Image d'archives © LCILCI.fr : Plusieurs articles du projet de loi sont dans votre collimateur et notamment ceux qui prévoient la création d'un fichier national des patients ayant été hospitalisés d'office en psychiatrie...
Eric Malapert, président du syndicat des psychiatres d'exercice public (SPEP) : Oui parce que créer un tel fichier reviendrait à cataloguer toute une partie de la population, cela créerait un amalgame entre troubles mentaux et délinquance. Or, il n'y a pas d'étude qui tend à prouver qu'il y a plus de délinquance ou de criminalité chez les personnes en psychiatrie. Effectivement, certains patients peuvent présenter une certaine dangerosité mais ils sont vraiment très minoritaires. Un tel fichier serait inacceptable pour nous comme pour les familles de malades.
LCI.fr : Vous pointez aussi du doigt le problème du secret médical
E.M. : Le projet de loi prévoit une extension des dérogations pour accéder au dossier médical d'un patient en psychiatrie. Cette extension est éthiquement très discutable. En psychiatrie, on collecte des données très personnelles. Sachant cela, les patients risquent de ne plus nous faire confiance, de ne plus se livrer par peur que leurs secrets ne soient dévoilés. Cela remettrait aussi en cause l'efficacité de la thérapie. Rappelons que le secret médical est là pour protéger le patient, pas le médecin.
LCI.fr : Un des articles élargit le pouvoir des maires en matière d'hospitalisation d'office. En quoi cela pose-t-il problème ?
E.M. : Le maire se retrouverait dans une situation de surveillance, ce n'est pas du tout son rôle. Imaginez par exemple la défiance dans les villages !
LCI.fr : Pour vous, ce projet tire vers le "tout sécuritaire"
E.M. : Oui, il place sous l'angle du "délit" l'ensemble du système ; l'équilibre nécessaire entre trois composantes essentielles "soin, liberté, sécurité" est rompu parce que tout vient du ministère de l'Intérieur. Il n'y a pas eu concertation avec les acteurs de la Santé or, la loi de 1990, qui encadre le système de soins, devait faire l'objet d'une grande consultation en vue de sa rénovation. Nous sommes favorables à une réforme de cette loi mais dans le cadre d'une large concertation. Pour le moment, nous réclamons le retrait de ces mesures et nous sommes prêts à faire la grève. Ce ne sont pas des "polémiques corporatistes", comme le dit Nicolas Sarkozy, il s'agit de la défense des usages de la psychiatrie et de la possibilité de les soigner.
(Image d'archives/TF1/LCI)
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