Marine Le Pen, candidate tout sourire

Par , le 16 mars 2004 à 14h02 , mis à jour le 17 mars 2004 à 11h26

Marine Le Pen a voulu lancer mardi depuis Neuilly un appel aux électeurs de Nicolas Sarkozy, lequel a fait campagne sur les terres du FN. "Qu'ils se détournent de cette pâle copie défectueuse de Jean-Marie Le Pen" a-t-elle exhorté.

Marine campagne © INTERNE

La réponse de la bergère au berger. Son sourire en bandoulière, Marine Le Pen continue de faire campagne, imperturbablement, comme si son énergie allait se transmettre naturellement aux gens qu'elle croise sur les marchés et se transformer en bulletins de vote dimanche prochain. "C'est vrai qu'elle est sympathique" lance ce boucher du marché couvert de Neuilly en ce mardi printanier. Accompagnée d'une poignée de militants des Hauts-de-Seine, la candidate du FN en Ile-de-France s'est invitée dans le fief de Nicolas Sarkozy.

"Puisque Sarkozy a cru bon de lancer à Orange un appel à nos électeurs, moi je suis venu lancer un appel aux siens, à tous ces électeurs qui observent la manière dont il a créé le Conseil Français du Culte Musulman et officialisé des groupes d'islamistes radicaux qui demain auront peut-être une responsabilité dans la mise en danger de la population française. Les électeurs de cet homme qui a fait disparaître la double peine en permettant aux criminels et aux récidivistes de rester dans notre pays, je les comprends. Je comprends qu'ils soient déçus par cette politique et je leur dis qu'il faut qu'ils se détournent de cette pâle copie défectueuse de Jean-Marie Le Pen".

La fille n'oublie pas de citer son père, de temps à autre, même si son accueil dans les rues contraste avec les incidents qui ont souvent émaillé les déplacements de Jean-Marie Le Pen. "C'est vrai que le climat a changé" se réjouit un militant, trentenaire, tout comme la tête de liste qui aime à s'entourer de gens jeunes. Sourire et montrer un autre visage du Front National semble un leitmotiv. "Notre objectif est d'enfin expliquer que l'on peut représenter une alternative sérieuse et crédible et de ne plus seulement attirer un vote protestataire. Mais même pour nous, c'est dur de mobiliser, car les gens sont vraiment dégoûtés."

"C'est elle qui vient vous prendre le bras"

Ce dégoût et ce désintérêt, ils sont palpables dans les travées du marché couvert où Marine Le Pen vient de serrer quelques mains, au pas de charge et entourée de trois équipes de télévision dont des Autrichiens qui lui consacrent un portrait. Les commerçants sont polis avec la candidate mais indifférents. "Vous êtes aussi mignonne sur le tract qu'en vrai" lui lance quand même tout sourire un poissonnier. Lui serrer la main lui pose-t-il un problème ? "C'est elle qui vient vous prendre le bras, réagit-il. Elle fait bien son boulot. Mais les idées, c'est autre chose. Je ne suis pas ici pour parler politique mais pour vendre mes poissons". "Tous les mêmes, tous des magouilleurs" glisse une autre commerçante jusque-là silencieuse; "si j'étais pas sur mon lieu de travail, je vous parlerai de ma colère".

Interrogée un peu plus tard sur l'atonie de la campagne, Marine Le Pen n'est pas étonnée : "je peux comprendre les électeurs qui se disent "rien ne change jamais avec une classe politique qui est corrompue". Or, à ceux-là, on offre une autre possibilité que de voter pour "l'UMPS", ils peuvent voter pour des gens qui ont réellement des solutions à apporter".

Quant à ses adversaires de droite UMP et UDF, ils jouent, selon elle, à "je t'aime moi non plus car ils ont déjà prévu de faire alliance au second tour". Jean-François Copé fait l'objet d'une attention particulière : "il est la quintessence de tout ce que les Français ne veulent plus en politique. Sur sa liste, on trouve un nombre impressionnant de gens mis en examen, notamment dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France. Copé, c'est la langue de bois, le mensonge et les promesses non tenues." 

Au programme de Marine Le Pen le soir, un meeting à Paris avec son père, avec un rassemblement du MRAP en guise d'accueil. "La dédiabolisation prend du temps" estime une militante de la première heure. Malgré le sourire de Marine Le Pen.

Photo (archives) : Marine Le Pen en campagne à Marseille (AFP) 


En meeting mardi soir à Paris, Jean-Marie Le Pen a affirmé que son parti serait "deuxième" aux élections régionales, en critiquant les sondages électoraux qui, selon lui, minimisent les résultats que le FN peut obtenir. Il s'exprimait après une allocution de sa fille Marine, chef de file du FN pour l'Ile-de-France, devant 2.000 personnes. "En PACA, ils sont tellement sûrs de gagner qu'ils ont fait venir le diable et son train", a-t-il déclaré après les déplacements électoraux de Nicolas Sarkozy et de Jean-Pierre Raffarin. Le président du FN a évoqué les attentats de Madrid. "Ces tragiques événements constituent un solennel avertissement pour la France, le plus vulnérable des pays d'Europe" en raison de la "folle politique d'immigration menée depuis trente ans", a-t-il déclaré.

Par Renaud Pila le 16 mars 2004 à 14:02
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