Ségolène Royal, le 2 décembre 2006, à Beyrouth © TF1-LCILa polémique ne retombe pas tandis que Ségolène Royal continue sa tournée. Elle est arrivée dimanche matin à Tel Aviv, pour une visite de deux jours en Israël et dans les territoires palestiniens. Avant Jérusalem dimanche après-midi, la socialiste, dont c'est le premier déplacement international en tant que candidate à l'Elysée, s'est entretenue à Gaza avec le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Elle a prôné "la paix" et appelé à un "Etat palestinien viable et à une sécurité durable pour Israël". C'est donc prudemment qu'elle a poursuit sa visite au Proche-Orient, évitant d'ailleurs de rencontrer des membres du Hamas, comme elle l'avait évoqué d'abord (voir la vidéo).
Car son échange avec un député du Hezbollah, vendredi au Liban, continue de faire la polémique au sein de la classe politique française. Toute la journée de dimanche, gauche et droite ont commenté la conduite de Ségolène Royal. Samedi, certains journalistes s'étaient étonnés de l'absence de réaction de sa part alors qu'Ali Ammar aurait fait un parallèle, devant elle, entre l'occupation passée d'une partie du Liban et le nazisme. "Ces propos n'ont pas été tenus", a-t-elle assuré, affirmant que l'ambassadeur de France qui était à ses côtés, ne les avait pas entendus non plus, et ajoutant que si tel avait été le cas, elle aurait "quitté la salle".
Dray sur Douste : " si c'était une flèche, ça se saurait"
Réponse insuffisante, selon la droite. La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a estimé dimanche soir que "la région étant extrêmement fragile, quand on (y) va, on doit connaître parfaitement son dossier". D'autant qu'"il y a la vie de soldats français en jeu". Le ministre des Affaires étrangères, tout en disant "refuser de rentrer dans cette polémique stérile", Philippe Douste-Blazy a, lui, mis en garde la candidate socialiste contre des idées "simplistes" au Proche-Orient. Il a estimé qu'on "est plus fort et écouté dans un dialogue quand on est ferme sur la défense de nos principes". Le porte-parole du PS, Julien Dray, a aussitôt répliqué, sur Radio J, à Philippe Douste-Blazy : "si c'était (le ministre) une flèche, ça se saurait et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en matière de politique diplomatique, il n'a pas brillé". Selon lui, les réactions de l'UMP témoignent de la "rancœur" du parti à "l'importance qu'a pris" la tournée de Ségolène Royal au Proche-Orient.
Le Premier secrétaire du PS, François Hollande, avait déjà pris la défense de la candidate socialiste, peu avant sur Radio communauté juive, jugeant la polémique "déplacée". Selon ses informations, "la traduction donnée à Ségolène Royal et à l'ambassadeur n'était qu'une traduction abrégée, sommaire, qui ne comportait pas tous les propos rapportés par ailleurs aux journalistes". Sur la même radio, la porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse, avait jugé que Ségolène Royal avait commis une "faute lourde" mais que son parti n'en ferait "pas un usage politique". Le CRIF, qui représente les institutions juives, déplore que de son côté que Ségolène Royal ait accepté le dialogue avec un représentant du Hezbollah, une organisation qui "n'est pas fréquentable".
"Posture illisible et délicate"
L'ancien ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, invité de LCI dimanche soir, a pour sa part estimé que la visite de Ségolène Royal au Liban avait été "mal préparée et trop rapide". Selon lui, "Mme Royal est une parole française, et en tant que tel, quand elle rencontre des personnes" comme le Hezbollah, "il faut prendre des précautions", telles que de dire au préalable "qu'on ne transige pas sur le droit d'Israël a exister". "Elle a fait preuve d'amateurisme."
Invité du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, François Rebsamen, codirecteur de campagne de Ségolène Royal, a jugé "dérisoires et consternantes les petites polémiques franco-françaises", estimant que "l'incident est clos" et expliquant que la presse internationale saluait au contraire la visite comme "un grand succès". "Pensez-vous sérieusement que de tels propos (du député du Hezbollah, ndlr) puissent être tenus et traduits devant Mme Royal, devant l'ambassadeur de France sans qu'ils ne quittent la salle?". Au même moment, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, reprochait, au Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien-TV5 Monde, à Ségolène Royal d'avoir adopté "une posture illisible" et d'avoir "mis la France dans une position délicate".
Dominique Voynet, candidate des Verts, a pour sa part estimé dimanche sur France 3, qu'on ne pouvait "pas jouer avec les drames du monde" et qu'il fallait "vraiment bien se préparer avant d'entreprendre un voyage de ce type", lui accodrant toutefois "le bénéfice du doute" : "soit, elle n'a pas bien compris, soit effectivement, elle n'a pas entendu ce qui était dit dans le détail".
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