Patrick Devedjian sur LCI le 20 sept 2006 © LCILCI.fr : Que pensez-vous de la proposition de Ségolène Royal de créer des jurys de citoyens ?
Ce n'est pas une proposition réfléchie, comme beaucoup de propositions de Madame Royal. C'est le retour des "tricoteuses" de la Révolution française. A quoi vont servir ces jurys ? Soit ils vont être passifs, soit ils vont harceler leurs élus et se transformer en super-citoyens. Mais cette minorité activiste ne sera nullement un jury citoyen. Les citoyens jugent leurs élus au moment des élections.
LCI.fr : Comment jugez-vous la campagne interne de Ségolène Royal au PS ?
C'est un remarquable parcours d'esquive. Elle a su éviter tous les obstacles et tous les débats. A cet égard, le faux débat du PS est un exemple du genre Canada-dry. Cela s'appelle un débat, cela ressemble à un débat mais ce n'est pas un débat. Ce sont trois monologues parallèles qui amusent la galerie.
LCI.fr : Les élus décrivent la situation dans les banlieues comme explosive. Craignez-vous cette semaine un phénomène "d'anniversaire" ?
C'est une folie d'avoir organisé cette "commémoration" des émeutes. C'est vraiment un bon moyen d'en provoquer d'autres ! On voudrait encourager à la récidive que l'on ne s'y prendrait pas autrement...
LCI.fr : Qui a organisé cette "commémoration" ?
J'ai remarqué que la gauche soufflait sur les braises. C'est irresponsable. Elle s'imagine que plus il y aura d'insécurité, plus cela lui profitera. Elle se trompe car les Français font d'avantage confiance à la droite sur les questions de sécurité.
LCI.fr : La gauche dénonce avec virulence le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de violences urbaines. Les choses ont-elles réellement changé depuis 2002 ?
Jusqu'en 2002, on parlait des 400 cités de non-droit dans lesquelles la police ne mettait pas les pieds. Seule la police de proximité était visible, de 10h du matin à 17h. Elle était en contact avec les habitants des quartiers et tout semblait formidable mais cela ne servait à rien. En réalité, la délinquance était maîtresse du terrain et les réseaux mafieux dominaient ces quartiers.
A partir du moment où le ministre de l'Intérieur a créé les GIR avec une volonté de montrer que les lois de la République allaient s'appliquer partout, on a désorganisé le statu quo mafieux et l'économie souterraine. Aujourd'hui, la situation s'est améliorée. Mais les bandes mafieuses essaient de revenir à l'état antérieur et de repousser la police à l'extérieur de ces zones dont elles étaient devenues en quelque sorte "les propriétaires". Cette action des forces de l'ordre explique l'ébullition dans ces quartiers. Auparavant, c'était le calme de la tyrannie.
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