Le vote électronique est-il prêt ?

Par Christophe ABRIC, le 19 mars 2004 à 18h43 , mis à jour le 19 mars 2004 à 11h05

Dimanche, les électeurs de Brest pourront voter à l'aide d'une machine électronique. Le procédé, agréé par le ministère de l'Intérieur, reste pourtant critiqué.

Machine à Voter © INTERNE

La ville de Brest est fière d'être pionnière dans un domaine qui fait fantasmer depuis quelques années déjà : le vote électronique. "Nous réfléchissons à un système depuis 1988", explique-t-on à la mairie. "A l'époque, 14 villes étaient intéressées, mais seule Brest a été persévérante" : cette année, elle sera la première municipalité française à faire voter ses habitants, pour les deux scrutins des élections régionales, sur des machines à voter électroniques.

"Réactions positives"

Le dispositif, annoncé à la mi-février par la mairie, a depuis été testé pendant 15 jours par plus de 7.000 habitants. "Les réactions sont très positives", se satisfait la responsable de l'opération : "des habitants ont pu tester les bornes dans les centres commerciaux, les salles de la municipalité, les maisons de retraite". Des bornes électroniques, ou "machines à voter" remplaceront donc les urnes traditionnelles dans les 80 bureaux de vote de la ville.

La mise en place d'un tel système n'est pas sans susciter le scepticisme de certains. Il faut dire que l'histoire du vote électronique est entachée par les nombreux manquements des différents dispositifs mis en place aux Etats-Unis, le plus notoire restant l'épisode de la Floride qui a semé le doute lors des présidentielles américaines de 2002.

Les doutes persistent

Le site Padawan/Info s'insurge ainsi, dans un article très documenté, contre la mise en place de machines à voter en France. Evoquant un "scandale", il cite les nombreux doutes qui restent concernant cette nouvelle façon de voter. Outre les exemples américains, il cite ainsi plusieurs études qui ont mis en doute la fiabilité de la machine adoptée par la ville de Brest et fabriquée par la société néerlandaise Nedap.

A cela, la mairie de Brest répond que la machine a été "agréée par le ministère de l'Intérieur". Yannick Blanc, sous-directeur des affaires politiques au ministère, s'est chargé d'agréer la machine. "Nous avons élaboré en 2003 une réglementation technique des machines à voter". Publiée au journal officiel, elle comporte 114 exigences à respecter. Le Bureau Veritas, un organisme d'inspection mandaté par le ministère a vérifié la compatibilité de la machine de Brest avec ces exigences. "On vérifie par exemple que chaque électeur ne peut voter qu'une fois, qu'il faut deux clefs pour ouvrir le scrutin, que la machine se bloque bien entre les votes de deux électeurs et que la machine n'est reliée à aucun réseau", explique Yannick Blanc.


30 villes pour les Européennes

Pour lui, les écueils américains ne doivent pas effrayer : "les Etats-Unis n'ont pas eu de procédure centralisée, ni de cadre législatif fédéral pour ces machines avant 2002". Il comprend cependant que ce système "engendre des protestations : "la performance d'un système électoral repose sur la confiance. Changer leurs habitudes rend les électeurs d'autant plus exigeants". Padawan/Info déclare refuser ce système "tant qu’on ne m’aura pas prouvé [qu'il] offre une meilleure garantie d’intégrité des votes que le système actuel". Aura-t-il le choix ? Pour les élections européennes, 30 agglomérations françaises prévoient de passer au vote électronique.

Par Christophe ABRIC le 19 mars 2004 à 18:43
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