© INTERNEPour la gauche, le dimanche 28 mars est à marquer d'une pierre blanche. En offrant un nouveau paysage politique à la France, il aura permis d'effacer la cuisante défaite du 21 avril. La majorité UMP-UDF a subi une débâcle lors de ce second tour où les électeurs se sont fait plus nombreux que le 21 mars.
Ainsi, le taux d'abstention, qui était de 37,9% au premier tour, est tombé hier à 34,21%. Cette plus forte mobilisation semble avoir directement profité à la gauche qui passe la barre des 50% des voix (+6 par rapport au premier tour), contre 37% à la droite (+3) et 12,5% au Front national (-2,5). Désormais, la gauche, qui détenait 8 des 22 régions
métropolitaines, en prend au moins 12 à la droite, assurée seulement de diriger l'Alsace.Incertitude en Corse, la Guadeloupe à gauche
Le sort de la Corse, où la gauche est majoritaire en voix, restait incertain. La rivalité farouche qui oppose les "frères-ennemis" du PRG Emile Zuccarelli et Paul Giacobbi risque de faire capoter une alternance historique dans une région depuis toujours dirigée par la droite.
En outre-mer, la présidente sortante du Conseil régional de la Guadeloupe, l'UMP Lucette Michaux-Chevry a reconnu dimanche soir sa défaite. A la Réunion, la liste de gauche conduite par Paul Vergès (PCR), baptisée Alliance, a décroché dimanche la majorité absolue des sièges. En guyane, la liste du parti socialiste guyanais (PSG) conduite par le président de Région sortant, Antoine Karam, est également arrivée en tête avec 37,6% des voix. La Martinique reste quant à elle aux mains des indépendantistes, emmenés par Alfred Marie-Jeanne.
Sévère défaite pour Robien, Fillon et VGE
Symbole de cette situation, le Poitou-Charentes, fief du Premier ministre, où Ségolène Royal (PS) obtient 55,10% des suffrages, soit 20 points d'avance sur Elisabeth Morin (UMP), successeur de J.P Raffarin à la Région. Autre victime de ce raz-de-marée, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing (UMP), battu de 5 points en Auvergne (52,65% contre 47,3%) par Pierre-Joël Bonté (PS). Défaite cuisante aussi dans les Pays-de-la-Loire où le ministre des Affaires sociales François Fillon a été sévèrement battu, reconnaissant lui-même que cette défaite représentait "un 21 avril à l'envers". En Picardie, la chute est sévère pour le ministre UDF Gilles de Robien, qui ne recueille que 35,94 % des voix contre 45,39 % à la liste du PS Claude Gewerc.
La droite perd deux autres bastions, la Bretagne, où le président sortant Josselin de Rohan (UMP) est largement devancé par Jean-Yves Le Drian (58% contre 42%), et la Franche-Comté, où Raymond Forni (PS) devance de 12 points Jean-François Humbert (UMP). Elu en 1998 avec les voix du Front national, Jacques Blanc (UMP) est battu de 15 points en Languedoc-Roussillon par le maire PS de Montpellier, Georges Frêche. Dans ce contexte, la gauche conserve aisément les huit régions qu'elle détenait déjà, dont l'Ile-de-France, où Jean-Paul Huchon (PS) devance le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé (UMP) de plus de 8 points. Dans la région PACA, le président sortant PS Michel Vauzelle devance de 11 points le secrétaire d'Etat UMP Renaud Muselier. Même cas de figure en Aquitaine et le Nord-Pas-de-Calais.
"Tirer les conséquences" de la défaite
Venant moins de deux ans après ses victoires massives de 2002, l'échec de la droite place le président Jacques Chirac dans une position difficile. Pour le premier secrétaire du PS François Hollande, le chef de l'Etat a été "directement mis en cause par le scrutin". "C'est lui qui a fait les choix, c'est lui qui a choisi Jean-Pierre Raffarin, c'est lui qui a choisi la politique qui est menée depuis deux ans, c'est donc lui qui est sanctionné à travers le vote des Français", a-t-il déclaré lundi sur RTL. L'incertitude règne donc plus que jamais sur l'ampleur du remaniement ministériel à venir et sur le possible départ de Jean-Pierre Raffarin de Matignon.
Ce dernier, tout en affirmant, au vu des résultats, que "des changements s'imposent certainement", avec notamment "une action plus juste", n'a en aucune manière laissé entendre dimanche soir que ses jours étaient comptés à Matignon. François Fillon, possible Premier ministrable, comme le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a rapidement reconnu que le gouvernement et la majorité de droite avaient subi une "défaite extrêmement grave (...), une sorte de 21 avril à l'envers".
Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui fait figure, selon les sondages, de favori pour une éventuelle succession de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, a appelé, dans une déclaration sobre, la majorité à "tirer les conséquences" de sa défaite à un scrutin local, "qui n'en a pas moins une dimension politique".
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