer la région dans son camp, dans la foulée de la conquête de la mairie de Lyon en 2001. Une éventualité que vient appuyer l'accord signé fin janvier entre le PS et le Parti radical de gauche (PRG) pour la constitution de "listes de rassemblement". Cette entente fait suite à l'alliance déjà conclue entre socialistes et communistes. Mais les Verts pourraient briser cet élan.
Dans la deuxième région verte nombre de militants -derrière l'Ile-de-France-, des adhérents écologistes ont demandé fin janvier que soit lancé un "référendum d'initiative militante" sur la stratégie électorale. Ils s’étaient prononcés en septembre dernier pour une liste autonome, avec comme tête de liste Gérard Leras, un opposant à l’union au premier tour. Mais certains élus régionaux et des militants penchent pour une alliance dès le 21 mars. Une alliance que Jean-Jack Queyranne a lui aussi appelé des vœux, allant jusqu’à vanter l’exemple de la Droite locale pour convertir les Verts à l’union. Il leur a même promis de leur offrir un quart des sièges en cas de victoire. La présence d’une liste d’alliance LO-LCR, emmenée par Roseline Vachetta, ajoute sa note à la cacophonie.
De son côté, le Front national avance confiant dans l’un des ses plus solides bastions. Son candidat Bruno Gollnisch, qui avait semé la zizanie voici six ans, caresse cette fois-ci l’espoir d’emporter la région à la faveur d’une triangulaire. Son premier objectif : doubler le nombre des conseillers régionaux du FN. Le numéro 2 du parti lepéniste peut franchir la barre des 20%. Pour cela, il devra élargir son audience en Ardèche et dans les deux départements savoyards.
Certes, le Front national se vante d’être arrivé en tête du premier tour de la présidentielle de 2002 dans sept des huit départements de la région. Mais il ne compte plus que quinze élus. Et son score de 1998 (19%) était bien loin de ceux de la Gauche (34%) et de la Droite (37%).
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