© INTERNE"C'est la dernière fois qu'on vous fait confiance; la prochaine fois, on vote FN". Ils sont très nombreux les députés à avoir entendu cette menace lors des législatives de 2002. Mais peu l'ont intégrée, à droite comme à gauche. Et le vote sanction infligée à la plupart des ténors de la majorité dimanche est venu rappeler le désenchantement des Français pour leur classe politique.
Pourtant, dans ce paysage politique morose, une femme est parvenue à retenir l'attention des commentateurs, pourtant blasés par des combats politiques qui n'intéressent plus. Et ce n'est pas tant son score que son style qui réveille. Avec plus de 46% des voix dès le premier tour, Ségolène Royal a pourtant créé la surprise dimanche soir dans la Charente de Jean-Pierre Raffarin. "Ce score très élevé me donne une lourde responsabilité, il faudra être à la hauteur de la parole qui a été donnée et reçue". Ainsi réagit l’ex-ministre socialiste. Le ton est nouveau, l'attitude mesurée. Comme si la compagne de François Hollande avait compris que l'humilité était une vertu trop longtemps délaissée par les hommes politiques.
Retrouver la confiance des électeurs, c'est d'abord les respecter, clame-t-elle depuis des semaines sur les marchés ou les plateaux de télévision qu'elle a d'ailleurs peu fréquenté, préférant le terrain et l'écoute des citoyens. "J’ai rencontré 50 000 personnes au moins, dit-elle. Quand on écoute les gens, c’est dur, on est épuisé, mais on en ressort tellement enrichi". Etre à l'écoute et non plus faire campagne comme avant, entre politiques, en vas clos. Ainsi Ségolène Royal a-t-elle choisi de ne pas faire appel aux leaders du PS pour les éternels meetings de campagne. Stratégie personnelle de proximité pour une candidate qui jure que son ambition se limite à la région.
Mais la prise de ce fief est déjà tout un programme. Car pour la région, elle défend une méthode de gouvernement : la gestion participative, rapportée de Porto Alegre. Elle confiera à la société civile 10% du budget, promet-elle. Pour concocter son programme, elle a multiplié les réunions et les forums où les gens peuvent exprimer leurs déceptions et leurs désirs. Avec en tête un leitmotiv : ne pas ressusciter dans l'opinion l'impression que les socialistes seraient coupés du peuple. Retrouvant les accents d'un Mitterrand qui l'a lancée dans le combat politique à trente ans, elle se montre consciente de l'urgence du combat.
Ainsi déclare-t-elle que sa première démarche, si elle est élue "consistera à retourner sur tous les bassins d'emploi où elle a rencontré des salariés menacés ou souffrant déjà de licenciement, pour demander à chaque endroit du territoire fragilisé des comptes aux chefs d'entreprise qui ont reçu des aides de la région". C'est l'une des leçons du 21 avril pour Ségolène Royal : chaque geste compte car "les électeurs sont intelligents. Ils observent les écarts entre les discours et les actes." La sincérité est au coeur du combat politique de Ségolène Royal.
Et le combat, elle aime ça, à l'instar d'un Nicolas Sarkozy. Elle est "brillante et féminine", dit d'elle l'épouse du ministre de l'Intérieur.
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