Des bénévoles de l'AGI-C incitent les passants à aller s'inscrire sur les listes électorales, le 20 novembre 2006 à Cergy © LCI.fr/N.C."C'est pour Ségolène ?" Raté. "Il y a de l'argent à gagner ?" Non plus. "Il y a mieux", affirme Bley Mokono. Le géant black tend ses dépliants et demande, innocemment : "Etes-vous inscrit sur les listes électorales ?" Cette question, le président et fondateur de l'AGI-C (Association intergénérationnelle d'initiative citoyenne) la posera toute la soirée. Et demain, et après-demain. Depuis le 15 novembre et jusqu'au 15 décembre, une "caravane civique" sillonne l'Ile-de-France à l'initiative de ce collectif apolitique rattaché à la Ligue de l'enseignement. L'opération, portée par des bénévoles, vise à encourager les jeunes et les moins jeunes à aller s'inscrire sur les listes électorales.
Selon une étude récente, menée par le club des élus "Allez France" et présentée le 21 novembre à l'Assemblée nationale, plus de cinq millions de Français ne seraient pas inscrits. Compte tenu du taux d'abstention, un Français sur deux serait en passe de ne pas voter en 2007. "Une catastrophe démocratique", déplore Rachid Nekkaz, président d' "Allez France".
Ce soir-là, la "caravane" fait halte à Cergy-Pontoise. En guise de convoi civique, une Renault Scenic siglée d'un slogan aux allures de mot d'ordre de campagne : "Agissez aujourd'hui, pour changer demain". Sur le toit de la voiture s'étale une carte d'électeur géante. "L'autre jour, dans un quartier, on a mis le véhicule au milieu des tours. Quand, de leurs fenêtres, les habitants ont vu ‘ministère de l'Intérieur', ils ont crû que c'était Sarkozy !", s'amuse Bley Mokono.
"Redonner espoir"
Il fait nuit, la pluie tombe à lourdes gouttes. Sourires engageants, voix fortes, Bley et son équipe se lancent. "Bonsoir Monsieur, êtes-vous inscrit sur les listes électorales ?" "Oui, bien sûr. Je vote à chaque fois, c'est un devoir". "Bravo, répond Bley, et votre voisin? N'hésitez pas à lui faire passer le message". Pas encore inscrite, cette commerçante avoue qu'elle n'y "pense pas". "Vous avez jusqu'au 31 décembre", rappelle l'AGI-C. "Il faut quoi, comme documents ?", questionne cette autre passante. Une pièce d'identité et un justificatif de domicile, répondent les bénévoles.
Face à l'indifférence molle et au manque d'information, ils martèlent la nécessité pour tous de se faire entendre, de participer au débat, de se réconcilier avec les urnes. "On a décidé d'être partout : dans les quartiers en manque d'oxygène, dans les zones pavillonnaires, explique Bley Mokono. Les gens sont fatigués, pas très motivés, ils ont besoin d'être rassurés."
Parce qu'eux-mêmes en viennent, ils savent que les quartiers ont le vague à l'âme. Manque de repères, manque de confiance, manque d'avenir. "Les gens ont perdu la vision du rêve et celle de se dire que la société peut changer. Notre action passe par là : redonner espoir", renchérit Nourdine, 29 ans, doctorant en finances et membre de l'association. Au fil de leurs visites, ils rencontrent beaucoup de désabusés de la politique, de désenchantés de l'action, persuadés que leur vote ne sert à rien, ne changera rien. "Dans la tête des gens, il y a quoi ? Une élection présidentielle, en mai ou juin, ils ne savent pas trop, analyse Nourdine. Avec un duel Sarkozy/Royal au deuxième tour. Ils sont à des années-lumière de savoir comment fonctionne l'Assemblée nationale ou à quoi servent les députés. Pour eux, la politique, c'est une montagne infranchissable. Et leur dire d'aller voter, c'est comme les pousser à escalader cette montagne à mains nues."
"Un combat de la République"
Nabil et Khalifa ont 23 ans, habitent Cergy et sont au chômage. Khalifa est inscrit sur les listes, Nabil ne l'est pas, bien plus préoccupé par le non-paiement de sa prime de précarité que par les prochaines élections. "Tu as un avis, tu as le droit d'aller voter", lui explique Nourdine. "Les hommes politiques, on n'en a rien à faire. C'est leurs vies de riches", souffle Khalifa. Il connaît Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy "parce qu'on les voit partout". Quant aux autres... "Comment ça se passe ?, demande-t-il. C'est les plus riches qui font leur pub ?" Il votera, dit-il, pour "éviter le pire, le Front national".
Des explications un peu, de l'écoute beaucoup, de l'attention surtout : les membres de l'AGI-C estiment que "les jeunes ont besoin d'être entendus aussi quand ça va bien". Et ont compris qu'à travers l'inscription sur les listes, c'est toute la relation de la société avec le pouvoir qui est en jeu. "S'inscrire sur les listes électorales, ce n'est pas un combat associatif, souligne Bley Mokono. C'est un combat de la République." Sauf que Marianne aussi a parfois besoin d'un coup de pouce. "Merci pour votre action, s'enthousiasme Nadia, la trentaine. J'y pensais, ça tombe bien. J'irai m'inscrire demain". "Vous voyez ?, se réjouit un jeune bénévole. Ce sont les maillons qui font la chaîne."
(Prochains arrêts de la caravane : le 27 novembre dans le Quartier le Val Nord à Argenteuil, le 29 novembre au Centre commercial des 3 Fontaines à Cergy, le 1er décembre place de la Bussie à Vauréal, le 6 décembre dans le quartier des Jouannes à Jouy le Moutier - Renseignements auprès de la Ligue d'enseignement du Val d'Oise : 01 30 31 26 98)
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