L'e-militant, une main d'oeuvre bon marché

Par Par Axel CONSTANTINOFF, le 26 septembre 2007 à 16h50 , mis à jour le 27 septembre 2006 à 15h36

Les partis politiques ont maintenant compris que pour être entendus sur le net, il fallait compter sur la force de frappe que représentent les internautes militants.

Screenshots sites partis politiques © LCI

Pour la plupart des partis, finis les forums de discussion hébergés sur le site officiel, jugés archaïques et peu adaptés au web 2.0. Les "e-militants" arpentent désormais les blogs comme auparavant leurs aînés les marchés. "Regrouper des gens qui pensent la même chose n'a aucun intérêt", souligne Romain Létang, du Mouvement pour la France. "Nous envoyons nos argumentaires à nos militants, qui se chargent ensuite d'aller à la rencontre des Français sur les blogs ou les chats. Rester entre nous, ça ne nous intéresse pas".

L'UMP dispose d'une longueur d'avance avec la "cyber-fédération" UMP direct, qui regroupera prochainement des centaines de blogs de soutien à Nicolas Sarkozy, notamment issus de la communauté sarkozy.affinitiz.com. Cette plate-forme modérée et "chartée" servira de point de départ pour de véritables actions de promotion, lors desquelles des blogueurs transformés en "commerciaux de l'UMP" auront pour tâche d'aller convaincre les indécis, avec des objectifs en terme de "recrutement" de militants ou de sympathisants.

"Rester courtois"

En attendant la mise en place de cette armée du web, 25 blogueurs volontaires sont chargés de diffuser la "bonne parole", sans "aucune directive précise", mais "plutôt des consignes d'ordre général", souligne Thierry Solère, conseiller en charge des blogs à l'UMP. Sur le blog de la France-d'après, le blog "amiral" de l'UMP, l'adjoint au maire de Boulogne-Billancourt enjoint d'ailleurs les militants à ne pas reprendre la communication officielle du parti : "Soyez un éditeur de contenu : postez vos propres opinions et réactions aux propositions de Nicolas Sarkozy".

Même son de cloche du coté du Mouvement Pour la France. "Nous donnons une charte aux militants qui souhaitent nous aider", avance Romain Létang. "Les internautes sont invités à rester courtois avec ceux qui ne sont pas d'accord. Le but, c'est de mettre en avant nos idées, sans provocation gratuite et inutile". Et s'il n'existe pas encore de logique similaire au PS, au Front National, le militantisme sur le web est un peu plus encadré. Avec pour base argumentaire le programme politique, le parti demande à ses e-militants d'être "aussi courtois que précis", lors de leurs interventions sur les blogs ou les forums, les encourage à réagir à l'actualité en évitant "toute propagande politique directe" pour ne pas attirer l'attention des modérateurs chargés de filtrer les messages sur les forums.

La Ségopshère : plus de 485 comités 

L'UMP, le MPF ou encore le FN et les candidats à l'investiture PS ont bien intégré cette notion d'"e-militantisme", et proposent pêle-mêle affiches et tracts téléchargeables et imprimables, stickers, fonds d'écrans et logos aux couleurs du parti ou du candidat. Ainsi, l'"e-militant" dispose d'un attirail de poids pour mener de front son e-campagne sur les blogs.

La seule à n'avoir pas entièrement axé sa stratégie sur les blogs, c'est Ségolène Royal. La candidate mise sur le concept du "forum participatif", ou aspirateur d'idées. Sur "Désirs d'avenir", on peut laisser libre cours à ses idées. Les citoyens internautes sont considérés comme des "experts" a qui il est donné la possibilité de s'exprimer sur des "débats permanents" ou trois débats qui font l'actualité. Ainsi pour chaque sujet, de quinze à trente pages de messages sont publiés. Un bémol, pour l'internaute qui n'est pas particulièrement passionné, le concept devient rapidement rébarbatif.

Difficile de mesurer leur influence

La candidate compte néanmoins s'appuyer sur la blogosphère, ou plutôt la Ségosphère. Environ 485 comités locaux ont été crées depuis le lancement du concept "Désirs d'avenir". Le but de ces "laboratoires d'idées" : agir aussi bien sur internet que sur le terrain. La candidate les a d'ailleurs réunis le 19 septembre dernier à Bondy, pour leur fixer "leur feuille de route". Car ces comités pilotés, encadrés et donc surveillés, vont être chargés d'organiser des "débats participatifs" dans le monde entier (il existe un comité "Désirs d'avenir" à New York) autant que sur le web. Mais il n'est pour le moment pas demandé aux comités de Désirs d'avenir d'envahir les blogs ou les forums pour diffuser les idées de la candidate.

Les armées d'e-militants sont donc déjà entrées en campagne avec des stratégies souvent très proches. Elles pourraient jouer un rôle capital dans les mois qui viennent, mais les retombées sont pour le moment difficilement mesurables. Les premiers éléments de réponse seront connus dans quelques mois...

Le buzz politique, la puissance médiatique en temps réel

Qui va remporter la bataille de l'e-militantisme? Une seule manière de le savoir : le buzz, ou bouche à oreille. Le site buzz-blog.com mesure avec précisions les discussions  relatives aux candidats sur le web et effectue un classement hebdomadaire, sorte de sondage instantané qui n'évalue pas la popularité, mais la puissance médiatique des personnalités politiques sur internet. Les candidats sont des valeurs boursières, cotées à la hausse ou la baisse chaque semaine selon l'IBBP, l'Indice Buzz Blog Politique, qui représente la quantité moyenne de discussions dédiées à la politique sur le web francophone.

Par Par Axel CONSTANTINOFF le 26 septembre 2007 à 16:50
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