Le palais de l'Elysée © Service photographique de la présidence de la République/D.NoizetLCI.fr : Pourquoi la gauche dans son ensemble est-elle si basse aujourd'hui ?
Jérôme Sainte-Marie, directeur "Opinion" de BVA : Est-elle vraiment si basse ? Voici la vraie question. Actuellement, selon notre dernier sondage, ses candidats, toutes tendances confondues, atteignent 39%. Ce n'est pas si éloigné des 43% obtenus en 2002 et des 41% de 1995. On ne peut donc pas parler de chute spectaculaire.
Surtout, en 2002, les voix de Chevènement était totalement inclues dans le "bloc de gauche" alors qu'il attirait des électeurs de droite. Cette année, nous avons la même situation mais dans le camp opposé : les voix de Bayrou sont comptabilisées dans le "bloc de droite" alors que 3 à 4% de ses électeurs proviennent de la gauche. Et ces derniers voteraient pour Royal dans l'hypothèse d'un second tour Royal-Sarkozy. A l'instar de Chevènement en 2002, Bayrou est ainsi perçu comme le représentant du "ni gauche, ni droite". Il apparaît comme un vrai candidat centriste, susceptible de gouverner avec la gauche. Cette idée de gouvernement d'union nationale est bien perçue.
Autre raison de relativiser : notre premier sondage sur les législatives donne la gauche à 47%. Cela prouve que la France n'est pas devenue foncièrement de droite et ne s'est pas coupée définitivement de la gauche.
LCI.fr : Pourquoi une telle différence entre la présidentielle et les législatives ?
J.S.M. : Elle est due tout d'abord à l'incapacité de la gauche à se rassembler dès le premier tour, en raison d'une situation stratégique très compliquée. Après le référendum européen, le PS a hésité entre les catégories sociales qui ont voté "oui" et les classes populaires qui ont voté "non". Il s'est de fait déconnecté de ces dernières. Auparavant, le PC pesait énormèment sur ces milieux populaires. Désormais, le vote à "gauche de la gauche" est éclaté. Or les guerres intestines et les différentes candidatures -PC, LCR, LO, Bové, Verts- ont eu un effet désastreux et ont totalement décrédibilisé le camp anti-libéral.
"Bayrou brouille les cartes"
LCI.fr : En vue du second tour, la situation de Royal reste donc délicate.
J.S.M. : Tout à fait. Elle est seule pour occuper un vaste espace politique. Après le discours contradictoire de Villepinte, elle a ainsi perdu des électeurs au profit de Bayrou dans les catégories supérieures et celles qui ont pu être effrayées par des mesures sociales comme le SMIC à 1 500 euros. Mais en raison de ses idées sur les questions sociétales, elle perd aussi sur sa gauche. Bref, pour les classes populaires, son programme apparaît en partie illisible. Et même si elles doutent que Sarkozy puissent leur apporter l'argent, elles lui font confiance pour leur apporter la sécurité. Avec Royal, elles ont l'impression d'avoir ni l'un ni l'autre. La candidate PS doit donc les convaincre qu'elle se consacre totalement à elles. Les Français ne se définissent en effet pas de gauche ou de droite. Ils s'en rappellent simplement au moment des élections. Il faut que les candidats "stimulent" cette sensation.
LCI.fr : Bayrou faisant cavalier seul, peut-on toujours assimiler le bloc "centre+droite" en un seul en cas de duel Royal-Sarkozy ?
J.S.M. : Non, et c'est là tout l'intérêt et toute la richesse de cette élection. Que feront les électeurs de Bayrou s'il n'est pas qualifié pour le second tour ? En janvier, 40% se reportaient sur Sarkozy et 40% sur Royal. Aujourd'hui, Sarkozy a repris l'avantage mais encore un bon tiers voteraient pour la candidate socialiste. Bayrou brouille vraiment les cartes. En 2002, Chevènement voulait faire "turbuler le système". Il n'a pas réussi. Bayrou est capable de le faire en 2007.
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